‹ Moralités légendaires. Avec des vignettes gravées sur boisChapitre 8 sur 30 · DES KO · texte numérisé non relu

DES KO

Ruth n'a jamais été mariée ou fiancée, et son annulaire •gauche aux phalanges tristement nacrées porte une alliance, fort mince il est vrai (encore quelque mystère).

Idéale agonisante, trop tôt enlevée au dilettantisme de ses amis, en sa robe gris de fer aux longs plis droits, un carnck de fourrure sur les épaules et haut col de dentelle blanche fermé, comme broche, d'une vieille et mince pièce d'or aux trois fleurs de lys ; cheveux d'ambre roux massés sur le front et minutieusement tressés en doux chignon plat à la Juha Mammea sur la nuque pure ; yeux effarés, bons mais inappnvoisables ; petite bouche gourmande mais exsangue ; air trop tard, trop tard adorable ! Trop tard adorable, car comment ce teint de cire s'empourprerait-il désormais dans des scènes de jalousie?...

Elle dit, sans doute pour s'écouter dire encore quelque

chose :

— Ah ! Patrick, le bruit de ce gave me fera mourir... A côté de l'hôtel, cascade, en effet, le gave.

— Allons, Ruth, ne vous faites pas des idées.

Alors elle fourrage, pour s'étirer l'humeur, dans les fades roses-thé (le médecin lui a défendu les roses rouges couleur de sang) jonchant sa couverture à damier noir et blanc, puis conclut, comme toujours, mais avec une moue finement martyre qui dissipe tout soupçon de o^ose :

— Faible, Patrick, faible, en Vérité, comme un sachet éventé...

C'est le frère et la sœur, mais de mères différentes (très différentes), lui son cadet de quatre ans, adolescent et noble

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comme un vert sapin de son pays. Ils sont descendus il y a deux mois dans cet hôtel dont ils habitent un pavillon retiré.

— Faible, Patrick, faible comme un sachet éventé...

Trop pure, en effet, pour vivre, trop nerveuse pour vivoter, mais aussi trop de diamant pour se laisser entamer par l'existence, l'inviolable Ruth, tel un sachet, s'évente peu à peu, de stations d'hiver en stations d'hiver, vers le soleil ami des cimetières, des décompositions et des poupées de cire vierge...

L'an passé on la vit aux Indes, à Darjeeling, et c'est là, oh ! juvénile phtisique ! que sa tuberculose s'est condimentée d'hallucinations. Ceci à la suite d'un étrange suicide dont elle (déjà pourtant retirée du conflit de ce bas monde sanguin) s'est trouvée improvisée par une nuit de lune, au fond d'un jardin, l'inspiratrice éperdument involontaire et l'unique témoin. Et depuis cette nuit-là, dans le fin sang de poitrinaire qu'elle crache, elle croit toujours voir le sang rouge et passionné, le sang même de l'énigmatique suicidé, et elle délire à ce sang si radicalement répandu des choses concises et poignantes.

Phtisique, hallucinée : quoi qu'il en soit du fond de tout ce romanesque, la jeune dame « n'en a pas pour longtemps », comme on se permet de le siffloter dans les sous-sols de l'hôtel, à l'office (cet étage est sans pitié).

Allons, ainsi qu'en un rêve qui interrompt, pour une ■ saison ou deux, ses voyages personnels et son développement de héros, le bon Patrick suit, d'un œil fataliste, les mourantes, mourantes aurores des taches hectiques aux pommettesde sa sœur et les lunules de sang à ses mouchoirs. Il ne

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vit que penché sur le bord de ses yeux, tantôt aigus comme ceux des inapprivoisables oiseaux des Atlantiques, tantôt en brouillard de goudron, et penché sur les veines bleuâtres de ses tempes, bleuâtres comme des éclairs de chaleur, et la servant à table, la promenant, lui apportant chaque matin un bouquet sans soucis, lui montrant des images coloriées, lui jouant au piano les petites choses norvégiennes d'un album de Kjerulf, lui faisant des lectures d'une voix toute spontanée.

