ARTICLE VIL
Image (Tun homme qui $e$t lassé de chercher Dieu par le seul raisonnement, et qm commence à l'are l'Ecriture.
Ed voyant Faveugleinent et la misère de HKHiime, et ces contrariétés étonnantes qui se déoouTrent dans sa nature, et regardant tout runÎTers muet, et Thomme sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce recoin de Funivers, sans savoir qui Ty a mis, ce qu'il est venu y faire , ce qu'il deviendra en mounnt, j*entre en efFroi comme un homme qu'on avoit porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveiUerojt sans connoître où il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre pas en désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi de semblable nature : je leur demande s'ils sont mieux instruits que moi, et ils me disent que non ; et sur cela , ces misérables égarés, ayant regardé autour d'eux, et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont doonés et s'y sont attachée. Pour moi je n ai pu m'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces personnes semblables à moi, misérables comme moi , impuissantes comme moi. Je vois qu'ils ne m'aideroient point à mourir : je mourrai seul ; il 6atdonc faire comme si j'étois seul : or, si j'étois seul, je ne liâtirois pointdes maisons, je ne m'emfcarrasserois point dans les occupations tumultnaires, je ne chercherois l'estime de personne; mus je tàcherois seulement de découvrir la vérité.
Ainsi, considérant combien il y a d'apparence fi*i y a autre chose que ce que je vois, j'ai redierdié si ce Dieu , dont tout le monde parle , l'aoroit pas laissé quelques marques de lui. Je regarde de toutes parts, et ne vois paMout qu'obscurité. La nature ne m'offre rien qui ne soit ■tttièrede doute et d'inquiétude. Si je n'y voyois rien qui marquât une Divinité, je me détermi- ■eroîs à n'en rien croire. Si je voyois par-tout les ■vques d'un Créateur, je reposerois en paix isasbi foi. Hais, voyant trop pour nier, et trop pour m'assurer, je suis dans un état à plain-
N et où j'ai souliaité cent fois que, si un Dieu'
soutient la nature, elle le marquât sans équivoque; et que, si les marques qu'elle en donne sont trompeuses , elle les supprimât tout-à-fait ; qu'elle dit tout ou rien , afin que je visse quel parti je dois suivre. Au lieu qu'en l'état où je suis , ignorant ce que je suis et ce que je dois faire, je ne connois ni ma condition, ni mon devoir. Mon cœur tend tout entier à copnoltre où est le vrai bien , pour le suivre. Rien ne me seroit trop cher pour cela.
Je vois des multitudes de religions en plusieurs endroits du monde, et dans tous les temps. Mais elles n'ont, nî morale qui puisse me plaire, ni preuves capables de m'arréter. Et ainsi j'aurois refusé également la religion de Mahomet, et celle de la Chine , et celle des anciens Romains , et celle des Égyptiens, par cette seule raison , que l'une n'ayant pas plus de marques de y'êrïié que l'autre, ni rien qui détermine, la raison ne peut pencher plutôt vers l'une que vers l'autre, ftlais, en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de croyance dans les divers temps, je trouve en une petite partie du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples de la terre , et dont les histoires précèdent de plusieui<s siècles les plus anciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peuple grand et nombreux, qui adof^ un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères ; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu ; qu'ils sont tous abandonnés à leurs sens et â leur propre esprit ; et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent enti*e eux , et de religion, et de coutume ; au lieu qu'eux demeu-^ rent inébranlables dans leur conduite : mais que Dieu ne laissera pas éternellement lesautres peuples dans ces ténèbres ; qu'il viendra un libérateur pour tous; qu'ils sont au monde pour l'annoncer; qu'ils sont formés exprès pour être les héraut^de ce grand événement, et pour appeler tous les peuples à s'unira eux dans l'attente de ce libérateur.
La rencontre de ce peuple m'étonne, et me semble digne d'une extrême attention, par quantité de choses admirables et singulières qui y. paroissent.
