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mœurs, une simplicité robuste et hardie qui l'enchantaient. Et la blancheur des marbres le reposait du bariolage romantique. Cependant l'Espagne Pattirait; il écrivit quelques fragments d'un Charles-Quint au Monastère de Saint-Just (1829); et cest en Espagne aussi que devait se passer Paventure d’Ag'nès (1828), fille du vieux Sanchez de Guadarra. — Il était parmi les plus enthousiastes à la représentation de l’Ofhello de Vigny, et cette fois son enthousiasme était sérieux. D'ailleurs, fêté partout, traité comme un génie en herbe, adulé par les femmes et, comme ille dit plus tard, «trônant parmi les cotillons », il trouvait amusant d'essayer un peu de tout; ct ce désordre éclectique «avait quelque bon sens », puisqu'il devait rapidement aboutir à laffranchir de Pécole. Musset tient en horreur toutes les pottiques,, les credos esthé-
tiques, tout.ce qui réglemente l’art. Il a participé à l’orgie des
discussions; il lui est arrivé de causer peinture, dont il se mêlait,
avec Eugène Delacroix, jusqu'à deux heures du matin, — un -
autre soir de huit à onze avec Antony Deschamps, ou avec Nodier et Achille Devéria. Mais, de tout cela, il sentait la vanité. Ii n’était pas l’homme des cénacles ; il disait que « tous les raisonmements du monde ne pourraient faite sortir. du gosier d'un merle la chanson d'un sansonnet ! », Point d'artiste sans émôtion, voilà toute sa doctrine : « Quand j’éprouve, en faisant un vers, un certain battement de Cœur que je connais, je suis bien sûr que mon vers est de la meilleure qualité que je puisse pondre ». A quoi bon épiloguer, comme on le fait en 1829, autour de Sainte- Beuve et de Hugo, « sur des épithètes, sur la virgule d’une césure » ? Mieux yalaient encore les années antéricures, où Plon disputait pour savoir si l’intrusion de la sensibilité germanique serait ou non mortelle à l'esprit français. Au moins, la cause avait de la grandeur. Mais, à le bien prendre, elle est encore oïiseuse, ‘puisque tous ces problèmes, que la discussion émbrouille à Pinfini,
* sont résolus d'emblée par l'apparition d’un beau tempérament
poétique. Musset vibrait 4 toute influence, et il se sentait pourtant l’esprit très français. Cela lui suffisait à vingt ans, et il se renforça dans son indifférence dogmatique à mesure qu'il vécut davantage : « Qu'est M. Grôs, dit-il en 1830? est-ce un classique,
un romantique, un Florentin comme celui-ci, un Raphaëlien
comme celui-là, un Vénitien comme tel autre ? qu'est sontabléau ? est-ce une prétention, un système ? c’est Bonaparte ca ed pestiférés, rien de plus ». ë -L'affectation est un ridiculé et une contrainte : soyons libres et de bonne grâce. Les romantiques se croient obligés d'aller le long des balustrades de Notre-Dame, lorgnant Îles piliers et flairant les ogives.lIls portent des habits fleur de pensée et des
OE André del Sarto, T 1
gilets de satin vert. Ils vont en chœur, avec M. Victor Hugo, contempler des couchers de soleil. D’autres, engoncés de doctrines, vivent dans les bibliothèques; « leur cœur froid et méthodique est sept fois cuirassé d’érudition ». Du vieux Shakespeare ft, est née une collection de fous bons à mettre dans un herbier. L’historique, le moyen-âge, l’'Oriental, la prétention documentaire, tout cela n’a rien de commun avec la poésie:
Sachez-le, c’est le cœur qui parle et qui soupire...
Et depuis quand un livre est-il donc autre chose
Que le rêve d’un jour qu’on raconte un instant;
Un oiseau qui gazouille et s'envole, — une rose
Qu'on respire et qu’on jette, et qui meurt en tombant?..,
æ- (Namounà.)
Seul le caprice est créateur. Musset doit se souvenir que
Platon appelle le poète une chose légère, ailée. /Un souvenir, un songe, un regard lui donnent loubli de la vie et l’emplissent
de réminiscences ineffables ; un moment il vit hors du réerp€ses
forces s’exaltent, jusqu’à ce que Ja goutte de rosée, pareille à une douce larme, distillée lentement &e lalambic, se détache et tombe enfin comme une perle. » Distillée de l’alambic ; c’est assez dire que Musset ne fait pas au travail poétique l’injure de le croire facile. L’inspiration surprend le poète, mais pour la retenir et pour la traduire en paroles, le labeur est intense autant que fervent. C’est un travail exquis, plein de crainte et de charme ?. Plus lard, le Parnasse lui fera pourtant payer cher son mépris de - la technique. 5
Les Contes d’Espagne et d'Italie.
Dès son premier volume, il s’affranchit : « Tu verras des rimes faibles, éerivait-il à son oncle Desherbiers, en lui envoyant son livre; j'ai eu un but en les faisant;...-il était important de se ee distinguer de cette école rimeuse qui... » La préface était impers tinente, mais ne prenait pas nettement position. Musset l'avait voulue telle: n’attaquer personne, ne se ranger avec personne.
C’étaient des Contes d'Espagne et d'Italie.
* À la vérité, il y avait encore là-dedans bien des vers «cassés
1, Musset craignait l’enthousiasme dont on se couvre »,
pour les maîtres, le séidisme littéraire, 2, IMPROMPTU, en réponse à cette
dont on se-frotte, non comme un voile me... »!
autant que Vigny craignaït le séidisme question : « Qu'est-ce que la poésie ? » we politique : «IL faut que l'enthousiasme” | « Eterniser peut-être un rêve d’un = - pour les maîtres soit comme une huile instant... Faire une perle d’une lar-