‹ Moralistes grecsChapitre 59 sur 81 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

O Roi , fils de Latone, fils de Jupiter, je ne t'oiiiierai jamais en commençant mes ouvrages, jamais 1 les terminant : sois Tobjet des premiers et des îrniers de mes chants ; daigne m'écouter et m'êe favorable. Apollon, roi puissant et le plus beau 3S dieux ; quand la vénérable Latone te mit au jour ms un lac , elle n'eut d'autre secours qu'un rameau a'elle tenait embrassé de ses mains délicates : l'île î Délos fut remplie d'une odeur divine, la vaste rre sourit , et la profonde mer témoigna sa joie isque dans les derniers de ses flots.

Diane , divine chasseresse , fille de Jupiter , toi 11' Agamemnon sut apaiser en Aulide , reçois mes Bux , éloigne de moi les destins ennemis : ce que je î demande est tout pour moi , et n'est rien pour ta uissance.

Je vous invoque , Muses et Grâces , fille de Jupi- T , qui fîtes retentir aux noces de Cadmus des ac- >rds dignes de vous et répétés parles immortels. Je onne des leçons aux humains; que mes chants soient y titre inaltérable de ma gloire. En vain on dérobo- \\i mon ouvrage, je nrf resterai pas inconnu ; on ne

pourra jamais altérer ce qu'il renferme d'utile , rt Ton dira toujours : Ce sont les vers de Théognis, célèbre entre tous les mortels.

Je ne saurais plaire encore à tous ceux dont je recherche les suffrages. Dois-je en être surpris? Lp maître des dieux lui-môme ne peut contenter tous les humains, soit qu'il féconde la terre en lui prodiguant le trésor des eaux vivifiantes, soit qu'il les retienne suspendues dans les airs.

Écoute mes leçons, jeune Cyrnus. Je te donnerai les préceptes que j'ai moi-même reçus des sages dans mes jeunes années. Cultive la sagesse : garde-toi de chercher dans le vice et dans l'iniquité , la gloire,! les richesses, la puissance. Se tenir toujours éloigne de la société des méchants , rechercher constamment le commerce des gens de bien , c'est avoir beaucoud profité. Mérite de t'asseoir à la table des sages ; m^ rite qu'il te fassent une place auprès d'eux , et rends-j toi digne de plaire aux mortels qui réunissent les verj tus à la puissance. Avec les bons, tu apprendras! chérir la vertu : auprès des méchants, tu sentiras dans ton cœur s'affaiblir la haine du vice, et tu perdras bientôt jusqu'à la raison qui t'éolaire.

DE THÊOtiNlà». 36.' >

Jamais les citoyens vertueux n'ont perdu leur parie. Mais si les méchants peuvent lever impunément eurs têtes audacieuses ; s'ils plaisent à la nation , la éduisent, la corrompent; si , pour assurer leur forune et leur puissance , ils prêtent à Tinjustice un oupable appui ; en vain l'état n'offre à tes regards |ue l'heureux spectacle de la splendeur et delà paix, rois-moi, le trouble y va naître, et l'instant de sa chute l'est pas éloigné. Bientôt tu verras des citoyens atroes chercher le bonheur dans la ruine de leurs conitoyens; bientôt éclatera la révolte ; partout va s'ai- [uiser le fer de la haine , partout va ruisseler le sang, 't le monarque tentera vainement lui-même d'inter- K)ser un pouvoir qui ne sera plus.

Puis-je voir sans gémir les hommes ne faire usage le leur esprit que pour se railler les uns les autres , t de leur intelligence que pour se dresser mutuel- 3ment des embûches, se tromper , se trahir? Puis-je ans verser des larmes voir les principes du ' bien et lU mal négligés, confondus, ou plutôt ignorés?

Que ton intérêt, mon fils, ne te rende jamais l'ami les citoyens pervers : mais dissimule une juste haine,

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et que ta langue imprudente ne provoque pas leurs fureurs. Contraint de ménager ceux que tu méprises dans ton cœur, ne leur communique aucun secret important : tu n'apprendras que trop à connaître leur âme atroce; tune sauras que trop un jour combien ils sont indignes de toute confiance. Us n aimeni (jue la finesse , Tastuce , la fourberie ; heureux s'ils pouvaient d'un seul forfait consommer le mallieur de rhumanité. Crains leurs conseils empoisonnés; mais ne néglige pas d'écouter les avis des gens de bien ; cours les chercher à travers les dangers et les fatigues , jusqu'aux extrémités de la terre.

Il ne faut pas même communiquer indifféremment son secret à tous ses amis : il en est peu qui soient dignes de garder ce précieux dépôt. Si j'entreprenè de grandes choses , je ne me confierai qu'au petit nombre. L'imprudence d'un moment pourrait me causer un long repentir.

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