Justement Patrick, en attendant l'arrivée delà processipn, et pour ne pas faire trop attention à quelques grossiers indiscrets stationnant au bas du perron, achève à sa sœur une lecture de Séraphita.

— .... ^< Comme une blanche colombe, une âme demeura un instant posée sur ce corps... »

— C'est facile à décrire ! dit Ruth ; non, c'est décidément de la basse confiserie séraphique, cette étude; cela sent Genève où ça a été composé. Et ce messager de lumière qui a une épée et un casque ! Pauvre, pauvre Séraphita ! non, ce Balzac au cou de taureau ne pouvait pas être ton frère.

Et sublime de réserve, Ruth se remet à fourrager d'une main dans les roses-thé qui jonchent le damier noir et blanc de sa couverture, jouant de l'autre avec une étrange plaque émaillée qui semble cadenasser d'ésotérisme sa poitrine sans sexe.

Etrange, étrange, en effet, cette plaque d'émail qu'elle caresse sur sa poitrine sans sexe ! Approchons-nous, de grâce ; c'est un émail champlevé, d'un goût barbare et futur, un

énorme et splendide œil de queue de paon sous une paupière humaine, le tout encadré de cabochons exangues. A Paris, un jour de mai, au Bois, un pauvre diable, que depuis quelque temps Ruth trouvait toujours sur son chemin, sortit d'un buisson, suivit sa voiture et jeta à ses pieds cette plaque d'émail, en lui disant d'une voix toute naturelle : — « Pour vous seule, en vous faisant observer que le jour où vous la quitteriez, je me soustrairais à la vie ». Or, un soir, comme elle entrait dans un salon, un monsieur s'évanouit à son aspect. Revenu à lui, ce monsieur balbutia que c'était, non pour elle, mais pour la plaque d'émail qu'elle portait sur la poitrine, et qu'il la priait de lui céder cette plaque pour sa collection. Ruth refusa, raconta l'histoire, donna tout ce qu'elle savait du signalement de ce fou. L'amateur se mit en quête, échoua, languit, vint un jour chez Ruth et y rendit à la grande nature sa pauvre âme d'amateur de choses artificielles.

Et voilà le grand secret lâché ! Cette Ruth, cette charmante agonisante, par une insondable fatalité, passe sa vie à répandre le suicide sur son chemin, sur son chemin de croix.

Avant de venir attrister cette petite ville d'eaux, Ruth opérait à Biarritz ; et malgré son horreurdu sang, elle voulut voir une course de taureaux à San Sébastian.

Ruth et son imperturbable frère se trouvaient au-dessus du toril, dans la loge du gouverneur. Ah ! comme elle vibrait en sa large toilette d'étamine thé, toilette sommairement drapée, sans plissés ni volants, hâtivement bâtie avec l'enallé bâclé d'un linceul, pour ne pas insulter, semblait-il, par

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une coupe trop accusée, un fini trop résistant, à la désagrégation en dehors des modes et sans défense de celle qui devait la porter !

Il faut admettre que le sang bestial qui coulait là, bu lentement par le sable de l'arène, supplantait celui de son cauchemar normal.

Décemment, sans un haut-le-cœur, elle avait exulté déjà devant six haridelles éventrées à l'aveugle, quatre taureaux lardés d'entailles et finalement enferrés, et deux banderilleros culbutés, l'un même blessé à la cuisse. Elle retenait chaque fois le bras du gouverneur-président, quand le cirque entier lui intimait, de ses mille mouchoirs agités, d'agiter le sien pour faire cesser le massacre des chevaux des picadores et appeler les banderilleros.

— Oh ! pas encore, signor présidente, un engagement, encore, c'est le plus beau...

