‹ Moralistes grecsChapitre 42 sur 81 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

D*uh homme incommode.

Ce qu'on appelle un fâcheux est celui qui , sans faire à quelqu'un un fort grand tort , ne laisse pas de Tembarrasser beaucoup * ; qui , entrant dans la chambre de son ami qui commence à s'endormir , le

' Les anciens avaient un grand égard pour les paroles qui étaient proférées, même par hasard, par ceux qui venaient consulter les devins et les augures, prier ou sacrifier dans les te^nples.

- Cérémonies ou l'on répandait du vin ou du lait dans les sacrifices.

3 Le texte porte : a II crache par dessus la table sur celui qui lui donne à boire. » La phrase de l'auteur grec rappelle l'usage des anciens qui, dans les repas, se tenaient d'un côté de la table, tandis que les esclaves occupaient l'autre pour le service. Cette coutume a sans doute échappé h La Bruyère.

* Plus littéralement : u La malice innocente est une conduite qui iuconiinoile sans nuire r>.

25H ntîH UOMSIK inco-VMODE.

réveille pour rentretenir de vains discours ; qui , se trouvant sur le bord de la mer, sur le point qu'un homme est près de partir et de monter dans son vaisseau , l'arrête sans nul besoin ; et Tengage insensiblement à se promener avec lui sur le riviige * ; qui, arrachant un petit enfant du sein de sa nourrice pendant qu'il tette, lui fait avaler quelque chose qu'il a mâché, bat des mains devant lui , le caresse, et lui parle d'une voix contrefaite ; qui choisit le temps du repas , et que le potage est sur la table , pour dire qu'ayant pris médecine depuis deux jours, il est allé par haut et par bas, et qu'une bile noire et recuite était mêlée dans ses déjections; qui, devant toute une assemblée , s'avise de demander à sa mère quel jour elle a accouché de lui ; qui , ne sachant que dire ^ , apprend que l'eau de sa citerne est fraîche, qu'il croît dans son jardin de bons légumes, ou que sa maison est ouverte à tout le monde comme une hôtellerie ; qui s'empresse de faire connaître à ses hôtes un parasite ' qu'il a chez lui ; qui l'invite à table , à se mettre en bonne humeur et à réjouir la compagnie.

' Ou, d'après M. Coray : « Prêt à s^embarquer pour un voyage , il se promène sur le rivage, et empêche qu'on ne mette à la voile, en priant ceux qui doivent partir avec lui d'attendre qu'il ait fini sa promenade ».

^ Cette transition est de La Bruyère.

^ Mot grec qui signifie celui qui ne mange que chez autrui.

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