CHAPITRE ni
De rimpertineut , ou du Diseur de rieus.
La sotte envie de discourir vient d'une habitude qu'on a contractée de parler beaucoup et sans réflexion. Un homme qui veut parler, se trouvant assis proche d'une personne qu'il n'a jamais vue et qu'il ne connaît point, entre d'abord en matière, Tentretient de sa femme , et lui fait son éloge ; lui
' On ne pouvait guère s'asseoir sans coussins sur les degrés d.^ marbre des théâtres antiques ; mais ce n'était point un valet attaché au théâtre qui les distribuait, chacun y portait le sien, et les riches le faisaient porter par un de leurs esclaves.
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conte son songe, lui fait un long détail d'un repas uii il s'est trouvé, sans oublier le moindre mets ni un seul service ; il s'échauffe ensuite dans la conversalion , déclame contre le temps présent , et soutient ïjue les hommes qui vivent présentement ne valent point leurs pères ; de là il se jette sur ce qui se débite au marché , sur la clierté du blé * , et sur le grand nombre d'étrangers qui. sont dans la ville : il dit qu'au printemps , où commencent les Bacchanales ^ , la mer devient navigable ; qu'un peu de pluie serait utile aux biens de la terre, et ferait espérer une bonne récolte; qu'il cultivera son champ l'année prochaine , et qu'il le mettra en valeur ; que le siècle est dur, et qu'on a bien de la peine à vivre. 11 apprend à cet inconnu que c'est Damippe qui a fait brûler la plus belle torche devant l'autel de Cérès à la fête des Mystères ^ : il foi demande combien de colonnes soutiennent le théâtre de la musique ^ , quel est le quantième du mois : il lui dit qu'il a eu la veille une indigestion ; et si cet homme à qui il
' Le grée dit : u Sur le bas prix du blé. » A Athènes, le prin du blé était réglé par Tétat, et il y avait des inspecteurs chargés d'en stfiveiller la vente. Voir le chap. xli du Voyage du jeune Anacharsis.
- Premières Bacchanales, qui se célébraient dans la \ille. Cespremi res Bacchanales, appelées les grandes Dionysiaques différaient de celles de la campagne qui se célébraient en hiver. (Voir au ch. xxiv du Voyage du jeune Jnackarsis.)
^ Les mystères de Cérès se célébraient la nuit , et il y avait une éinulatiou entre les Athéniens à qui apporterait une plus grande torche. Ces torches rappelaient celles dont se servit Cérès pour cherch«îr Proserpine, ravie par Plutoii.
* L*()déon, bâti parPériclès, sur le modèle de la tenta d«Xerx(s ; 'I fut brftié au si^ge d'Athènes par Sylla.
Si4 DK LA RUSTICITÉ.
parle a la patience de Fécouter , il ne partira pas d'auprès de lui , il lui annoncera comme une chose nouvelle que les Mystères * se célèbrent dans le mois d'août, les Apatwries ^ au mois d'octobre; et à la campagne , dans le mois décembre, les Bacchanales' . Il n y a, avec de si grands causeurs , qu'un parti à prendre , qui est de fuir , si l'on veut du moins éviter la fièvre ; car quel moyen de pouvoir tenir contre des gens qui ne savent pas discerner ni votre loisir, ni le temps de vos affaires?