‹ Moralistes grecsChapitre 22 sur 81 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De riuiage d'un Coqain '.

Un coquin est celui à qui les (choses les plus honteuses ne coûtent rien à dire ou à faire ; qui jure volontiers, et fait des serments en justice autant

' Ltittéralemeni : a des flacons Uombés de Tharium , rt oo, diaprés une antre leçon, u de Tyr, ». ou plutôt de sable tyrîen, c'est-à-dire de verre, |>oar la fabrication duquel on se servait alors de ce sable exclusivement, ce qui donnait une très-grande valeur à cette matière.

^ Le grec dit : u Ils ont chez eux une petite cour en forme de palestre, renfermant une arène et un jeu de paume, n

^ Une sorte de philosophes vains et intéressés.

* De reffronlerie.

250 DK l'image d'un CIKHIN.

qu'on lui en demande; qui est perdu de réputation, que Ton outrage impunément; qui est un chicaneur * de profession , un effronté , et qui se mêle de toutes sortes d'affaires. Un homme de ce caractère entre sans masque dans une danse comique ^, et même sans être ivre ; mais de sang*froid 11 se dis* tingue dans la danse la plus obscètie ** pat» les pos^ tures les plus indécentes. C'est lui qui, dans ces lieux où Ton voit des prestiges * , s'ingère de recueillir l'argent de chacun des spectateurs, et qui fait querelle à ceux qui, étant entrés par billets, croient ne devoir rien payer ' . 11 est d'ailleurs de tous métiers : tantôt il tient une taverne, tantôt il est suppôt de quelque lieu infâme, une autre fois partisan; il n'y a point de si sale commerce où il ne soit capable d'entrer. Vous le verrez aujourd'hui crieur public, demain cuisinier ou brelandier* : tout lui est propre. S'il a une mère , il la laisse mourir de faim. 11 est sujet au larcin , et à se voir traîner par la ville dans une prison, sa demeure ordinaire, et où il passe une partie de sa vie. Ce soHt ces sortes de gens que l'on voit se faire entourer du peuple, appeler

* Voyez les uotes de Duport sur ce passage. ^ Sur le théâtre des farceurs.

^ Cette danse, la plus déréglée de toutes, s'appelait en grec cor- (fax, parce qu*on s*y servait d'une corde pour faire des postures.

* Choses fort extraordinaires, telles qu'on en voit dans nos foires.

* Coray observe qu'il faut ajouter ici une négation: ou peut traduire . u  ceux qui n'ont point de biliet, et qui veulent jouir du si>ectacle gratis.» 11 est question de farces jouées dans la rue , et dont par conséquent tout le monde peut jouir.

* Joueur de dés.

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ceux qui passent , et se plaindre à eux avec une voix forte et enrouée , insulter ceux qui les contredisent. Les uns fendent la presse pour les voir , pendant que les autres, contents de les avoir vus, se dégagent et poursuivent leur chemin sans vouloir les écouter , mais ces effrontés continuent de parler ; ils disent à celui-ci le commencement d'un fait, quelque mot à cet autre ; à peine peut-on tirer d'eux la moindre partie de ce dont il s'agit * ; et vous remarquerez qu'ils choisissent pour cela des jours d'assemblée publique , où il y a un grand concours de monde , qui se trouve le témoin de leur insolence. Toujours accablés de procès que l'on intente contre eux , ou qu'ils ont intentés à d'autres , de ceux dont ils se délivrent par de faux serments, comme de ceux qui les obligent de comparaître , ils n'oublient jamais de porter leur boîte ^ dans leur sein , et une liasse de papiers entre leurs mains : vous les voyez dominer parmi de vils praticiens à qui ils prêtent à usure , retirant chaque jour une obole et demie de chaque drachme ^ ; ensuite fréquenter les tavernes , parcourir les lieux où l'on débite le poisson frais ou salé , et consumer ainsi en bonne chère tout le profit qu'ils tirent de cette espèce de trafic. En un mot , ils sont querelleurs et difficiles, ont sans cesse la bouche ouverte à la calomnie , ont une voix étourdissante , et

* Circonstance ajoutée par La Bïuyère.

' Une petite boîte de cuivre fort légère où les plaideurs mettaient leurs titres et les pièces de leurs procès.

^ Une obole était la sîvième partie d'une drachme. Voyez sur l'usuie a Athènes le Voyage du jeune Anacharsis, chap. LV.

SSi DV GRAND PAKLSUR.

qu'ils foDt retentir dans les marchés et dans les boutiques.

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