PENSÉES DE PASCAL
C'est un peuple tout composé de frères ; et au lieu que tous les autres sont formés de Tassemblage d'une infinité de fiuniiles, odui-d, quoique si étrangement abondant, est tout sorti d'un seul homme ; et étant ainsi une même chair et membres les uns des autres, ils composent une puissance extrême d'une seule famille. Cela est unique.
Ce peuple est le plus ancien qui soit dans la oonnoissance des hommes : ce qui me semble devoir lui attirer une vénération particulière, et principalement dans la recherche que nous fiiisons ; puisque , si Dieu s'est de tout temps communiqué aux hommes, c'est à ceux-ci qu'il faut recourir pour en savoir la tradition.
Ce peuple n'est pas seulement considérable par son antiquité; mais il est encore singulier» en â durée, qui a toujours continué depuis son origine jusqu'à maintenant : car, au lieu que les peuples de la Grèce, d'Italie, de Laoédémone, d'Athènes, de Rome, et les autres qui sont venus si long-temps après, ont fini il y a longtemps, ceux-ci subsistent toujours, et malgré les entreprises de tant de puissants rob, qui ont cent fois essayé de les faire périr, comme les historiens le témoignent, et comme il est aisé de le juger par l'ordre naturd des choses, pendant un si Ibng espace d'années, ils se sont toujours oonsenrés; et, s'étendant depuis les premiers temps jusqu'aux derniers, leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires.
La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus andenne loi du monde, la plus parfiadte, et la seule qui ait toujours été gardée sans interruption dans un état. C'est ce que Philon, Juif, montre en divers lieux, et Josèphe admirablement, contre Appion, où il fait voir qu'elle est si andenne, que le nom même de loi n'a été connu des plus andens que plus de mille ans après ; en sorte qu'Homère, qui a parlé de tant de peuples, ne s'en est jamais servi. Et il est aisé de juger de la perfection de Cette loi par sa simple lectui*e, où l'on voit qu'on y a pourvu à toutes choses avec tant de sagesse , tant d'équité, tant de jugement, que les plus andens I- gislaleurs grecs et romains en ayant quelque lumière, en ont emprunté leurs principales lois ; ce qui parolt par celles qu'ils appel-
lent des douze tabla, et par les autres preuvei» que losèphe en donne.
Mais cette loi est en même temps la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes, obligeant ce peuple pour le retenir-dans son devoir, à mille observations particulières et pénibles, sur peine de la vie. De sorte que c'est une chose étonnante qu'elle se soit toujours conservée durant tant de siècles, parmi un peuple rebelle et impati^it conmie odui-d ; pendant que tous les autres états ont changé de temps en temps leurs quoique tout autrement faciles à cibsery&r.
Ce peuple est encore admirable en sincérité. Ils gardent avec amour et fidélité le livre où Moïse déclare qu'ils ont toujours été ingrali envers Dieu, et qu'il sait qu'ils le seront encore plus après sa mort ; mais qu'il appelle le dd e^ la terre à témoin contre eux, qu'il le leur a asses dit : qu'enfin Dieu, s'irritant contre eux, les dispersera par tous les peuples de la ten'e : que, comme ils l'ont irrité en adorant des dieux qui n'étoient pcnnt leurs dieux, il les irritera en appelant un peuple qui n'étoit point son peupk. Cependant ce livre, qui les déshonore en tant de façons , ils le conservent aux dépens de leur vie. C'est une sincérité qui n'a point d'exemple dans le monde , ni sa radne dans la nature.
Au reste, je ne trouve aucun sujet de douter de la vérité du livre qui contient toutes ces choses ; car il y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier, et qu'il jette parmi le peuple , et un livre qui fait lui-même un peuple. 0^ ne peut douter que le livre ne sdt aussi . anden que le peuple.
C'est un livre fait par des auteurs contempo- ^^ rains. Toute histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte, comme les libres des Sibylles et de Trismégiste, et tant d'autres qui ont eu crédit au monde , et se trouvent faux dans la suite des temps. Mais il n'en est pas de même des auteurs contemporains.
