Cf. un fragment recueilli en dernier lieu dans les Œuvres
complémentaires par M. Allem :
« Voyez-les! Tous ces hommes tourmentés par leur génie ont leur crise; peu à peu, leur être s’exalte jusqu’au vertige ; ce fut le moment où le génie lutta
ps
ie
Magnifique univers, en esl-ce ainsi. partout?
O nuit, profonde nuit, spectre toujours debout, Large création, quand tu lèves tes voiles ’ Pour te considérer dans ton immensité,
Vois-tu du haut en bas la même nudité 1?
Dis-moi donc, en ce cas, dis-moi, mère imprudente, Pourquoi m'obsèdes-tu de cette soif ardente,
Si tu ne connais pas de source où Pélancher?? j
Il fallait la créer, marâtre, ou la chercher. 7)
avec la folie. Ils étaient montés jusqu’à ce point, et ils retombaton toujours dans la foule des hommes doués de raison.
Ainsi Shakespeare alla peu à peu jusqu’à Hamlet, Byron jusqu’à Manfred. Puis tous deux retombèrent, l’'undans Falstaf}, l’autre dans Don Juan. Le combat avec le démon était passé, l’homme avait triomphé. »
Voir encore La Confession, V, 5; sur l'impossibilité de l’affranchissement : « Il sémble que l'homme soit vide, et qu’à force de descendre en lui, il arrive à la dernière marche d’une spirale. Là, comme au sommet des montagnes, … l’air manque.
Alors, frappé d’un froid mortel, le cœur, comme altéré d’oubli, voudrait s’élancer au dehors pour renaître ; il demande la vie à ce qui l’environne, il aspire l'air ardemment: mais il ne trouve autour de lui que ses propres chimères qu’il vient d’animer de la force qui lui manque,
- et qui, créées par lui, Pentou-
rent comme des spectres sans pitié. » ,
4. Cf. Lorenzaccio, AI, 3, p.253, Musset est revenu plusieurs fois, dans La Confession, sur le supplice d’une intelligence hantéc par cette idée que «la vérité
est dans la nudité ». V,4: «Les.
débauchés, plus que les autres, sont exposés à cette fureur...
C’est l'instinct rôdeur des fantômes qui lève la pierre des tombeaux: c'est une torture inexplicable dont Dieu punit ceux qui ont failli; ils voudraient croire
que tout peut faillir,etils en se- -
raient peut-être désolés... » 1bidem, revenant à une source d'i-
mages où il a souvent puisé, il compare les douteurs à des hommes qui «se prennent d'amour pour le noyé livide qu'ils ont senti au fond des eaux. fslesaisissent, le palpent, l’étreignent ; ils ne regardent plus les cho-
ses que pour voir àtravers:.. ils.
fouilient le monde comme des espions de Dieu. » On pourrait citer d’autres passages plus crus.
2. Cf. Acte I, p.135, et Faust, de Gœthe: « Quel mouvement au sein de l’univers!... quel spectacle !.. Mais hélas! rien qu'un spectacle ! Où donc te trouver, où te saisir, nature inlinie? Où êtes-vous, sources de toute existence? Vous en qui les cieux et la terre puisent cette sève éternelle qui les nourrit.
Vous ne tarissez jamais, vous …
abreuvez tous les êtres : et moi jeflanguis vainement après vous !...
Les filiations d'idées sont tou- -
jours bien difficiles à marquer; mais, directement ou indirectement, Musset ne doit-il pas -
quelque chose à Pascal (Cf. In- !
troduction, p. 16) : « Voilà ce
ue je vois et ce qui me trouble.
e regarde de toutes parts, et je ne vois partout qu’obscurité.
La nature ne m'ofire rien qui ne soit matière de doute et d’inquiétude. Si je ny voyais rien Hu marquât une Divinité, je me
éterminerais à la négative: si je voyais partout les marques d’un Créateur, je reposerais en paix dans la foi. Mais, voyant trop pour nier et trop peu pour m'assurer. je suis dans un'état.
à plaindre...» (Ed. Brunschwig, n° 229). é
en Ex
. L’arbuste a sa rosée, et. l'aigle a sa pâture. - Et moi, que t’ai-je fait pour n’oublier ainsi? - Pourquoi les arbrissSeaux n’ont-ils pas soif aussi? Pourquoi forger la flèche, éternelle Nature, Si tu savais toi-même, avant de la lancer, Que tu la dirigeais vers un but impossible, Et que le dard, parti de ta corde terrible, Sans rencontrer l’oiseau, pouvait te traverser ?? Mais cela te plaisait. — C'était réglé d'avance. Ah! le vent du matin! le souffle du printemps! C’est le cri des vieillards. — Moi, mon Dieu, j'ai vingt ans3! - - Oh! si tu vas mourir, ange de l’espérance, Sur mon cœur, en partant, viens encor te poser; Donne-moï tes adieux et ton dernier baiser.
Viens à moi. — Je suis jeune, et j'aime encor la vie. Intercède pour moi; — demande si les cieux Ont une goutte d’eau pour une fleur flétrie. — | Bel ange, en la buvant, nous mourrons tous les deux !.
Il se jette à genoux; un bouquet tombe de son sein.
Qui me jette à mes pieds mon bouquet d’églantine ? As-tu donc si longtemps vécu sur ma poitrine, Pauvre herbe! — C’est ainsi que ma Déidamia
Sur le bord dé la route à mes pieds te jeta.
[Acte V : Frank va épouser Déidamia :
plus cet homme au regard sombre,
Frank renaît’: — Ce n’est
X Au front blème, au cœur dur...
C'est un gai compagnon.
1. La pensée est bizarrement présentée — pourquoi ma soif est-elle inassouvie, alors que celle des arbrisseaux est désaltérée par la rosée?- ’
. 2. [ne faut pas craindre dedire que voilà du galimatias. Dans le passage de La Confession cité p. 150, n. 4, Musset dira des douteurs ;: « Leurs pensées s’aiguisent en flèches, et il leur naît un Îynx dans les entrailles. »
On admet bien mieux cette image, cette vague suggestion, que le dard mal dirigé dont parle Frank. En meilleur français, ce- Aa signifie que l'intelligence, incapable de pénétrer le principe ni la fin des choses, n’est bonne qu’à dépouiller la nature du
manteau d'illusions dont Ja revêt l'ignorance.
3. Vers très lâchés. Musset compte un peu trop sur le crédit. qu’on fait aux exclamations.
, 4. Sur l’imagination séraphique dans l’œuvre de Musset, cf. 261, n. 1, 385, n. 2, etc. Rich-
. ter a contribué à lui en donner
le goût: chez lui, tantôt c’est le génie de la religion, un lys épanoui sur le cœur, des lauriers -
fleuris au front ; tantôt c'est une
« sublime figure de jeune homme » qui glisse À travers «les molles ombres », messager de joie et de liberté, etc.