Au cinquième taureau, une bordée de quolibets s'était abattue sur le trop faible signor présidente. Deux chevaux gisaient râlant tendrement dans les pattes l'un de l'autre attendant qu'on les achevât; on en ramenait deux autres perdant des paquets de boyaux. Enfin, sur un signe, les lourds picadores vêtus de jaune s'étaient retirés laissant le taureau seul, dans un silence prêt, en face du banderillero qui l'attendait avec ses deux enrubannées javelines en arrêt. Il saignait, le pauvre taureau, de maintes éraflures très réussies (c'est-àdire à fleur de chair pour exaspérer sans affaiblir). Il bondit, puis tourna court, revenant flairer et retourner de ses petites cornes les masses flasques des deux chevaux gisants, et se

campant devant eux, le front bas,en sentinelle fraternelle, et comme cherchant à comprendre. En vain, le banderillero, posant, l'appelait, le gouaillait,lui lança même son bonnet à grappes de soie noire dans les pattes, le taureau s'obstinait à chercher, fouillant le sable d'un sabot colère, tout hébété de ce champ clos aux clameurs multicolores où il n'éventrait que des rosses aux yeux bandés ou de rouges flottantes loques.

Un capador enjamba la barrière et vint lui lancer au mûrie une outre dégonflée; on applaudit.

Et alors, voilà que soudain, devant ces vingt mille éventails palpitant dans un grand silence d'attente à splendide ciel ouvert, cette bête s'était mise, le col ostensiblement tendu vers Ruth, comme si seule elle était cause de toutes ces vilaines choses, à pousser au loin des pacages natals un meuglement si surhumainement infortuné (si génial, pour tout dire) qu'il y eut une minute de saisissement général, une de cesminutesoù se fondent les religionsnouvelles, tandisqu'on emportait évanouie et délirante, qui? — la belle et cruelle dame de la loge présidentielle.

Et Ruth reprenait d'une façon déchirante son refrain :

— Le sang, le sang... là, sur le gazon; tous les parfums de l'Arabie...

Et, naturellement, Ruth ayant passé par là, l'hécatombe de taureaux et de chevaux devait se compléter bien étrangement, en ce jour ! Oui, ce signor présidente qui voyait notre jeune et typique héroïne pour la première fois et sans autrement la connaître, cet être singulier, avec sa face de fièvre

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jaune et ses lunettes d?or, impassible et somnolent créole devant les exigences et les quolibets de tout un cirque, se suicidait le soir même, laissant à l'adresse de Ruth, avec quelques bibelots (souvenirs de l'exil consulaire aux colonies, exil qui lui avait fait sa lasse et étrange âme, disait-il), une énigmatique et noble lettre qu'heureusement Patrick put intercepter, renonçant d'ailleurs à saisir l'à-propos de cette épidémie de bizarres scènes.

Et qui les conçut jamais sinon Celui qui règne dans les Cieux?

es cloches ayant repris haleine comme des personnes, s'étourdirent encore un coup au sein de la Nature irraisonnée qui ne sait pas si elle est plus « naturée » que « naturante », et n'enjoint pas moins les deux bouts.

On sentait approcher, en rumeur, la procession de Celui qui règne dans les cieux. On entendait la fanfare. La procession parut.

D'abord deux enfants de chœur à robe garance, portant, de l'air traditionnel et blasé, l'un l'encensoir, l'autre la haute croix de vieil argent.

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Puis, dans un piétinement de troupeau, une école de gamins,

deux par deux, endimanchés par de pauvres mamans qui se surpassèrent, tous tenant le livre de cantiques ouvert au fond de leur chapeau, piaulant traînardement des litanies vers les acacias en boule de la Promenade. Les deux premiers, mis comme de petits bouts de bourgeois influents, arboraient une lourde bannière de moire usée dont deux autres, moins influents, tenaient les glands. A un moment, le père de l'un d'eux, sortant de la haie des spectateurs, s'avança dans les rangs, et, avec sa brosse à barbe et un air « de la paroisse », remit en vigueur la raie pommadée du touchant Eliacin. Les quatre derniers de ce troupeau, les plus grands, et tout pâlots dans leur costume noir de communiants, prêtaient l'épaule aux brancards d'une civière où une Pietà, style rue Saint- Sulpice, était. Quatre chantres à gibus roussis, gantés sans nulle parcimonie, une violente écharpe en sautoir, surveillaient le tout, allant et venant, un poing sur la hanche, tels des sergents d'armes.

