MÉDITATION SUR LA FOL
AVIS DU LIBRAniE*.
L'avteur avolt rétohi de ne point donner, dus cette nouf el# édition, tes deux pièces suiTantes, les regardant comme peu assortissantes aux matières sur lesquelles il avolt écrit. Son dessein étoit de les rétablir dans un autre ouvrage où leur geort n'auroit point été déplacé. Mais la mort qui vient de l'enlever^ m'ôtant l'espérance de rien avoir d'un homme si recommanddde par la beauté de son génie , par la noMesse de ses pensées , et dont Tunique pensée étoit de taire aimer la vertu, j'ai cm que le public me saoroit gré de ne pas le priver de deux écrits , aussi admirables pour le fonds , que pour la dignité et l'éléganM aveclesquéUes Us sont traités.
Heureux sont ceux qui ont une foi sensible » et dont Tesprit se repose dans les promesses de la religion ! Les gens du monde sont désespérés si les choses ne réussissent pas selon leurs desirs. Si leur vanité est confondue, s'ils font des fautes, ils se laissent abattre à la douleur : le repos, qui est la fin naturelle des peines, fo« mente leurs inquiétudes ; Fabondance , qui de* voit satisfaire leurs besoins, les multiplie; la raison , qui leur est donnée pour calmer leurs passions , les perd ; une fatalité marquée tourne contre eux-mêmes tous leurs avantages. La force de leur caractère , qui leur serviroit à
•^ Cet avis se trouve dans la seconde édition des onivres de Vauvenargues , commencée pat lui^néne . nais qui ne toi achevée qu'après sa mort par le libraire intolneClande Bria^ son . Paris , 1747, in-12 . ions la surveiOanoe de l'abbé Tmbltl et de l'abbé Séguy.
VAUYENARGUES.
porter les misères de leur fortune s'ils savoient borner leurs désirs , les pousse à des extrémités qui passent toutes leurs ressources, et les iaît errer hors d'eux-mêmes loin des bornes de la raison. Ils se perdent dans leurs chimères ; et pendant qu'ils y sont plongés , et pour ainsi dire abymés, la vieillesse, comme un sommeil dont on ne peut pas se défendre vers la fin d*un jour laborieux, les accable et les précipite dans la longue nuit du tombeau.
Formez donc vos projets, hommes ambitieux, lorsque vous le pouvez encore; hâtez-vous, ache^ vez VQS songes; poussez vos superbes chimères au période des choses liumaioes. Élevés par cette illusion au dernier degré de la gloire, vous vous convaincrez par vous-mêmes de la vanité des fortunes : à peine vous aurez atteint , sur les aUes de la pensée, le faite de 1 élévation, vous vous sentirez abattus , votre joie mourra , la tristesse corrompra vos magnificences, et jusque dans cette possession imaginaire des faveurs du monde, vous en connoîtrez Timposture. O mortels ! l'espérance enivre ; mais la possession sans espérance, même chimérique, traîne le dégoût après elle : au comble des grandeurs du monde , c'est là qu'on en sent le néant.
Seigneur, ceux qui; espèrent en vous s'élèvent sans peine au-dessus de ces réflexions accablantes. Lorsque le cœur, pressé sous le poids des affaires, commence à sentir la tristesse, ils se réfugient dans vos bras ; et là , oubliant leurs douleurs, ils puisent le courage et la paix à leur source. Vous les échauffez sous vos ailes et dans votre sein paternel ; vous faites briller à leurs yeux le flambeau sacré de la foi ; Icnvie n'entre pas dans leur cœur ; l'ambition ne le trouble )X)int; l'injustice et la calomnie ne peuvent pas même l'aigrir. Les approbations, les caresses, les secours impuissants des hommes, leurs refus, leurs dédains, leurs infidélités, ne les touchent que foiblement ; ils n'en exigent rien; ils n'en attendent rien ; ils n'ont pas mis en eux leur dernière ressource ; la foi seule est leur saint asile, leur inébranlable soutien. Elle les console de la maladie qui accable les plus fortes âmes , de l'obscurité qui confond l'orgueil des esprits ambitieux, de la vieillesse qui renverse sans ressource les projets et les vœux outrés , de la perte du temps qu'on croit irréparable ,
des erreurs de l'esprit qui llnimiCeiiC sa» fin, des difformités corporelles qu'on ne peut ni cacher ni guérir, enfin des foiblesses de Tame, qui sont de tous les maux le plus insupportable et le plus irrémédiable. Hélas! que vous eus heureuses, âmes simjdes, âmes dociles! vous marchez dans les sentiers sûrs. Auguste religion! douce et noble créance, commet peuton vivre sans vous? Et n'est-il pas bien manifeste qu'il manque quelque chose aux hommes, lorsque leur orgueil vous rejette? les astres, h terre, les cieux, suivent, dans un ordre immuable, l'éternelle loi de leur être : toute la nature est conduite par une sagesse éclatante, Thomme seul flotte au gré de ses incertitudes et de ses passions tyranniques, plus troublé qu'édairé de sa foible raison, lûsérablement délaissé, conçoit-on qu'un être si noble soit le seul privé de la règle qui règne dans tout l'univers? ou plutôt n'est-il pas sensible que , n'en trouvant point de solide hors de la religion chrétienne, c est celle qui lui fut tracée avant la naissance des deux? Qu'oppose l'impie à la foi d'une autorité si sacrée? Pense-t-il qu'élevé par-dessus tous les êtres, son génie est indépendant? Et qui nourriroit dans ton cœur un si ridicule mensonge, être infirme! Tant de degrés de puissance, d'intelligence, que tu sens au-delà de toi , ne te font-ils pas soupçonner une souveraine raison? Tu vis, foible avorton de l'être; tu vis , et tu t'oses assurer que TÉlre parfait ne soit pas. Misérable, lève les yeux, regarde ces Çlobes de feu qu'une force inconnue condense. Ecoute, tout nous porte à croire que des êtres si merveilleux n'ont pas le secret de leur cours; ils ne sentent pas leur grandeur ni leur éterneUe beauté ; ils sont comme s*ils n'étoient pas. Parle donc; qui jouit de ces êtres aveugles qui ne peuvent jouir d'eux-mêmes? Qui met un accord si parfait entre tant de corps si divers, si puissants, si impétueux? D'où naît leur concert éternel? D'un mouvement simple, incréé... Je t'entends ; mais ce mouvement qui opère ces grandes merveilles, les sait-il, ne leâ sait-il pas? "lu sais que tu vis; i^ul insecte n'ignore sa propre existence,, et le seul principe de Tétre, l'ame de l'univers.... ô prodige! 6 blasphème! Tame de Tunivers.... 0 puissance invisible! pouvezvous souffrir cet outrage ! Vous parlez, les as^
TRAITÉ SUR LE LIBRE ARBITRE
très s'ëbranleDt, l'être sort du nëont, les tombeaux sont féconds; et Tiropie vous défie avec impunité; il vous brave; il vous nie. O parole exécrable! il vous brave, il respire encore» et il croit triompher de vous. 0 Dieu ! détournez loin de moi les eflets de votre vengeance. 0 Christ! prenez-moi sous votre aile. Esprit saint, soutenez ma foi jusqu'à mon demiei* soupir.