PREMIÈRE PARTIE, ART. IL
âireajppoiteroit plus d'obscurké que d'înslmo tioD.
Csr il n'y a rien de plus foiMe que le discours de ceux qui veuleiit définir ces mots primitifs. Quelle nécessite y a-t-il, par exemple, d'expliquer ce qu*on entend par le hkX homme f Ne sût-on pas assez quelle est la chose qu'on veut désigner par ce terme? et quel avantage pensoit nous procurer Platon, en disant que cetoit un anîmol à deux jambes, sans plumes? comme si ridée que j*en ai naturellement, et que je ne pots exprimer , n'étoit pas plus nette et plus sûre que celle qu'il me donne par son explication inude, et même ridicule; puisqu'un homme ne perd pas l'humanité en pendant les deux jambes, et qu'un chapon ne l'acquiert pas en perdant ses pbmes.
H y en a qui vont jusqu'à cette absurdité d'expliquer un mot par le mot même. J'en sais qui on défini la lumière en cette sorte : La lumère et m mouvement luminaire des corps Ivmmeux, comme a Ton pouvoit entendre les mots de /uiw«rget de lumineux sans celui de lufnière.
On ne peut entreprendre de définir l'être sans tonber dans la même absurdité. Car on ne peut défiair un mol sans commencer par celui-ci, ttst, soit qu'on l'exprime on qu'on le sous^ntode. Donc pour définir l'être il feudroît dire , eesi; et ainsi employer dans la définition le mot id^nir.
On voit assez de là qu'il y a des mots incapa- Ues d*étre définis ; et si la nature n'avoit suppléé àœ défaut par une idée pareille qu'elle a donne à tous les hommes, toutes nos expressions Kroient confuses; au lieu qu'on en use avec la ■éme assurance et la même certitude que s'ils étcient expliqués d'une manière parfaitement eiempie d'éc]uivoques, parceque la nature nous ai a efle-même donné , sans paroles , une intellipnoe plos nette que celle que l'art nous acquiert par nos explications.
Ce n'est pas que tous les hommes aient la Bteie idée de l'essence des choses que je dis qu'il est impossible et inutile dedéfinir; car, par exemple, le temps est de cette sorte. Qui pourra le définir? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire ai pariant du temps, sans qu'on le désigne daiMage? Cepeaàaaai 9 y a bien de diflereates
opinions touchant l'essence du temps. Les uns disent que c'est le mouvement d'une chose créée ; les autres, la mesure du mouvement, etc. Aussi ce n'est pas la nature de ces choses que je dis qui est connue à tous : ce n'est simplement que le rapport entre le nom et la diose; en sorte qu'à cette expression temps, tous portent la pensée vers le même objet : ce qui suffit pour fiaire que ce terme n'ait pas besoin d'être défini , quoique ensuite, en examinant ce que c'est que le temps, on vienne à différer de sentiment, après s'être mis à y penser; car les définitions ne sont faites que pour désigner les choses que l'on nomme, et non pas pour en montrer la nature.
Il est bien permis d'appeler du nom de temps le mouvement d'une chose créée; car, ccnnme j'ai dit tantôt, rien n'est plus libre que les définitions. Hais ensuite de cette définition , il y aura deux choses qu'on appellera du nom de temps : l'une est celle que tout le monde entend naturdlanent par ce mot, et que tous ceux qui parient notre langue nomment par ce terme ; l'autre sera le mouvement d'une chose créée ; car on l'appellera aussi de ce nom , suivant cette nouvelle définition.
Il faudra donc éviter les équivoques, et ne pas confondre les conséquences. Car il ne s'ensuivra pas de là que la chose qu'on entend naturellement par le mot de temps soit en effet le mouvement d'une chose créée. II a été libre de nommer ces deux clioses de même; mais il ne le sera pas de les faire convenir de nature aussi-bien que de nom.
Ainsi , si l'on avance ce discours, le temps est te mouvement d'une chose créée, il faut demander ce qu'on entend par le mot de temps, c'està-dire si on lui laisse le sens ordinaire et reçu de tous , ou si on l'en dépouille pour lui donner en cette occasion celui de mouvement d'une chose créée. Si on le destitue de tout autre sens, on ne peut contredire, et ce sera une définition libre, ensuite de laquelle, conune j'ai dit, il y aura deux choses qui auront ce même nom ;-. mais si on lui laisse son sens ordinaire , et qu'ott^ prétende néanmoins que oe qu'on entend par ce mot soit le mouvaient d'une chose créée , on peut contredire. Ce n'est plus une définitions libre, c'est une proposition qu'il &ut prouver, si ce n'est cpi'elle soit très évidente d'elte-méme,.