Puis, venaient des fillettes, angelots en sucre d'orge, tout en blanc ceinturé d'azur, frisées et de muguets couronnées, les bras nus portant des corbeilles pleines de pétales à semer ; quelques bourgeoises cossues les escortant d'une ombrelle maternelle.

Puis, un pensionnat en toilettes simples non d'uniforme, chantant un cantique d'une voix peu brave.

Puis, une cohue de rosières en blanc, quelque congrégation d'Enfants de Marie, couronnées, gantées, excessivement décentes, convoyant çà et là une bannière, quelque

civière à idole plastique, de vagues reliques de clocher.

En blanc encore, une théorie recueillie de communiantes voilées à longs plis, les yeux baissés, les mains jointes en pointe, murmurant d'un communaccord des choses apprises par cœur. (Ah ! quand le cœur y est...)

Alors s'avançait, solide, précédé du corps des pompiers, l'orphéon, un orphéon de paysans boucanés, en redingotes et gibus ; cuivres bosselés dans des retours de bals de noces, clarinettes de Jocrisse à la foire, et futaille de la grosse caisse dont la peau portait des bleus, le carton de musique, fiché, sale de manipulé, à l'instrument même. Ils équarrissaient en ce moment la marche nuptiale du Songe d'une Nuit d'Été de Mendelssohn.

Encore quatre fillettes choisies, avec leurs corbeilles pleines de pétales de roses à semer, et c'était enfin, ses quatre hampes tenues par des gens de poids, le dais rose à franges d'or abritant l'ecclésiastique officiant, lequel, pompeux au dehors mais en lui-même anéanti, offrit à ces fidèles de grand chemin le soleil légendaire du Très-Saint-Sacrement.

Et le dais fit halte devant le reposoir de l'hôtel de France !

O pas étouffés d'édifiante onction, silence en plein jour au soleil, sonnette tintant grêle et sacrée comme à la messe au moment de l'élévation, coups d'encensoir ! Ce Saint-Sacrement était évidemment le clou de la procession.

Les messieurs s'étaient découverts, nombre de dames s'agenouillaient au bord du trottoir. Nul élégant sceptique ne prit la parole.

O silence en plein jour au soleil, sonnette tintant grêle et

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sacrée comme à la messe au moment de l'élévation, encensoirs élevés par nuages d'hommages! Tout le monde était aux anges.'

Mais pour Ruth, l'infortunée et typique héroïne que j'ai assumée ! ce silence fascinant à crier, cette sonnette grêle et implacable comme un Jugement Dernier, n'est-ce pas l'appareil des désolations des désolations des injustes vallées d'outre-tombe où erre l'autre, le Suicidé, le Suicidé par trop d'amour, le Suicidé sans phrases, avec son trou au front?...

Elle déjoint ses mains fébrilement pieuses et, s'accrochant au bras de son frère, la voilà qui se remet à vagir du fond de ses limbes somnambulesques :

— Le sang, le sang, là sur les gazons !... Tous les parfums de l'Arabie... O Patrick, si seulement je savais pourquoi. Moi plutôt qu'une autre, dans ce vaste monde où notre sexe est en majorité?...

Patrick pourrait lui crier à la fin, et devant tout le monde : « C'est toi qui as commencé ! » Mais non, il lui caresse les mains, il lui donne son flacon de sels de musc, doucement, et attend sans scandale, bien que la sentant évanouie.

