Cf. Rolla : « Quinze ans
— l’âge céleste où l’arbre de la vie, — Sous la tiède oasis du désert embaumé, — Baigne ses fruits dorés de myrrhe et d’ambroisie,— Æt, pour féconder l'air . comme un palmier d'Asie, — Na qu'à jeter au vent son voile parfumé !» V..ici p. 194, n.5.
* Comparer, pour l’expression
du mystère des soirs et de la poésie nocturne, ces vers de Vigny (La Maison du Berger) :
« La Nature t'attend dans un silence austère ; — L’herbe élève à tes pieds son image des soirs, — Et le soupir d’adieu du soleil à la terre — Balance les béaux lis comme des encensoirs., — La forêt a voilé ses colonnes pro-
fondes, — La montagnese cache,
et sur les pâles ondes — Le saule a-suspendu ses chastes reposoirs. — Le crépuscule ami s'endort dans la vallée, — Sur lherbe d'émeraude et sur l'or
du gazon, — Sous les timides’ joncs de la source isolée — Et
sous le bois rêveur qui tremble à l’horizon Se balance en fuyant dans les grappes sauva-
ges, — Jette son manteau gris sur le bord des rivages, — Et
des fleurs de la nuit entr’ouvre la prison. » Ninon et Ninette
. ne pouvaient parler comme,le
philosophe des Destinées ; ilya dans les vers de Vigny un accent d’'adoration, une largeur de touche, une tristesse sacrée et une chasteté voluptueuse
156 io ALFRED DE MUSSET
SILVIO, entrant.
Mon cœur hésite encor ;
— toutes les deux si belles !
Si conformes en tout, si saintement jumelles!
Deux corps si transparents attachés par de cœur tr:
On dirait que l’aînée est l’étui de sa sœur ? Pâles toutes les deux, toutes les deux CDN ES
Frêles comme un roseau, blondes comme les blés
se
Prêtes à tressaillir comme*deux sensitives, Au toucher de la main. — Tous mes sens sont troublés.
Je n’ai pu leur parler, — j'agissais dans la fièvre ; Mon âme à chaque mot arrivait sur
ma lèvre. SE
Mais elles, quel bon goût ! quelle simplicité ! Hélas ! je sors d'hier ‘de l’'univérsité.
(Entrent Laërte et 1rus, un cigare à la bouche.)
[Pendant qu'ils se proménent,
Ninon et Ninette reçoivent , des
mains de Flora, la servante, chacune un billet. Elles se retirent dans leurs Honuee pour le fre plus à l'aise. Rentrent Laërte et Silvio.]
SILVIO
Je crois que notre abord met ces dames en fuite. Ah ! monseigneur, j'ai peur de.leur avoir déplu.
LAERTE
Bon, bon, laissez-les fuir ; vous leur plairez bien vite. Dites-moi, mon ami, dans votre temps perdu, N’avez-vous jamais fait la cour à quelques belles ?
Quel moyen preniez-vous pour dompter les cruelles ?
SILVIO
Père, ne raillez pas, je me défendrais mal.
Bien que je sois sorti d’un sang méridional, Jamais les imbroglios, ni les galanteries,
Ni l’art mystérieux des douces flatteries,
Ce bel art d’être aimé, ne m'ont appartenu.
Je vivrai sous le ciel comme j'y suis venu.
Un serrement de main, un regard de clémence,
Une larme, un soupir, voilà pour moi l'amour ;
Et j'aimerai dix ans comme le premier jour.
u’on ne trouve pas au même egré ni avec la même nuance,
dans ces vers de Musset, si
fragiles à la fois et d’un. épanouissement si melodieux; mais
il ya de la gravité autant que
de la grâce, dans le ravissement de ces deux âmes HRBE
De
nales contemplant le miracle d’une nuit d'été. «
1, Ceci est d’un goût contestable ; — l’harmonie du vers jette pourtant une sorte de charme sur le sens.