PENSÉES DE PASCAL
et alors ce sera un principe el an axiome, mais jamais une définition ; parceque , dans cette ënonciation , on n*entend pas que le mot de temps signifie la même chose que ceux-ci, le mouvemefU d'une chose créée, mais on entend que ce que Ion conçut par le terme de temps soit ce mouvement supposé.
Si je ne savois combien il est nécessaire d'entendre ceci parfaitement , et combien il arrive à toute heure , dans les discours familiers et dans les discours de science , des occasions pareilles à celle-ci que j*ai donnée en exemple, je ne m'y serois pas arrêté. Mais il me semble, par l'expérience que j'ai de la confusion des disputes , qu'on ne peut trop ratrer dans cet esprit de netteté pour lequel je fais tout ce traité , plus que pour le sujet que j'y traite.
Car combieu y a-t-il de personnes qui croient avoir défini le temps quaiul ils ont dit que c'est la mesure du mouvement, en lui laissant cependant son sens ordinaire ! et néanmoins ils ont feit une proposition , et non pas une définition. Combien y en a-t-il de même qui croient avoir défini le mouvement quand ils ont dit : Motus nec simpiiciter motus, twn mera potetUla est , sed acius enûs in potetUia ! Et cependant, s'ils laissent au mot de mouvement son sens ordinaire , comme ils font , ce n'est pas une définition , mais une proposition ; et confondant ainsi les définitions, qu'ils appellent définitions de nom, qui sont les véritables définitions libres , permises et géométriques , avec celles qu'ils appellenidéfiniiions de chose, qui sont proprement des propositions nullement libres , mais sujettes à contradiction , ils s'y donnent la liberté d'en former aussi-bîen que les autres ; et chacun définissant les mêmes choses à sa manière , par une libeité qui est aussi défendue dans ces sortes de définitions que permise dans les premières , ils embrouillent toutes choses; et, perdant tout oi*dre et toute lumièi*e, ils se perdent euxmêmes , et s'égarent dans des embarras inexplicables.
On n'y tombera jamais en suivant l'ordre de la géométrie. Cette judicieuse science est bien éloignée de définir ces mots piimitilîs, espace, temps, mouvement, égalité, majorité, diminution, tout, et les autres que le monde entend de soimême. Itlais hors ceux-là , le reste des termes
qu'dle emploie y sont tellement éclairas et définis qu'on n'a pas besoin de dictionnaire pour en entendre aucun ; de sorte qu'en un mot tous ces termes sont parfaitement intelligibles , ou par la lumière naturelle , ou par les définitions qu'elle en donne.
Voilà de quelle sorte eOe évite tous les vices qui peuvent se rencontrer dans le premier point, lequel consiste à définir les seules choses qui en ont besoin. Elle en use de même à l'égard de l'autre point, qui consiste à prouver lesprqx)sitions qui ne sont pas évidentes.
Car quand elle est arrivée aux premières vérités connues , elle s'arrête là , et demande qu'on les accorde , n'ayant rien de plus clair pour les prouver ; de sorte que tout ce que la géométrie propose est parfaitement démontré , ou par la lumière naturelle, ou par les preuves.
De là vient que si cette science ne définît pas et ne démontre pas toutes choses , c'est par cette seule raison que cela nous est impossible.
On trouvera peut-être étrange que la géométrie ne puisse définir aucune des choses qu'elle a pour principaux objets. Car elle ne peut définir ni le mouvement , ni les nombres , ni l'espace ; et cependant ces trois choses sont cdies qu'elle considère particulièrement , et selon la recherche desquelles elle prend ces trois différents noms de mécanique, ^arithmétique, de géométrie, ce dernier nom appartenant au genre et à l'espèce. Hais on n'en sera pas surpris , si Ton remarque que cette admirable science ne s'attachant qu'aux choses les plus simples, cette même qualité qui les rend dignes d'être ses objets les rend incapables d'être définies ; de sorte que le manque de définition est plutôt une perfection qu'un défiiut , parcequ'il ne vient pas de leur obscurité , mais au contraire de leur extrême évidence, qui est telle, qu'encore qu'elle n'ait pas la conviction des démonstrations , elle en a toute la certitude. Elle suppose donc que l'on sait quelle est la chose qu'on entend par ces moU^ mouvement, nombre, espace; et sans s'an'êter à les définir inutilement, elle en pénètre la nature et en découvre les merveiUeuses propriétés.
Ces trois choses, qui comprennent tout l'univers, selon ces paroles, Deus fecit omnia in ponr