‹ Moralistes françoisChapitre 244 sur 309 · RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS

out-puissaocpouvoitchangertout cela ; t créer les hommes aussi heureux que I , il pouYoit les faire naître sans péché : il pouvoit nous sauver et nous consans les œuvres. Qui doute de ces vépendant il ne le veut pas , et celte rai* uffire y parcequ'il n'y a rien qui répugne *un être parfoit dans une pareille docque n'ayant point de prétexte pour la Dous avons Tautorité de TËglise pour r : ce qui fait pencher la balance et délestion.

poursuivez-vous, si c'est Dieu qui est le nos bonnes œuvres , et que tout soit par lui , il est aussi l'auteur du mal , et imment vicieux: blasphème qui fait Or, je vous demande à mon tour, dez-vous par le mal? Je sais bien que sont en nous quelque chose de mau^ rcequ'iis entraînent toutes sortes de s et la ruine des sociétés. Mais les masont-elles pas mauvaises , les pestes , lations? Cependant cela vient de Dieu , ui qui fait les monstres et les plus nuilimaux ; c est lui qui crée en nous un fini et un cœur si dépravé, que, s'il [is notre esprit le principe des erreurs, notre cœur le principe des vices, m ne peut le nier, pourquoi répugnele faire auteur de nos fautes et de tondions ? Nos actions ne tirent leur être , ite ou leur détnérite , que du principe )roduites ; or, si nousreconnoissonsque lit le principe qui est mauvais , pour^ iser de croire qu'il est l'auteur des acn'ensont que les effets? N'y a-t-il pas 3tion dans ce bizarre refus ?

ert de rien de répondre que Dieu met la raison pour contenir ce principe et que nous nous perdons par le mau^ \e que nous faisons de notre volonté, lonté n'est corrompue que par ce maucipe, et ce mauvais principe vient de r il est manifeste que le Créateur a X créatures leur degré d'imperfection, u les former parfaites, vu qu'il ne peut u'un seul être pai*fait : ainsi elles sont ^ , et , comme imparfaites , vicieuses ; e n'est autre chose qu'une sorte d'im-

perfection. Mais de ce que la créature est imparfeite, doit-on tirer que Dieu l'est? et de ce que la créature imparfaite est vicieuse, peut-on conclure que le Ci'éateur est vicieux?

Au moins seroit-il injuste, direz-vous, de punir dans les créatures une imperfection nécessaire. Oui, selon l'idée que vous avez de la justice; mais ne répugne- t-il pas à cette même idée , que Dieu punisse le péché d'Adam jusque dans sa postérité, et qu'il impute aux nations idolâtres l'infraction des lois qu'ils ignorent ^ ? Que répondez-vous cependant, lorsqu'on vous oppose cela? Vous dites que la justice de Dieu n'est point semblable à la nôtre; qu'elle n'est point dépendante de nos foibles préj ugés ; qu'elle est au-dessus de notre raison et de notre esprit. Eh ! qui m'empêche de répondi*e la même chose : il n'y a pas de suite dans votre créance • ou du moins dans vos discours; car, lorsqu'on vous presse un peu sur le péché originel et sur le reste , vous dites qu'on n'a pas d'idée de la justice de Dieu ; et lorsque vous me combattez , vous voulez qu'on y en attache une qui condamne mes sentiments, et alors vous n'hésitez point à rendre la justice divine semblable à la justice humaine? Ainsi vous changez les définitions des choses selon vos besoins. Je suis de meilleure foi, je dis librement ma pensée : je crois que Dieu peut à sou gré disposer de ses créatures , ou pour un supplice éternel , ou pour un bonheur infini, parcequ'il est le maître et qu'il ne nous doit rien. Je n'ai sur cela qu'un langage, vous ne m*en verrez pas changer. Je ne pense donc pas que la justice humaine soil* essentielle au Créateur : elle nous est indispensable, parcequ'elle est des lois de Dieu la plus vive et la plus expresse; mais l'auteur de cette loi ne dépend que de lui seul, n'a que sa vo-* lonté pour règle , son bonheur pour unique fin. Il est vrai qu'il n'y a rien au monde de meilleur que la justice, que l'équité, que la vertu ; mais ce qu'il y a de plus grand dans les hommes est tellement imparfait, qu'il ne sauroit convenir à celui qui est parfait; c'est même une superstition que de donner nos vertus à Dieu : cependant il est juste en un sens , il l'a dit , nous de^ vons le croire. Or voici quelle est sa justice : il

* n temUe qu'il font qv^tlles ignortnU B.

