‹ Moralistes françoisChapitre 284 sur 309 · CCLXIX · texte numérisé non relu

CCLXIX

La ijpson et le sentiment se conseiRent et se suppléent tour-à-iour. Quiconque ne consulte qu'un des deux et renonce à l'autre» s'affoibiit lui-même » et trompe par son imprudence les sages précautions de la nature.

496. L'intérêt d'une seule passion souvent malheureuse tient quelquefois toutes les autres en captivité ;'et notre raison enchaînée porte ses fers sans pouvoir les rompre.

Il n'y a point de gloire achevée sans celle des

armes. *

CCLXXn.

La gloire embellit les héros.

GCLXXni.

On est encore bien éloigné de plaire , quand on n'a que de l'esprit.

ffîO. Nous avons des règles pour le théâtre qui passent peut-être nos forces , et que les plus heureux génies n'exécutent que foiblement.

S31. Si une pièce est faite pour être jouée , il n'en faut pas juger par la lecture » mais par l'effet des représentations.

Il arrivera peut-être que la raison humaine se perfectionnera encore beaucoup » et ce que nous savons ne sera rien. Mais c^ux qui pourront nous passer dans les routes que nous leur ouvrons » et qui s'en croiront plus d'esprit, n'en vaudront pas mieux par le cœur.

N'avoir nulle vertu ou nul défaut est également sans exemple.

ccLxxvm.

299. On suppose que ceux qui servent la vertu par intérêt la trahiroient pour le vice utile. Point du tout : l'intérêt d'un esprit bien fait ne se trouve guère dans le vice» et son inclination ou sa raison y répugnent trop fortement.

Si la vertu se sufifisoit à elle-même , elle ne seroit plus une qualité humaine , mais surnaturelle.

963. Des auteurs sublimes n'ont pas négligé déprimer encore par les agréments» flattés de remplir l'intervalle qui sépare les extrémités » et de contenter tous les goûts. Le public , au lieu d'applaudir à IVmiversalité de leurs talents, a cru qu'ils éCoient incapables de s» soutenir dans Théroique, et on n'ose les égaler à ces' grands hommes qui, soigneux de conserver dans tous leurs écrits un caractère plein de dignité et de noblesse, paroissent avoir dédaigné de dire tout ce qu'ils ont tû , et abandonné aux génies subalternes les talents médiocres.

365. Je n'ôte rien à l'illustre Radne, le plus sage et le plus éloquent des poètes » pour n'avoir pas traité beaucoup de choses qu'il eût embellies ; content d'avoir montré dans un seul genre la richesse et la sublimité de son esprit. Mais je me sens forcé de respecter un génie hardi et fécond , élevé , pénétrant , facile , plein de force; aussi vif et ingénieux éans les petites choses que vrai et pathétique dans les grandes ; toujours clair, concis et brillant ; philosophe et poëte illustre au sortir de l'enfance; répandant sur tous ses écrits l'éclatante et forte lumière de son jugement ; instruii- dans la fleur de son âge de toutes les connoissances utiles au genre humain ; amateur et juge éctadré de tous les arts ; savant à imiter toutes sortes de beautés par la

VAUVENARGUES

grande étendue de son génie, et maître dans les genres les plus opposés. J'admire la vivacité de son esprit, sa délicatesse, son érudition et cette vaste inteliigence qui comprend si distinctement tant de fait» et d'objets divers. Bien loin de critiquer ses endroits foibles ou ses fautes , je m'étxmne qu'ayant osé se montrer sous tant de faces, on ait si peu de choses à lui reprocher.

CCLXXXn.

Ceux qui ne nous proposent que des paradoxes et des contradictions imaginaires sont les charlatans de la morale.

CCLXXXm.

374. Qui a le plus a , dit-on , le moins. Cela est faux. Le roi d'Espagne , tout puissant qu'il est , ne peut rien à Lucques. Les bornes des talents sont encore plus inébranlables que celles des empirei , et on usurperoit plutôt tonte la terre que la moindre vertu.

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