‹ Moralistes grecsChapitre 56 sur 81 · XXIII. I · texte numérisé non relu

XXIII. I

Un médecin visite un malade et lui dit : Voui avez la fièvre ; abstenez-vous aujourd'hui de toutj nourriture , et ne buvez que de l'eau. Le malade l| croit, le remercie et le paie. Un philosophe dit! un ignorant : Vos désirs sont déréglés , vos crainte sont serviles , et vous n'avez que de fausses opii nions. L'ignorant le quitte en colère , et dit qu'oi l'a mal traité. D'où vient cette différence ? C'est qj

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! malade sent son mal , et que l'ignorant ne sent ïs le sien.

Qu" est-ce qui rend un tyran formidable? Sa garde, ^ satellites, armés de piques et d'épées. Mais qu'un afant les approche, il ne les craint point ; c'est qu'il e connaît pas le danger. Et toi, tu n'as qu'à le conaître et le mépriser.

Tu as la fièvre et t'en plains, parce qu'elle t'empêhe d'étudier. Mais pourquoi étudies-tu? N'est-ce »as pour devenir patient, ferme, constant ? Sois-le lans la fièvre et tu sais tout. Elle est une partie de la vie , comme les promenades, les voyages ; elle est nême plus utile , puisqu'elle éprouve le sage et lui Tiontre les progrès qu'il a faits. Tu as la fièvre ; mais, ;i tu l'as comme il faut , tu as tout ce que tu peux ivoir de mieux dans la fièvre. Qu'est-ce qu'avoir la ièvre comme il faut? C'est ne se plaindre ni des dieux li des hommes , ne point s'alarmer de ce qui peut irriver ; car tout ira comme il doit aller ; c'est attenîre courageusement la mort, ne pas se réjouir avec îxcès, quand le médecin annonce du mieux , ne pas s'affliger, quand il trouve qu'on est plus mal. Qu'estce qu'être plus mal ? C'est s'approcher du terme où l'âme se sépare du corps. Appelles-tu cette séparation un mal ? Quand elle ne vient pas aujourd'hui , nft

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vieQdra-t-«lle pas demain? Le monde périra-M quand tu seras mort ? sois donc tranquille dans la fièvre comme dans la santé.

Il ne faut pas prendre légèrement Falarme dans cette vie. Nous envoyons un homme reconnaître ce qui se passe ; mais nous avons mal choisi notre espion. C'est un lâche qui, au moindre bruit, a eu peur de son ombre, et nous revient dire, tout effrayé: Voilà la mort , l'exil , la calomnie , la pauvreté qui s'avancent. Mon ami, parle pour toi ; nous sommes des malavisés de t' avoir choisi pour être bien informés. Diogène qui a été reconnaître avant toi , nous a fait un rapport tout différent ; il nous a dit que la< mort n'est point un mal , quand elle n'est pas honteuse ; que la calomnie n'est qu'un bruit de gens insensés. Mais qu'a-t-il dit du travail , de la douleur, de la pauvreté ? Il a dit que c'était un exercice préférable à la robe brodée de pourpre. En un mot, nous a-t-il ajouté , je n'ai point trouvé d'ennemis ; tout est tranquille. Vous n'avez qu'à me voir : aije été battu ? suis-je blessé ? ai-je pris la fuite ? Voilà les espions qu'il faut envoyer ; ils nous rapporteront que nous n'avons à craindre que nousmêmes.

Veux-tu voir un homme content de tout , et qui veut que tout arrive comme il arri>e ? C'rst Agrippi-

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lus. On vient lui annoncer que le sénat est assemblé wur le juger : A la bonne heure , dît-il , et moi je ais me préparer pour le bain , à mon ordinaire. A )eine est-il sorti du bain , qu'on lui vient dire qu'il ist condamné. — Est-ce à la mort , ou à Texil ? — i Texil. — Et mes biens sont-ils confisqués ? — Von, on vous les laisse. — Partons donc sans dififéer ; allons dîner à Tibur, nous y dînerons aussi bien |u'à Rome.

Néron avait envoyé Epaphrodile interroger le conîul Latéranus , impliqué dans la conspiration de Pison ; il n'en obtint que cette réponse : — Quand l'aurai quelque chose à dire, je le dirai à ton maître. — Mais tu seras traîné en prison. — Faut-il que j'y sois traîné en fondant en larmes? — Tu seras envoyé în exil. — Qu'est-ce qui empêche que j'y aille gaie- Hfient et content de mon sort ? — Tu seras condamné i mort. — Faut-il que je meure en murmurant et gémissant ? — Dis-moi ton secret. — Je ne le dirai 3oint ; cela dépend de moi. — Qu'on le mette aux fers ? — Que dis-tu ? est-ce moi que tu menaces les fers ? ce sont mes jambes que tu y mettras ; mais îia volonté restera libre , et Jupiter même ne peut ne l'ôter. — Je vais à l'instant te faire couper le 30U. — T'ai-je dit que mon cou eût seul le privilège le ne pouvoir être coupé ? Latéranus fut aussitôt saisi ?t traîné au lieu* destiné au supplice des esclaves, et ^goi^é de la propre main du tribun Statius , gar-

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dant jusqu'à sa mort un généreux silence , et ne prochant rien à son complice, qui s était fait

ne re-

son

bourreau

VESPASiEN ET HELvroiiis , (lialogue.

— Ne venez pas aujourd'hui au sénat. — Il dépend de vous de m'en empêcher : mais j'irai au sénat tant que je serai sénateur. — Si vous y venez , n'y venez du moins que pour vous taire. — Ne me demandez pas mon avis, et je me tairai. — Si vous êtes présent, je ne puis me dispenser de vous demander votre avis. — Ni moi de vous dire ce qui me paraîtra juste. — Mais si vous le dites je vous ferai mourir. — Quand vous ai-je dit que je fusse immortel ? Nous ferons tous deux ce qui dépend de nous : vous me ferez mourir, et je souffrirai la mort sans trembler.

De qui est cette médaille? De Trajan. Je la reçois et je la conserve. De Néron. Je la rejette et je l'abhorre. Fais-en de même à l'égard des bons et des méchants. Quel est celui-là? C'est un homme doux, sociable, bienfaisant, patient, ami des hommes. Je le reçois, je le fais mon concitoyen, mon voisin, mon ami, mon compagnon, mon hôte ; et celui-ci , quel est-il? C'est un homme qui tient (fùelque chose de Néron ; il est emporté , malfaisant, implacable ; il ne

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pardonne jamais. Je le rejette. Pourquoi m'as-tu dit que c'*était un homme ? Un homme emporté , vindicatif, n'est non plus un homme qu'une pomme de cire n'est une pomme , elle n'en a que la figure et la couleur.

Pourquoi les hommes ne jugent-ils pas de la philosophie comme ils le font de tous les arts ? Un ouvrier fait mal son ouvrage , on ne s'en prend qu'à lui ; on dit , c'est un mauvais ouvrier , et on ne décrie pas son art. Un philosophe fait une faute, on ne dit pas c'est un mauvais philosophe, mais on dit : voyez ce que c'est que les philosophes, la philosophie n'est bonne à rien. D'où vient cette injustice? De ce qu'il n'y a point d'art que les hommes ne cultivent et ne connaissent mieux que la philosophie ; de ce que les passions n'aveuglent point les hommes sur les arts qui amusent ou leur sont utiles , et qu'elles les aveuglent sur ce qui les gêne , les combat , ou les condamne.

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