Qu'il y a de différence d'un livre à un antrel Je ne m'étonne pas de ce que les Grecs ont iil niiade, ni les Égyptiens et les Chinois ievrs his^.*^
SECONDE PARTIE, ART. VIII
toires. Il ne faut que voir comment cel^^est né. Ces historiens febuleux ne sont pas «ontéknporains des choses dont ils écrivent. Homère fait un roman, qu'il donne pour tel; car personne ne doutoit que Troie et Agamemnon n'avoient non plus été que la pomme d'or. Il ne pensoit pas aussi à en foire une histoire, mais seulement on divertissement. Son livre est le seul qui étoit de son temps : la beauté de l'ouvrage fait durer h chose : tout le monde l'apprend et en parle : il fout la savoir ; chacun la sait par cœur. Quatre cents ans après, les témoins des choses ne sont plus vivants, personne ne sait plut par sa connoissance si c'est une foble ou une histoire : on l'a seulement apprise de ses ancêtres, cela peut jMisser pour vrai.
ARTICLE Vm.
Da Juift considérés par rapport à notre religion.
La création et le déluge étant passés, et Dieu ne devant plus détruire le monde , non plus que le créer, ni donner de ces grandes marques de U, il oonEimença d'établir un peuple sur la terre, fionné exprès, qui devoit durer jusqu'au peuple que le Messie fiNrmeroit par son esprit.
Dieu , voulant foire parottre qu'il pouvoit former un peuple saint d'une sainteté invisible, et le remplir d'une gloire étemelle, a foit dans les biens de la nature ce qu'il devoit foire dans ceux de b graoe , afin qu'on jugeât qu'il pouvoit foire les choses invisibles, puisqu'il foisoit bien les visUes. n a donc sauvé son peuple du déluge dans h personne de Noé ; il l'a foit naître d'Abraham ; il Ta racheté d'entre ses ennemis , et Ta mis dans le repos.
L'objet de Dieu n'étoit pas de sauver du déluge , et de foire nattre d'Abraham tout ua peuple, simplement pour l'introduire dans une terre abondante. Hais comme la nature est une image de la grâce, aussi ces miracles visibles sont les images des invisiUes qu'il vouloit foire.
Une autre raison pour laquelle il a |6rmé le
peufrfe juif , c'est qu'ayanfHlesséin de priver les siens des biens charnels et périssables , il vouloit montrer, par tant de miracles, que ce n'étoit pas par impuissance.
Ce peuple étoit plongé dans ces pensées terrestres , que Dieu aimoit leur père Abraham, sîi chair et ce qui en sortiroit ; et que c'étoit pour cela qu'il les avoit multipliés , et distingués de tous les autres peuples, sans souffrir qu'ils s'y mêlassent ; qu'il les avoit retirés de TËgypte avec tous ces grands signes qu'il fit en leur faveur ; qu'il les avoit nourris de la manne dans le désert ; qu'il les avoit menés dans une terre heureuse et abondante; qu'il leur avoit donné des rois, et un temple bien bâti, pour y offrir des bétes, et pour y être purifiés par l'effusion de leur sang ; et qu'il devoit leur envoyer le Messie, pour les rendre maîtres de tout le mondoi
Les Juifo étoient accoutumés aux grands et éclatants miracles ; et n'ayant regardé les grands coups de la mer Rouge et la terre de Chanaan que comme un abrégé des grandes choses de leur Messie, ils attendoient de lui encore des choses plus éclatantes, et dont tout ce qu'avoit foit Moïse ne fût que l'échantillon.
Ayant donc vieilli dans ces erreurs chamelles, Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l'édat attendu ; et ainsi ils n'ont pas pensé que ce Mt lui. Après sa mort , saint Paul est venu appr^Mlre aux honmies que toutes ces choses étoient arrivées en figures ; que le royaume de Dieu n'étoit pas dans la chair, mais dans l'esprit ; que les ennemis des hommes n'étoient pas les Babyloniens , mais leurs passions; que Dieu ne se plaisoit pas aux temples foits de la main des hommes , mais dans un cœur pur ^ humilié ; que la circoncision du corps étoit inutile, mais qu'il falloit celle du cœur, etc.