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donne une règle aux hommes » qui doit juger leurs actions, et il les juge exactement par cette règle; il n'y déroge jamais. Par celte égalité constante il justifie bien sa parole , puisque la justice n'est autre chose que Tamour de Tégahté ; mais cette égalité qu'il met entre les hommes n'est point entre les hommes et lui. Peut-il y avoir de régalité dans une distance infinie des ci*éatures au Créateur? cela se peut-il concevoir? U se contredit , dites-vous , s'il est vrai qu'il nous donne une loi dont il nous écarte luimême. Non, il ne se contredit point, sa loi 9'est point sa volonté ; il nous a donné cette loi pour qu'elle jugeât nos actions; mais comme il ne veut pas nous rendre tous heureux, il ne veut pas non plus que tous suivent sa loi : rien de si focile à connoître.

Dieu n'est donc pas bon , direz-vous. Il est bon, puisqu'il donne à tant de créatures des grâces qu'il ne leur doit point , et qu'il les sauve ainsi gratuitement. Il auroit plus de bonté , selon nos foibles idées, s'il vouloit nous sauver tqns. Sans doute il le pourroit, puisqu'il est tout -puissant ; mais puisqu'il le pourroit et qu'il ne le fait pas, il feut conclure qu'il ne le veut pas , et qu'il a raison de ne le pas vouloir.

Il le veut, sdon nous, me répondrez -vous; mais c'est nous qui lui résistons. 0 le puissant raisonnement! Quoi! celui qui peut tout, peut donc vouloir en vain; il manque donc quelque chose à sa puissance ou à sa volonté, car si l'une et l'autre étoient entières, qui pourroit leur résister? Sa volonté , dit-on, n'est que con- ^iticmnelie , c'est sous des conditions qu'il veut notre salut ; mais quelle est cette volonté ? Dieu peut tout, il sait tout; et il veut mon salut, que je ne ferai pas , qu'il sait que je ne ferai pas , «t qu'il tient à lui d'opérer ! Ainsi Dieu veut une chose qu'il sait qui n'arrivera pas, et qu'il pourroit foire arriver. Quelle étrange contradiction! Si un homme sachant que je veux me noyer, et pouvant m'en empêcher sans qu'il lui en coûte rien , et m'ôter même cette funeste volonté , me laissoit cependant mourir et suivre ma ré8oluti(Mi , diroit-on qu'il veut me sauver, tandis qu'il me laisse périr? Tant de nations idolâtres que Dieu laisse dans l'erreur, et qu'il aveugle lui-même, comme le dit FÉcriture, prouventelles, par leur misère et par leur abandonne-

ment, que Dieu \«ul aufsi leur salut? D eA mort pour tous , j'en conviens : e'est-à-direl que sa mort les a tous rendus capables d'être lavés des souilhires du péché orîgind, et d'ai* pirer au ciel qui leur étoit fermé; grâce qu'ik n'avoient point avant. Mats de œ que tous soot rendus capables d'être sauvés, peut-c» conclure que Dieu veut les sauver tous? Si voos k dites pour ne pas vous rendre, pour défendre votre opinion , voilà en effet une fuite; mais i si c'est pour nous persuader, y parviendravous par- là, et osez-vous l'espérer? Penso- Tous qu'un Américain, d'un esprit simple et grossier, comme sont la plupart des homnes, qui ne connoit pas Jésus-Christ , à qui l'on n'en a jamais parlé , et qui meurt dans un culte impie, soutenu par l'exemple de ses ancêtres, et défendu par tous ses docteurs; pensez-vous, dis-je , que Dieu veuille aussi sauver c^ homme , qu'il a si fort aveuglé? pensez-vous au moins qu'on le croie sur votre simple affirmation, et vous-même le croyez-vous?

