‹ Moralistes françoisChapitre 275 sur 309 · La haine est plus vive que l'amitié , moins · texte numérisé non relu

La haine est plus vive que l'amitié , moins

que l'amour.

C'est une marque de férocité et de bassesse d'insulter à un bonome dans l'ignominie , principalement s'il est misérable; il n'y a point d'infamie dont \^ misère ne fosse un objet de pitié. L'opprobre est une loi de la pauvreté.

in.

J'ai la sévérité en horreur, et ne la crois pas trop utile. Les Romains étoient-ils sévères? Kexila-t-on pas Cicëron pour avoir foit mourir Leitulus, nuinifestement convaincu de trahi-

son ? Le sénat ne fit-il pas grâce à tous les autres complices de Catilina? Ainsi se gouvernoit le plus puissant et le plus redoutable peuple de la terre. Et nous, petit peuple barbare, nous croyons qu'il n'y a pas assez de gibets et de supplices!

mi.

Quelle affreuse vertu que celle qui veut haïr et être haïe, qui rend la sagesse non pas secourable aux infirmes, mais redoutable aux foibles et aux malheureux ; une vertu qui , présumant follement de soi-même, ignore que tous les devoirs des hommes sont fondés sur leur foiblesse réciproque?

Les enfants cassent des vitres et brisent des chaises lorsqu'ils sont hors de la présence de leurs maîtres. Les soldats mettent le feu à un camp qu'ils quittent, malgré les défenses du général ; ils aiment à fouler aux pieds l'espérance de la moisson et à démolir de superbes édifices. Qui les pousse à laisser partout ces longues traces de leur barbarie? N'est*ce pas que les âmes foibles attachent à la destruction une idée d'audace et de puissance?

Les soldats s'irritent encore contre le peuple chez qui ils font la guerre , parcequ'ils ne peuvent le voler assez librement , et que la maraude est punie. Tous ceux qui font du mal aux autres hommes les haïssent.

Quelqu'un a-t-il dit que, pour peindre avec hardiesse , il falioit sur-tout être vrai dans un sujet noble, et ne point charger la nature , mais la montrer nue? Si on l'a dit , <m peut le redire ; car il ne paroit pas que les hommes s'en souviennent , et ils o>t le goût si gâté , qu'ils nomment hardi , je ne dis pas ce qui est vraisemblable et qui approche le plus de la vérité , roai& ce qui s'en écarte davantage.

Lvn.

La nature a ébauché bcaticoup de talents

VAUVEN ARGUES.

qu'elle n'a pas daigné finir. Ces foibles semences de génie amusent une jeunesse ardente qui leur sacrifie les plaisirs et les plus beaux jours de la vie. Je regarde ces jeunes gens comme les femmes qui attendent leur fortune de leur beauté : le mépris et la pauvreté sont la peine sévère de ces espérances. Les hommes ne pardonnent point aux misérables Terreur de la

gloire,

Un écrivain qui n'a pas le talent de peindre doit éviter sur toutes choses les détails*

Quelle est la manie de quelques hommes qui, san^aucune animosité ni raison particulière , se font un devoir d'attaquer les grandes réputations, et de mépriser l'autorité des jugements du public, seulement pour affecter plus d'indépendance dans leurs sentiments , et de peur de juger d'après les autres! Je les compare à ces personnes foibles qui , dans la crainte de paroître gouvernées, rejettent opiniâtrement les meilleurs conseils, et suivent follement leurs fantaisies pour faire un essai de leur liberté.

11 faut souffrir les critiques éclairées et impartiales qu'on fait des hommes ou des ouvrages les plus estimables. Je hais cette chaleur de quelques hommes qui ne peuvent souffrir que l'on sépare les défauts de ceux qu'ils admirent , de leurs perfections et qui veulent tout consacrer; mais combien plus insupportable est la manie de ceux qui se font un devoir d'attaquer les grandes réputations et de mépriser l'autorité des jugements du public, daus la seule pensée peut-être d'afi^ter plus d'indépendance,

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