Dieu n'ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple qui en étoit indigne , et ayant voulu néanmoins les prédire, afin qu'elles fussent crues, en avoit prédit le temps clairement, et les avoit même quelquefois exprimées clairement, mais ordinairement en figures; afin que ceux qui »moient les choses' figurantes s'y arrêtassent, et
> C*est-à-dire. i$$ ekoêts^fuimellet qui seiTOieni de figures.
PENSÉES DE PASCAL
que ceux qui aimolent les ' figurées les y vissent. C*est ce qui a (ait qu*au temps du Messie les peuples se sont parlagés : les spirituels l'ont reçu, et les charnels, qui Vont rejeté, sont demeurés pour lui servir de témoins.
Les Juifis charnels n*entendoient ni la grandeur, ni rabaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils Tout méconnu dans sa grandeur, comme quand il est dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils; quilest avant Abi'aham, et qu'il* l'a vu. Ils ne le croy oient pas si grand, qu'il fût de toute éternité, et ils l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disoient-ils, demeure éternellement , et celui-ci dit qu'il mourra. Ils ne le croyoient donc ni mortel, ni étemel : ils ne cherchoient en lui qu'une grandeur chamelle.
Us ont tant aimé les choses figurantes, et les ont si uniquement attendues, qu'ils ont méconnu la réalité , quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.
Ceux qui ont peine à croii*e, en cherchent un sujet en ce que les iuik ne croient pas. Si cela étoît si clair, dit-on , pourquoi ne croyoient-ils pas? Mais c'est leur refus même qui est le fondement de notre croyance. Nous y serions bien moins disposés, s'ils étoient des nôtres. Nous aurions alors un bien plus ample prétexte d'incrédulité et de défiance. Cela est admirable , de voir des Juife, grands amateurs des choses prédites , et grands ennemis de l'accomplissement, et que cette aversion même ait été prédite!
Il ialloit que, pour donner foi au Messie, il y eut des prophéties précédentes , et qu'elles fussent portées par des gens non suspects , et d'une
< C'est-à-dire, les vérité* tfdritu€Uet figurées par les choses chamelles.
» Ce dernier qu'il pourroit être éqaiToque, s'il n'étoit déterminé par les textes évangéliques que l'auteur a ici en yae. yibraham votre père f dit Jésii»<:iirist , a désiré avec ardeur
de voir mon jour : il Va ru , et il en a été comblé de joie
Jrant qu'Abraham fût, j'étais. (Jeaji, 8, 56 et 58.) C'est donc Abraham qui a tu.
diligence, d'une fidélité, et d'un zèle extraordinaire , Qt connu de toute la terre.
Pour faire réussir tout cela , Dieu a choisi ce peuple charnel , auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimoit; et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes , et a porté à la vue de tout le monde ces livres où le Messie est prédit : assurant toutes les nations qu'il devoit venir, et en la manière prédite dans leurs livres , qu'ils tenoient ouverts à tout le monde. Mais étant déçus par l'avènement ignominieux et pauvre du Messie, ih ont été ses plus grands ennemis. De sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser, qui fait pour nous, et qui, par le zèle qu'il a pour sa loi et pour ses prophètes, porte et conserve avec une exactitude incorruptible, et sa condanmation, et nos preuves.
vra.
Ceux qui ont rejeté et cracifié Jésus-Christ , qui leur a été en scandale, sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui , et qui disent qu'il sera rejeté et en scandale. Ainsi ils oat marqué que c'étoit lui en le refusant ; et il a été également prouvé , et par les Juifis justes qui l'ont reçu, et par les injustes qui l'ont rejeté : l'un et l'autre ayant été prédits.