Vous craignez, dites-vous, que ma doctrine ne tende à corrompre les hommes , et à les dés^ espérer. Pourquoi donc oda , je vous prie? qu'ai-je dit à cet effet? J'enseigne, il est vrii, que les uns sont destinés à jouir, et les aulfes i souffrir toute l'éternité. C'est là la créance inviolable de tous ceux qui sont dans l'Église, et j'avoue que c'est un mystère que nous ne comprenons pas. Mais voici ce que nous savons avee la dernière évidence; voici ce que Dieu nous apprend. Ceux qui t>ratiqueront la loi sont destinés à jouir, ceux qui la transgresseront à souffrir; il n'en fsiut pas savoir davantage pour conduire ses actions et pour s'éloigner du mal. J'avoue que si celte notion ne se trouve passoffisante, si elle ne nous entraine pas, cest qu'elle trouve en nous des obstacles plus forts; mais il faut convenir aussi que, bien loin de nous pervertir, rien n'est plus capable au contraire de nous convertir; et ceux qui s'abandonnent dans la vue de leur sujétion , agissent contre les lumières de la plus siniple raison , quoique nécessairement.

U ne faut donc pas dire que notre dœtrine soit plus dangereuse que les autres : rien n'est moins vrai que cela; die a l'avantage de codôlier l'Écriture avec eUe-même et vos propef

DISCOURS SUR LA LIBERTÉ

oontradiclioDS. Il est vrai qu*eDe laisse des ob»curilés; mais eDe n'établit point d'absurdités, elle ne se contredit pas. Cependant je sais le respect que Ton doit aux explications adoptées par rËgUse ; et si Ton peut me faire voir que les miennes leur sont contraires , ou même qu'elles s'en éloignent, quelque vraies qu'elles me paroissent, j'y renonce de tout mon cœur; sachant combien noire esprit, sur de semblables matières, est sujet à l'illusion, et que la vérité ne peut pas se trouver hors de rÉglise catholique t et du pape qui en est le chef.

DISCOURS SUR LA LIBERTÉ

Notre vie ne serpit qu'une suite de caprices , si notre volonté se déterminoit d'elle-même et sans motifis. Nous n'avons point de volonté qui ne soit produite par quelque réflexion ou par quelque passion. Lorsque je lève la main, c'est pour faire un essai de ma liberté, ou par'quelque autre raison. Lorsqu'on me propose au jeu de choisir pair ou impair, pendant que les idées de Tun et de l'autre se succèdent dans mon esprit avec vitesse, mêlées d'espérance et de crainte , si je choisis pair, c'est parceque la nécessité de faire un choix s'offre à ma pensée au moment que pair y est présent. Qu'on propose td exemple qu'on voudra , je démontrerai à un homme de bonne foi que nous n'avons aucune volonté qui ne soit précédée par quelque sentiment ou par quelque raisonnement qui la font naître. Il est vrai que la volonté a aussi le pouvoir d'exciter nos idées ; mais il faut qu'ellemême soit, déterminée auparavant par quelque cause. La volonté n'est jamais le premier principe de nos actions , elle est le dernier ressort ; c'est l'aiguille qui marque les heures sur une pendule et qui la pousse à sonner. Ce qui dérobe à notre esprit le mobile de ses volontés , c'est la fuite précipitée de nos idées ou la complication des sentiments qui nous agitent. Le motif qui nous fait agir a souvent disparu lorsque nous agissons, et nous n'en trouvons plus la trace. Tantôt la vérité et tantôt l'opinion nous déterminent, tantôt la passion ; et tous les phi-