Le prêtre porteur du Saint-Sacrement se tourne ostensiblement un instant vers la riche jeune malade, et la gratifie à distance d'un remuement de lèvres de son saint ministère.

Et, au même moment, on voit une petite fillette, une petite fillette poussée par un jeune homme qui radieux et crispé se tient là, sortir des rangs, et, rouge de honte, mais comme subissant des ordres terribles, monter le perron et venir effeuiller autour de la chaise-longue de la pauvre éva-

nouie toutes les roses roses de sa corbeille. (Elle faillit d'ailleurs tomber en redescendant.)

Il y a dans la vie des minutes absolument déchirantes, déchirantes pour toutes les classes de la société. Celle-ci n'en fut pas, mais il en est ; et l'exception ne saurait que confirmer la règle.

La procession se remettait en marche, le Saint-Sacrement allait maintenant encenser la Sainte Thérèse d'un hystérique rococo polychrome de l'hôtel d'Angleterre, avant d'encenser à son tour le blason-reposoir de la duchesse H. Les cantiques avaient repris en tête, et la queue de la procession défilait.

Elle défilait, la queue de la procession. D'abord les valets de la reine déchue; puis, sur deux files, tout un sénat de bourgeois, chapeau à la main, indélébilement stigmatisés par leurs métiers, des apoplectiques bouchers aux pâtissiers pâles ; puis des paysans, voûtés, stratifiés, crânes mal venus, le béret à la main, deux ou trois avec des béquilles, quelquesuns solitaires se racontant des oraisons; puis les sœurs de charité, larges manches en manchon, cornettes aux ailes palpitantes comme des Saint-Esprit monstrueusement empesés par une religion aux rites envolés ; puis des dames à ombrelles, et des bonnes; puis des paysannes à châle d'antan, à goitres tannés ; de distance en distance un homme ou une femme égrenait un chapelet à haute voix, tandis que les voisins murmuraient les répons.

Et la procession de la Fête-Dieu finissait par finir, bêtement tronquée, sur un timide groupe de bonnes.

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Et lepuhlic indépendant s'écoulait, danslapoussièreetles pétales foulés, vers les déjeuners à la carte.

Cependant, tandis qu'on défait le reposoir :

Adieu paniers, vendanges sont faites /...

Ruth s'est réveillée, elle regarde, elle exulte, une main sur la plaque d'émail qui cadenasse sa poitrine sans sexe, de l'autre montrant autour d'elle :

— O Patrick, Patrick ! Vois des roses à la place ! Plus de sang, mais des roses d'un sang passé et désormais racheté. Oh ! donne-m'en une que je touche...

— Tiens, mais c'est pourtant vrai ! fait Patrick sans y penser, d'instinct tendre et tout à sa sœur. Oh ! du sang changé en roses, en vérité !...

— Alors, il est sauvé, Patrick?

— Il est, ma foi, sauvé.

Elle emplit ses mains de ces pétales et sanglote dedans.

— Oh, le pauvre ! Maintenant je n'aurai plus à nV occuper de sa situation.

Et cela s'achève en une quinte de toux qu'il faut arroser de cet éternel sirop benzoïque.

Et en effet, grâce aux roses roses, si à propos effeuillées là, de cette fillette anonyme, Ruth était exorcisée de ses hallucinations, et pouvait désormais s'adonner sans partage au seul et pur travail de sa tuberculose, dont elle reprit le journal d'une plume trempée dans un encrier à fleurs bleues genre Delft.

Inutile de dire qu'elle ne sut jamais que, le soir même de cette Fête-Dieu, le frère de la fillette à la corbeille de roses

miraculeuses se suicidait à son adresse, dans une chambre d'hôtel, sans autre témoin de l'état de son pauvre cœur que Celui qui règne dans les cieux.

Mais le Miracle des Roses était accompli dans toute sa gloire de sang et de Roses ! Alléluia !

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