C'est pour cela que les prophéties ont un sens caché, le spirituel , dont ce peuple étoit enoMu, sous le charnel qu'il aimoit. Si le sens spirituel eût été découvert, ils n'étoient pas capables de l'aimer; et ne pouvant le porter, ils n'eussent pas eu de zèle pour la conservation de leurs livres et de leurs cérémonies. Et s'ils avoient aimé ces promesses spirituelles , et qu'ils les eussent conservées incorrompues jusqu'au Messie, leur témoignage n'eût pas eu de force, puisqu'ils en eussent été amis. Voilà pourquoi il étoit bon que le se;is spirituel fût couvert. Mais, d'un autre côté , si ce sens eût été tellement caché , qu'il n'eût point du tout paru , il n'eût pu servir de preuve au Messie. Qu'a-t-il donc été fait? Ce sens a été couvert sous le temporel dans la foule des passages, et a été découvert clairement en quelques uns : oulre que le temps et l'état du monde ont été pœdils si clairement , que le soleil n'est
SECONDE PARTIE, ART. VIII
pas plus ciair. Et ce sens spirituel est ^ clairement explique en quelques endroits, quil falloit un aveug^iement pareil à celui que la chair jette dans l'esprU quand il lui est assujetti , pour ne pas le reconnoîtœ.
Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. Ce sens spirituel est couvert d*un autre en une infinité d'endroits, et découvert en quelques uns, rarement, à la vérité, mais en telle sorte , néanmoins, que les lieux ou il est caché sont équivoques , et peuvent convenir aux deux : au Ûeu que les lieux où il est découvert sont univoques, et ne peuvent convenir qu'au sens^ipirituel.
De sorte que cela ne pouvoit induire en erreur, et qu*îl n'y avoit qu'un peuple aussi charnel que celui-là qui pût s'y méprendre.
Car quand les biens sont promis en abondance, qui les empéchoit d'entendre les véritables biens , sinon leur cupidité, qui déterminoit ce sens aux biens de la terre? Mais ceux qui n'avoient des biens qu'en Dieu les rapportoient uniquement à Dieu. Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité. Ce n'est pas que la cupidité ne puisse demeurer avec la foi, et que la charité ne subsiste avec les biens de la terre. Mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde ; et la charité, au contraire, use du monde et jouit de Dieu.
Or, kl dernière fin est ce qui donne le nom
» choses. Tout ce qui nous empêche d'y arriver appelé ennemi. Ainsi les créatures, quoique i)oiuies, sont ennemies des justes, quand elles Jes détournent de Dieu ; et Dieu même est Tenoemi de ceux dont il trouble la convoitise.
Ainsi le mot d'ennemi dépendant de la dernière fin, les justes entendoient par-là leurs passions, et les charnels entendoient par-là les Babyloniens : de sorte que ces termes n'étoient obscurs que pour lesJnjustes. Et c'est ce quQ dît Isaûc : Signa legem in dhcipulis mois (Is., 8, 1^^ et que Jésus-Christ sera pien-e de scandate {îb., 8, 14). Mais bienheuretuv ceux qui ne seront point scmulalhés en lui. (Matth., 11, 16.) Qsée le dit auRi parfiiitement : Oii est le sage, et il entendra ce que je dis? Car les voies de Dieu sont droites; les jusies y marcheront, mais les méchants y trébucheront. (Osée , 14, dO.) Et cependant ce testament foit de telle sorle,
qu'en éclairant les uns il aveu£[le les autres, mai^ quoit, en ceux mêmes qu'il aveugloit, la vérité qui de> oit être connue des autres ; car les biens visiblesqu'ils recevoient de Dieu étoientsi grands et si divins, qu'il paroissoit bien qu'il avoit le pouvoir de leur donner les invisibles, et un Messie.
