CHAPITRE IV
De ]a Rusticité.
I semble que la rusticité n'est autre chose qu'une ignorance grossière des bienséances. L'on voit en eifet des gens rustiques et sans réflexion sortir un jour de médecine * , et se trouver en cet état dans un lieu public parmi le monde ; ne pas faire la différence de l'odeur forte du thym ou de la marjolaine d'avec les parfums les plus délicieux ; être chaussés large et grossièrement ; parler haut , et ne pouvoir se réduire à un ton de voix modéré ; ne se pas fier
' Fête de Cérès.
^ En français, la fête des Tromperies : son origine ne fait rien aux mœurs de ce chapitre. On trouve des détails sur cette fêle dans le cil. XXVI du Voyage du jeune Anacharsîs.
^ Secondes Bacchanales. (Voir la note 2. p. 223)
* Le texte grec nomme une certaine drogue qui rendait Thalein* fort mauvaise le jour qu*on Pavait prise.
DK LA RUSTICITÉ. 225
Il leurs amis sur les moindres affaires , pendant qu'iii^ s'en entretiennent avec leurs domestiques , jusques 1 rendre compte à leurs moindres valets de ce qui iurâ été dit dans une assemblée publique. On les Foit assis , leur robe relevée jusqu'aux genoux et i'une manière indécente. Il ne leur arrive pas en toute leur vie de rien admirer , ni de paraître surpris des choses les plus extraordinaires que Ton rencontre sur les chemins; mais si c'est un bœuf, un âne ou un vieux bouc , alors ils s'arrêtent et ne se lassent point de les contempler. Si quelquefois ils entrent dans leur cuisine , ils mnngent avidement tout ce qu'ils y trouvent, boivent tout d'une haleine une grande tasse de vin pur ; ils se cachent pour cela de leur servante , avec qui d'ailleurs ils vont au moulin , et entrent dans les plus petits détails du domestique ^ Ils interrompent leur souper, et se lèvent pour donner une poignée d'herbes aux bêtes de charrue ^ qu'ils ont dans leurs étables. Heurte-t-on à leur porte pendant qu'ils dînent, ils sont attentifs et curieux. Vous remarquez toujours proche de leur table un gros chien de cour qu'ils appel-
' Le grec dit senlement : a à laquelle ils aident à moudre les pro- » visions pour leurs gens et pour eux-mêmes. » L'expression de La Bruyère, « ils vont au moulin , n est un anachronisme. Du temps de Théophraste , on n'avait pas encore de moulins communs ; mais ou faisait broyer ou moudre le blé que l'on consommait dans chaque maison , par un esclave , an moyen d'un pilon ou d'une espèce de moulin à bras. Les monlins à eau n'ont été inventés que du temps d'Auguste, et l'usage du pilon était encore général du temps d« Pline.
^ Des bœufs. — Le grec dit : u des hétes de trait. «