‹ Moralistes grecsChapitre 43 sur 81 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De la sotie Vanité ' .

La sotte vanité semble être une passion inquièUî de se faire valoir par les plus petites choses, ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction. Ainsi un homme vain, s'il se trouve à un repas, affecte toujours de s'asseoir proche de celui qui Ta convié ; il consacre à Apollon la chev(^lure d'un fils qui lui vient de naître ; et dès qu'il est parvenu à l'âge de puberté, il le conduit lui-même à Delphes, lui coupe les cheveux et les dépose dans le temple comme un monument d'un vœu solennel qu'il a accompli ^. Il aime à se faire suivre par un More. S'il fait un paiement, il affecte que ce soit dans une monnaie toute neuve, et qui ne vienne que d'être frappée. Après qu'il a immolé un bœuf devant quelque autel, il se fait réserver la peau du front de cet animal, il l'orne de rubans et de fleurs, et l'ai tache à l'endroit de sa maison le plus exposé à la vue

' Le mot grec signifie littéralement : u rambition des petites choses ».

- Le peuple d'Athènt:s, ou les personnes plus modestes, se contentaient d^assembler leurs parents, de couper en leur présence les dit - A eux de leur fils parvenu' à Tâge de puberté, et de les consacrer ensuite à Hercule, ou à quelque autre divinité qui avait un tempL* dans la Aille. Le grec dit seulement : u 11 conduit son fils à Delphes pour lui faire co.:per les chev ux. » On peut consulter le Voyngc rl'Ànatlinnis, chapitre xxvi.

2fi0 DE LA SOTTE VAMTÉ.

de ceux qui passent, aiin que personne du peuple n'ignore qu'il a sacrifié un bœuf. Une autre fois, au retour d'un cavalcade qu'il aura faite avec d'autres citoyens, il renvoie chez soi par un valet tout son équipage, et ne garde qu'une riche robe dont il est habillé, et qu'il traîne le reste du jour dans la place publique. S'il lui meurt un petit chien , il Penterre, lui dresse une épitaphe avec ces mots : « 11 était de » race de Malte ' . » Il consacre un anneau à Esciilape, qu'il use à force d'y pendre des couronnes de fleurs. 11 se parfume tous les jours. 11 remplit avec un grand faste tout le temps de sa magistrature ; et, sortant de charge, il rend compte au peuple avec ostentation des sacrifices qu'il a faits, comme du nombre et de la qualité des victimes qu'il a immolées. Alors, revêtu d'une robe blanche et couronné de fleurs, il paraît dans l'assemblée du peuple. Nous pouvons, dit-il, vous assurer, ô Athéniens, que pendant le temps de notre gouvernement nous avons sacrifié à Cybèle , et que nous lui avons rendu des honneurs tels que les mérite de nous la mère des dieux : espérez donc toutes choses heureuses de cette déesse. Après avoir parlé ainsi, il se retire dans sa maison, où il fait un long récit à sa femme de la manière dont tout hii a réussi, au delà même de ses souhaits.

' Cette île portait de petits chiens fort estimés

DE LAVARICK. 20 1

OHAÏMTUE XXII.

De l'Avarice.

Ce vice est dans Thomme un oubli de l'honneur et de la gloire, quand il s'agit d'éviter la moindre dépense. Si un tel homme a remporté le prix de la tragédie * , il consacre à Bacchus des guirlandes ou des bandelettes faites d'écorce de bois ^, et il fait graver son nom sur un présent si magnifique. Quelquefois, dans les temps difficiles, le peuple est obligé de s'assembler pour régler une contribution capable de subvenir aux besoins de la république ; alors il se lève et garde le silence ^, ou le plus souvent il fend la presse et se retire. Lorsqu'il marie sa fille, et qu'il sacrifie, selon la coutume, il n'abandonne de la victime que les parties seules qui doivent être brûlées sur l'autel *; il réserve les autres pour les vendre; et comme il manque de domestiques pour servir à table et être chargés du soin des noces, il loue des gens pour tout le temps de la fête, qui se nourrissent à leurs dépens, et à qui il donne une certaine somme.

' Qu'il a faite ou récitée.

^ Le i&xie dit simplement : u H consacre à Bacchus une cuuroiiue de bois.

^ Ceux qui voulaient douner se levaient et offraient une somme, ceux qui ne voulaient rien donner, se levaient et se taisaient. ( Voyezle chapitre LVI du Voyage du jeune Anacharsis.

' C'étaient les cuisses et les intestins — Pour le partag des victimes, voir le Voyage du jeune Afiacli trsis^ ( hap \xi.

202 i)K l'avarice.

S'il est capitaine de galère, voulant ménager son lit, il se contente de coucher indifféremment avec les autres sur de la natte qu'il emprunte de son pilote. Vous verrez une autre fois cet homme sordide acheter en plein marché des viandes cuites, toutes sortes d'herbes, et les porter hardiment dans son sein et sous sa robe : s'il l'a un jour envoyée chez le teinturier pour la détacher, comme il n'en a pas une seconde pour sortir, il est obligé de garder la chambre. Il sait éviter dans la place la rencontre d'un ami pauvre qui pourrait lui demander, comme aux autres, quelque secours *; il se détourne de lui, et reprend le chemin de sa maison. Il ne donne point de sellantes à sa femme, content de lui en louer quelquesunes pour l'accompagner à la ville toutes les fois qu'elle sort. Enfin ne pensez pas que ce soit un autre que luiquibalaielematin sa chambre, qui fasse son lit et le nettoie. 11 faut ajouter qu'il porte un manteau usé, sale et tout couvert de taches; qu'en ayant honte lui-même, il le retourne quand il est obligé d'aller tenir sa place dans quelque assemblée ^ .

* Par forme de contribution. Voyez le chapitre de la Dissimulation et de rEsprit chagrin.

* Ce dernier trait est tout à fait altéré par la traduction. Le grec dit : tt Pour s^asseoir, il roule le \ieux manteau quMl porte lui-méma ; ;« au lieu de se faire suivre par un esclave qui porte un pliant , comme e^était Tusage des riches.

Dii l'ustemation. 12(>5

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