Le temps du premier avènement de Jésus- Christ est prédit ; le temps du second ne l'est point', parcecjuc le premier devoit être caché , au heu que le second doit être 'éclatant, et tellement manifesté, que ses ennemis mêmes le reconnoîtront. Mais comme il ne devoit venir qu'obscurément, et pour être connu seulement de ceux qui sonderoicnt les Écritures, Dieu avoit tellement disposé les choses, que tout seryoit à le foire reconnoître. Les Juifs le prouvoient en le recevant : car ils étoient les dépositaires des prophéties ; et ils le prouvoient aussi en ne le recevant point, parcequ'en cela ils accomplis* soient les prophéties^
Les Juifs avoient des miracles, des prophéties qu'ils voyoient accomplir; et la doctrine de leur loi étoit de n'adorer et de n'aimer qu'un Dieu; elle étoit aussi perpétuelle. Ainaielle avoit toutes les marques de la vraie religion : aussi l'étoit-elle. Mais il fout distinguer la doctrine des Juifs d'avec la doctrine de la loi des- Juifs. Or, la doctrine des Juifs n'étoit pas vraie, quoiqu'elle eût les miracles, les prophéties et la perpétuité, parcequ'ellé n'avoit pas cet autre point de n'adorer et de n'aimer que Dieu.
La religion juive doit donc être regardée différemment dans la tradition de leurs saints et dans la tradition du peuple. La morale et la félicité en sont ridicules dans la tradition du peuple; mais elle est incomparable dans celle de
' Ail lieu de la négation absolue, ranteur anroit pu dkc , ne l'est pas aussi clairement; car (es trois temps et demi de Daniel (Oan., 7, 23, eH2, 7) et /m quarante-deux mois de saint Jean {Jpoc, 11,2, et 1$, 5) paroissenf conduire là, suivant les tliéologiens. Hais que signifient ces temi» et ces mois ? C'est ce que l'Écriture ne dit («s. Jésus^hrist annonce aussi les Signes qui préoMeroiit la fin du monde, et il ^ute : Lorsque ffous verrez toutes ces choses, sachez que le fil^de l'itonuiic est près. (Matto., 24, 53. MiHC, 12. 29. Lie. 21 . 51.)
{iSote de redit, de 1787.)
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leurs saints. Le fondement en est admirable.
C*e$t le plus anden livre du monde, et le plus authentique; et au lieu que Mahomet , pour faire subsister le sien, a défendu de le Ure, Hoise, pour faire subsister le sien, a ordonné à tout le monde de le lire. ,
La religion juive est toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale , dans sa conduite, dans sa doctrine, dans ses effets^tc. Elle a été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie ; et k vérité du Messie a été reconnue par la religion des Juifs, qui en étoit la figure.
Parmi les Juifs, la vérité n'étoit qu*en figure. Dans le ciel , elle est découverte. Dans l'Église, elle est couverte, et reconnue par le rapport à la figure. La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure.
xn.
Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers, la connoîtra mal. Elle est visible dans les saints livres, et dans la tradition des prophètes , qui ont assez fait voir qu'ils n'entendoient pas la loi à la lettre. Ainsi notre reb'gion est divine dans l'Évangile, les apôtres et la tradition ; mais elle est toute défigurée dans ceux qui la traitent mal. *
xin.
Les Juifs étoient de deux sortes : les uns n'avoient que les affections païennes , les autres avoient les affections chrétiennes. Le Messie, selon les Juifs charnels, doit être un grand prince temporel. Selon les chrétiens charnels , ii^st venu nous dispenser d'aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui opèrent tout sans nous. Ni l'un ni l'autre n'est la religion chrétienne, ni juive. Les vrais Juifs et les vrais chrétiens ont reconnu un Messie qui les feroit aimer Dieu, et , par cet amour, triompher deleurs ennamisk '
Le voile qui est sur les livres de l'Écriture poor \ts& Juifs j est aussi pour les mauvais chrëtiops, o{ pour' tons ceux qui ne se haïssent pas cui^
mêmes. Mais qu'on est bien disposé à les entendre et à connoitre Jésus-€hrist, quand on se hait véritablement soi-même !
Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les chrétiens et les psflens. Les païens ne connoissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs oonnoissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre. Les chrétiens oonnoissent le vrai Dieu» et n'aiment point la terre. Les Juifs et les païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les chrétiens oonnoissent le même Dieu.
C'est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie. Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela est prédit; car il est dit que les jugements de Dieu leur sont confiés , mais comme un livre scellé.
Tandis que les prophètes ont été pour maintenir la loi, le peuple a été négligent. Mais depuis qu'il n'y a plus eu de prophète, le zèle a succédé, ce qui est une providence admirable.
xvn.
