DES ANCIENS CHRÉTIENS
AVEC CEUX d'aujourd'hui.
PENSÉPS DE PASCAL,
On ne voyoit, à la naissance de l'Église, que des Chrétiens parfaitement instruits dans tous les points nécessaires au salut : au lieu que l'on voit
aujourd'hui une ignorance si grossière , qu'elle foit gémir tous ceux qui ont des sentiments de tendresse pour l'Église. On n'entroit alors dans l'Église qu'après de grands travaux et de longs désirs : on s'y trouve maintenant sans auemie peine, sans soin, et sans travail. On n'y étoit admis qu'après un examen très exact; on y est reçu maintenant avant qu'on soit en état d'être examiné. On n'y étoit reçu alors qu'après avoir abjuré sa vie passée, qu'après avoir renoncé au monde , et à la chair , et au diable : on y entre maintenant avant qu'on soit en état de faire aucune de ces choses. Enfin il (alloit autrefois sortir du monde pour être reçu dans l'I^lise : au lieu qu'on entre aujourd'hui dans l'Eglise au même temps que dans le monde. On connoissoit alors, par ce procédé, une distinction essentieDe du monde avec l'Église ; on les oonsidéroit comme deux contraires, comme deux ennemis irréconciliables, dont'l'un persécute l'autre sans discontinuation , et dont le plus foible , en apparence , doit un jour triompher du plus fort ; entre ces deux partis contraires , on quittdt l'un pour entrer dans l'autre; on abandonnoit les maximes de l'un pour suivre celles de Fautre; on se dévétoit des sentiments de l'un pour se revêtir des sentiments de l'autre : enfin ot quittoit, on renonçoit, on abjuroitle monde oti l'on avoit reçu sa première naissance, pour se vouer totalement à TÉglise, où l'on prenoit comme sa seconde naissance; et ainsi on concevoit une très grande difl^rence entre l'un et l'autre : aujourd'hui on se trouve presque en même temps dans l'un comme dans l'autre; et le même moment qui nous fait naître au monde nous fait renaître dans l'Église ; de sorte que la raison survenant ne iait plus de distinction de ces deux mondes si contraires ; elle s'élève et se forme dans l'un et dans l'autre tout ensemble; on fréquente les sacrements , et on jouit des plaisirs de ce monde; et ainsi, au lieu qu'autreifbis on voyoit une distinction essentidle entre l'un et l'autre , on les voit maintenant confondus et mêlés , en sorte qu'on ne les discerne quasi plus. De là vient qu'on ne voyoit autrefois entre les Chrétiens que des personnes très instruites; au lieu qu'elles sont maintenant dans une ignorance qui fait horreur ; de là vient qu'autrefbis ceux qui avoient été rendus Chrétiens par le baptême.