‹ Moralistes françoisChapitre 49 sur 309 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

Des figures; que l'ancienne lot étoit figurative.

n y a des figures claires et démonstratives ; mais il y en a d'autres qui semblent moins naturelles , et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Ces figures-là seroient semblables à celles de ceux qui fondent des prophéties sur FApocalypse, qu'ils expliquent à leur fantaisie. Mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils n'en ont point d'indubitables qui les appuient. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste que quand ils prétendent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques unes des nôtres; car ils n'e% ont pasde démonstratives comme nous en avons. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses, parcequ'elles semblent être semblables par un bout , étant si différentes par l'autre.

Une des principales raisons pour lesquelles les prophètes ont voilé les biens spirituels qu'ils promettoient sous les figures des biens temporels, c'est qu'ils avoient affaire à un peuple charnel , qu'il falloit rendre dépositaire du testament spirituel.

Jésus-Christ, figuré par Joseph, bien-aimé de son père, envové du père pour voir ses frères ,

est ' l'Innocent vendu par ses fi'ères vingt deniers, et par-là devenu leur seigneur, leur sauveur, et le sauveur des étrangers, et le sauveur du monde ; ce qui n*eût point été sans le dessein de le perdre , sans la vente et la réprobation qu'ils en firent.

Dans la prison , Joseph innocent entre deux criminels : Jésus en la croix entre deux larrons. Joseph prédit le salut à l'un , et la mort à l'autre , sur les mêmes apparences : Jésus -Christ sauve l'un , et laisse l'autre , après les mêmes mmes. Joseph ne lait que prédire : JésusOhrist lait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu'il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire; et celui que Jésus -Christ sauve lui demande qu'il se souvienne de lui quand il sera en

La grâce est la figure de la gloire; car eUe n'est pas la dernière fin. Elle a été figurée par la loi , et elle figure elle-même la gloire ; mais de telle manière, qu'elle est en même temps un moyen pour y arriver.

La synagogue ne périssoit point, parcequ'elle éloit la figure de l'Église ; mais p«cequ'elle n'étoit que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figui^ a subsisté jusqu'à la vérité, afin que rÉglise fût toujours visible, ou dans la pointure qui la promcttoit , ou dans l'efTet.

Pour prouver tout d'un coup les deux Testaments, il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre. Pour examiner les prophéties, il laut les entendre; car si l'on croit qu'elles n'ont qu'un sens , il est sûr que le Messie ne sera point venu ; mais si elles ont

I Le mot est n'a-MI point été transporté ici par erreur de copiste? Ne faudroit-il pas lire : Jéstu^Chrisi est figuré par /osej^h , bien-aimé de son père , envoyé du père pour voir ses frères , l'innocent vendu par ses frères vingt deniers , et le reste? Car cette circonstance des vingt deniers regarde Joseph , et non Jésus-Christ, qui fut vrndu trente deniers. Tout ce qui suit regarde également Joseph ; le nom même de Sauveur du monde est celui qui fut donné à Joseph , selon la Vulgate : Sahatorem mundi, {Gen„ 41 , 43.) Tout cela regarde Joseph ; et en tout cela Jésus-christ est figuré par Joseph. VoilÀ bien ce que l'auteur a youIu dire. {Note de l'édit. de 1787.)

deux«ens , il est sûr qu'il sera venu en Jésus- Christ.

Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens , si elles sont figures, ou réalités ; c'est-à-dire, s'il iaut y chercher quelque autre chose que ce qui paroit d'abord, ou s'il iaut s'arrêter uniquement à ce premier sens qu'elles présentent.

Si la loi et les sacrifices sont la vérité^ il iaut qu'ils plaisent à Dieu , et qu'ils ne lui déplaisent point. S'ils sont figures, il iaut qu'ils plaisent et déplaisent.

Or, dans toute l'Écriture ils plaisent , et déplaisent. Donc ils sont figures.

Pour voir clairement que l'ancien Testament n'est que figuratif, et que par les biens temporels les prophètes entendoient d'autres biens , il > ne faut que prendre garde, premièrement , qu'il ï seroit indigne de Dieu de n'appeler les hommes "< qu'à la jouissance des félicités temporelles ; secondement, que les discours des prophètes expriment clairement la promesse des biens temporels; et qu'ils disent néanmoins que leurs discours sont obscui*s, et que leur sens n'est pas > celui qu'ils expriment à découvert : qu'on ne l'entendra qu'à la fin des temps. ( Jérém., 23, âS2, et 50, 24.) Donc ils entendoient parler d'autres sacrifices, d'un autre libérateur , etc.

Enfin , il faut remarquer que leurs discours sont contraires et se détruisent, si l'on pense qu'il n'ait entendu par les mots de loi et de ^ sacrifice autre chose que la loi de Moïse et ses i| sacrifices ; et il y auroit contradiction manifeste et grossière dans leui*s livres, çt quelquefois dans un même chapitre. D'où il s'ensuit qu'il iaut qu'ils aient entendu autre chose.

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