PREMIÈRE PARTIE, ART. IX
Ilrrite aa ooDtraire. Il vaut mieux ne rien dire ; car zioTs il juge selon œ qu'il est , c'est-à-dire selon oe qu'il est alors , et selon que les autres droonstances dont on n'est pas auteur l'auront dîiposé ; si ce n'est que ce silence ne fasse aussi aon effet « selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur d'y donner, ou selon qu'il conjecturera de l'air du visage ou du ton de la voix : tant il est aisé de démonter un jugement de son assiette naturelle , ou plutôt tant il y en a peu de fermes et de stables !
XLDI.
Montaigne a raison : la coutume doit être suivie dès-là qu'elle est coutume » et qu'on la trouve établie , sans examiner si die est raisonnable ou non ; cela s'entend toujours de ce qui n'est point contraire au droit naturel ou divin, n est vrai que le peuple ne la suit que par cette seule raison qu'il la croit juste , sans quoiilnelasuivroitplus; parcequ'onneveutétre assujetti qu'à la raison ou à la justice. La coutume, sans cela, passeroit pour tyrannie ; au lieu que J'empire de la raison et de la justice n'est non plus tyrannie que celui de la délectation.
Ia science des choses extérieures ne nous oQDBol^ii pas de l'ignorance de la morale au temps de Taffliction ; mais la science des mœurs nous consolera toujours de l'ignorance des choses extérieures.
Le temps amortit les afflictions et les querelles, paroequ'on change, et qu'on devient comme une autre personne. Mi l'offensant , ni Toffensë t ne sont plus les mômes. C'est comme un peuple qu'on a irrité, et qu'on reverroit après deux générations. Ce sont encore les François, mais non les mêmes.
Condition de l'homme : inconstance, ennui , inquiétude. Qui voudra connoitre à plein la va- Bîté de l'homme, n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour. La cause en est un je ne mu quoi ( Cornbille ) ; et les effets en sont
effroyables. Ce je ne uàsquoi, à peu de chose, qu'on ne sauroit le reoonnoitre, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléopàtre eût été plus court , toute la face de la terre auroit changé.
xLvn.
César étoit trop vieux, ce me semble , pour aller s'amuser à conquérir le monde. Cet amusement étoit bon à .AJexandre : c'étoit un jeune homme qu'il étoit difficile d'arrêter; mais César devoit être plus mûr.
xLvni.
Le sentiment de la fausseté des plaisirs présents, et l'ignorance de la vanité des plaisirs absents, causent l'inconstance.
Les princes et les rois se jouent quelquefois. Ils ne sont pas toujours sur leurs trônes; ils s'y ennuieroient. La grandeur a besoin d'être quittée pour être sentie.
Mon humeur ne dépend guère du temps. J'ai mon brouillard et mon beau temps au-dedans de moi ; le bien et le mal de mes affaires mêmes y font peu. Je m'efforce quelquefois de moimême contre la mauvaise fortune ; et la gloire de l^fdompter me la fait dompter gaiement, au lieu que d'autres fois je fais l'indiflerent et le dégoûté dans la bonne fortune.
En écrivant ma pensée , elle m'échappe quelquefois; mais cela me fait souvenir de ma foi- Ûesse, que j'oublie à toute heure; ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tends qu'à connoitre mon néant.
C'est une plaisante chose à considérer, de ce qu'il y a des gens dans le monde qui , ayant renoncé à toutes les lois de Dieu et de la nature, s'en sont fait eux - mêmes auxquelles ils obéis^ sent exactement; comme, par exemple, les voleurs, etc.
PENSÉES DE PASCAL