losophes , d'accord sur ce point , s'en rapportent à lexpérience. Hais, disent les sages, puisque la réflexion est aussi capable de nous déterminer que le sentiment, opposons donc la raison aux passions lorsque les passions nous atta* quent. Ils ne font pas attention que nous ne pouvons même avoir la volonté d'appeler à notre aide la raison, lorsque la passion nous conseille et nous préoccupe de son objet. Pour résister à la passion, il faudroit au moins vouloir lui résister, ftlais la passion vous fera-t-elle naître le désir de combattre la passion , dans l'absence dç la raison vaincue et dissipée? Le plus grand bien connu , dit-on , déterminé nécessairement notre ame. Oui , s'il est senti tel et présent à notre esprit ; mais si le sentiment de ce prétendu bien est aHbibli, ou que le souvenir de ses promesses sommeille dans le sein de la mémoire , le sentiment actuel et dominant l'emporte sans peine : entre deux puissances rivales, la plus foible est nécessairement vaincue. Le plus grand bien connu parmi les hommes , c'est sans difficulté le paradis. Mais lorsqu'un homme amoureux se trouve vis-à-vis de sa maîtresse , ou l'idée de ce bien suprême ne se présente pas à son e^rit , quoiqu'elle y soit empreinte , ou elle se présente si foiblement que le sentiment actuel et passionné d'un plaisir volage prévaut sur l'image effacée d'une éternité de bonheur ; de sorte qu'à parler exactement , ce n*est pas le plus grand bien connu qui nous détermine , mais le bien dont le sentiment agit avec le plus de force sur notre ame, et dont ridée nous est plus présente. Et de tout cela* je conclus que nous ne faisons ordinairement que ce que nous voulons, mais que nous ne voulons jamais que ce que nos passions ou nos réflexions nous font vouloir ; que par conséquent toutes nos lautes sont des erreurs de notre esprit ou de notre cœur. Nous nous figurons plaisamment que lorsque la passion nous porte à quelque mal , et que la raison nous en détourne , il y a encore en nous un tiers auquel il appartient de décider. Mais ce tiers, quel est-il? je le demande. Je ne oonnois dans l'homme que des sentiments et des pensées ; quand les passions lui donnent un mauvais conseil , à qui aura-t-il recours? A sa raison? mais si la raison lui dit elle-même d'obéir cette fois à ses passions, qui

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Ie«auvera de 1 erreur? Y a-t-il dans son esprit un autre tribunal qui puisse infirmer les arrêts et les résolutions de celui-d ? Approfondissons davantage. Tout être créé dépend nécessairement des lois de sa création; Thomme est visiblement dans cette dépendance; ses actions pourroient-elles lui appartenir lorsque son être même ne lui est pas propre? Dieu même ne pourroit suspendre ses lois absolues sur notre ame, sans anéantir en elle toute action. Un être qui a tout reçu ne peut agir que par ce qui lui a été donné ; et toute la puissance divine , qui esf infinie , ne sauroit le rendre indépendant. Toutefois en suivant ces lois primitives dont je parle , nous suivons nos propres désirs. Ces lois sont Tessence de notre être, et ne sont point distinctes de nous-mêmes , puisque nous n existons qu'en elles. Nous nommons liberté avec raison la puissance d*agir par elles , et nécessité la violence qu'elles souffrent des objets extérieurs, comme lorsque nous sommes en prison ou dans quelque autre dépendance involontaire. Ce qui fait illusion aux partisans du libre arbitre, c'est le sentiment qu'ils en trouvent dans leur conscience. Ce sentiment-là n'est point fierax. Soit que nos passions ou nos réflexions nous déterminent, il est vrai que c'est nous qui nous déterminons ; car il y auroit de la folie à distinguer nos sentiments ou nos pensées de nous-mêmes. Ainsi la liberté et la nécessité subsistent ensemble. Ainsi le raisonnement et l'expérience justifient la foi qui les admet. C'est ce que M . de Voltaire a parfaitement bien exprimé dans ces beaux vers :

Sur an autel de fer. on livre inexplicable Contient de l'irrenir l'iiistoire irrévocable. La main de l'Éternel y marqua nos désirs, Et nos chagrins cruels , et nos foibles plaisirs. On voit la Liberté . cette esclave si fière . Par d'invincibles nauds en ces lieux prisonnière. Sous un joug inconnu , que rien ne peut briser. Dieu sait Tassujcttir, sans la tyranniser; A tes suprêmes lois . d'autant mieux attachée Que^ chaîne à ses yeux pour jamais est cachée; Qu'en obéissant même elle agit par son choix, Bt souvent au destin pense donner des lois.

IlERBUDE . chant m, V. 285—96.

J'aimerois mieux avoir fait ces douze vers que le long chapitre de la puissance de H. Locke. C'est le propre des philosophes qui ne sont que

philosophes, de dire quelquefois obscurément J en un volume ce que la poésie et l'éloquence peignent beaucoup mieux d'un seul trait.

Fait à Besancon , au mois dejtâllet 1737.

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