La création du monde commençant à s'éloigner. Dieu a pourvu d'un historien contemporain, et a commis tout un peuple pour la gaîde de ce livre, afin que cette histoire fût la pins authentique du monde, et que tous les hommes pussent apprendre une chose si nécessaire à saF voir, et qu'on ne peut savoir que par4à.
xvm.
Moïse étoit habile homme : cela est dair . Donc, s'il eût eu dessein détromper, il eût fait en sorte qu'on n'eût pu le convaincre de tromperie. U a l^it tout le contraire ; car, s'il eût débité des fables, il n'y eût point eu de Juif qui n'en eût pu reconnoître l'imposture.
Pourquoi, par exemple, a-t-il fait la vid'des premiers hommes si longue, et si peu de générations? Il eût po se cacher dans une multitude de générations, mais il ne le pouvdt en sî peu ; car ce n'est pas le nombre clés années, mais h
SECONDE PARTIE, ART. IX
iBollitade des générations , qui rend les dioses
obscures.
La vérité ne s'altère que par le changement
des hommes. Et cependant il met deux choses les plus mémorables qui se soient jamaîs imaginées, savoir, la création et le déluge, si proches, ^'on y touche par le peu qu'il feit de génératioDS. De sorte qu'au temps oii il écrivoit ces choses , la mémoire devoit encore en être toute réomte dans l'esprit de tous les Juife.
Sem,quia vuLâmech, quia vu Adam, a vu au moins Abraham ; et Abraham a vu Jacob, qui a va ceux qui ont vu Moise. Donc le déluge et la création sont vrais. Cela conclut entre de certaines gens^ l'entendent bien.
La longueur de la vie des patriarches, au lieu de faire que les histoires passées se perdissent , servoit , au contraire, à les conserver. Car ce qui £ût que l'on n'est pas quelquefois assez instruit dans rhistoire de ses ancêtres, c'est qu'on n'a jamais guère vécu avec eux , et qu'ils sont morts souvent avant que l'on eût atteint Tâge de raison. Mais lorsque les hommes vivoient si longtemps, les enfiEuits vivoient long-temps avec leurs pères, et ainsi ils les entretenoient long-temps. Or, de quoi les eussent-Us entretenus, sinon de l'histoire de leurs ancêtres, puisque toute rhistoire étoit réduite à celle-là, et qu'ils n'avoient DJlessciences, ni les artsquioccupentunegrande partie des discours de la vie? Aussi l'on voit qu'en ce temps-là les peuples avoient un soin pHipuIier de conserver leurs généalogies.
Pins f examine les Juîfe, plus j'y trouve de vérités; et cette marque qu'ils sont sans prophètes, ai roi , et qu^étant nos ennemis, ils sont d'admirables témoins de la vérité de ces prophéties, où leur vie et leur aveuglement même est prédit, le trouve en cette enchâssure cette religion toute divine dans son autoHté, dans sa durée , dans sa p^pétuité, dans sa morale, dans sa conduite,, dans ses effets. Et ainsi je tends les bras à mon libérateur, qui, ayant été prédit durant quatre ndUpuds, est venu souffrir et mourir pour moi sor b terre dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites, et, par sa grâce , j*attends la mort en paix, dans l'espéranœ de lui être éternellement nni ; et je. vis ce-
pendant avec joie , soit dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien , et qu*il m'a appris à souffrir par son exemple.
Dès là je réfute toutes les autres religions : p^-là je trouve réponse à toutes les objections. Il est juste qu'un Dieu si pur ne se découvre qu'à ceux dont le cœur est purifié.
Je trouve d'effectif que depuis que la mémoire des hommes dure , voici un peuple qui subsiste plus ancien que tout autre peuple. II est annoncé constamment aux hommes qu'ils sont dans une corruption universelle , mais qu'il viendra un réparateur • ce n'est pas un seul homme qui le dit , mais une infinité, et un peuple entier prophétisant durant quatre mille ans,