‹ Moralistes françoisChapitre 74 sur 309 · LXV · texte numérisé non relu

LXV

n n'y a point d'éloges qu'on ne donne i la prudence ; cependant elle ne sauroit nous asso* rer du moindre événement '.

Un habile homme doit régler le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité le trouble souvent , en nous faisant courir à tant de choses à la fois , que pour désirer trop les moins impartantes, on manque les plus considérables.

• Lxvn.

La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.

• LXVIIL

Il est difficile de définir l'amour: ce qu'on en peut dire est que, dans l'ame, c'est une passiim

' Var, L'auteur s'est essayé plusieurs fois arant d'arriTcrà une précision si parfaite. Voici comment il s'exprimoit dans sa première édition : « On élève la prudence Jusqu'au ciel, et fl n'est sorte d'éloges qu'on ne lui donne ; elle est la règle de nos actions et de notre conduite , elle est la maîtresse de la Cortune, elle bit le destin des empires ; sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens ; et comme dlsoit autrefois un poète, quand nous ayons la prudence, il ne nous manque aucune divinité : /NTu/Zurn numtn ahtti,si sit prudentia.{JvyinkL, Sat. X). pour dire que nous trouvons dans la prudence toat le seooun que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet dn monde, parce que travaillant sur une matière aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets : d'où il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence, ne sont que des effets de notre amoiir^ropre , qui s'applaudit en toutes dioses et en toutes rencontres. » ( 1665— no 75. ) Dès la seconde édition, l'auteur se corrigea ainsi : < Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant, quelque grande qu'elle soit, elle ne sauroit nous assurer du moindre événement, parcequ'elle travaille sur l'homme , qui est le sujet du monde le plus changeant. » ( 1666— no 66 ; —1671 ,1675—no 65.) Enfin, dans sa dernière édition , l'auteur refit cette pensée teOe qu'elle est ai4onr> d'hui. Ces différents essais offrent une étude de style bien digne d'être méditée.

DE LA ROCHEFOUCAULD

de régner; dans les eq>rif8, c'est une sympathie ; et dans le corps , ce n*est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que Ton aime, après beaucoup de mystères.

S*il y a un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, c'est celui qui est caché aa fond du cœur , et que nous ignorons nousmêmes *.

n n*y a point de déguisement qui puisse long-temps cacher Famour oii il est , ni le feindre où il n'est pas.

n n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés, quand ils ne s'aiment plus.

Lxxn.

Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amilié.

Lxxm.

On peut trouver des femmes qui n'ont jamais en de galanterie; mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une *.

Lxxrv.

n n*y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille différentes copies.

L'amour, aussi-bien que le feu, ne peut subttter sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu'il cesse d*espérer ou de a*aindre.

n est du véritable amour com^e de l'apparition des esprits : tout le monde en parle , mais peu de gens en ont vu.

■ rar. n n'y a point d'amoor pur et eiempt du mélange des atfRipavioiis. qoeoelniqui est caché au fond du cceur, etqœ ■SOS içnroosnoQB-Diènies' ( lew— n» 79. )

* ror. Qui n*0Dl Jamais fail de galanterie, (leos— n* S3.)

L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui attribue , et où il n'a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise.

' Lxxvni.

L'amour de la justice n'est , en la plupart des hommes , que la crainte de souffrir l'injustice K

Le silence est Te parti le plus sûr pour celui qui se défie de soi-même.

Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés , c'est qu'il est difficile de connoitre les qualités de l'ame , et facile de connoitre celles de l'esprit ».

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