‹ Morceaux choisisChapitre 129 sur 439 · TE EY · texte numérisé non relu

TE EY

Si Ce

‘J'ai de la passion, et n’ai point d’éloquence. Mes rivaux, sous mes yeux, sauront plaire et charmer. * Je resterai muet! ; — moi, je ne sais-qu'aimer. .-

LAERTE

Les femmes cependant demandent autre chose.

Bien plus, sans les aimer, du moment que l’on ose, On leur plait?. La faiblesse est si chère à leur cœur

Qu'il leur faut un combat pour avoir un vainqueur.

Croyez-moi, j’ai connu ces êtres pee

Il n'existe, dit-on, ni deux feuilles semblables,

. Ni deux cœurs faits de même, et moi, je vous promets

Qu'en en séduisant une, on séduit tout un monde, L'une aura les pieds plats, l’autre la jambe ronde,

Mais la communauté ne changera jamais 3.

Avez-vous jamais vu les courses d'Angleterre ?

On prend quatre coureurs, — quatre chevaux sellés ; On leur montre un clocher, puis on leur dit : Allez! Il s’agit d'arriver, n'importe la manière.

L'un choïsit un ravin, — l’autre un chemin battu. Celui-ci gagnera, s’il ne rencontre.un fleuve ;

Celui-là fera mieux, s’il n'a le cou rompu.

Tel est l'amour, Silvio ; — l'amour est une épreuve; Il faut aller au but; — Ia femme est le clocher. Prenez garde au torrent, prenez garde au rocher; Faites ce qui vous plaît, le but est immobile.

… - Mais croyez que c’est prendre une peine inutile

Que de rester en place et de crier bien fort : .Clocher !'clocher ! je t'aime, arrive ou je suis mort #,

1. IL prouvera pourtant qu’il sait parler 5 et son maître d’éloquence ne doit pas être Laërte, si abondant en préceptes d’expérience, (V.II, 6, p. 164 et sq.)

2. Laërte parle d’abord un peu comme un roué; bien qu'ilsente lui aussi le prix du respect, et qu’il le sache non seulement

lus délicat, mais plus intelli-

p : : | ent et même, pourvu qu'il ne «

emeure pas timide, plus heureux en amour que l’audace qui ne l’est jamais, il apprend à Silvio à juger lès femmes d’un

… peuhaut,avecune impertinence

supérieure êt dégagée. « Hélas,

avait dit Musset dans Mardoche,

qui peut savoir lequel on récompense — Le mieux ou du respect, ou de certaine offerse ?»

3. Ici Laërte sort un peu des limites de la bonhomieé paternelle. Pour faire descendre Sil-

i. vio de l’'empyrée dans le monde

positif, où ses chimères l’égareraient, il lé brusque un peu ; il lui parle avec une rondeur d’expérience à dessein un peu vul-.

gaire. — Il est d'ailleurs à croire que Musset se laisse aller pour son compte à risquer ces propos de roué. Une certaine dose de fatuité entre dans son système de conquête.

4. Tout ceci est au contraire charmant, sans réserve, d’entrain et de simplicité spirituelle et saine, Le bonheur n’est pas aux langoureux, ilest aux énergiques,

LA

ALFRED DE

MUSSET

, ; SILVIO ee à Je sens la vérité de votre parabole, ENS \

Mais si je ne puis rien trouver même en parole,

Que pourrai-je valoir, seigneur, en action ?

Tout le réel pour moi n’est qu'une fiction !; Je suis dans un salon comme une mandoline Oubliée en passant sur le bord d’un coussin.

Elle renferme en elle une langue divine

Mais si son maitre dort, tout reste dans

LAERTE

Écoutez done, alors, ce qu’il voùs faudra faire3, Recevoir un mari de la main de son père,

Pour une jeune fille est un pauvre régal.

C’est un serpent doré qu’un anneau conjugal. , C’est dans les nuits d’été, sur une mince échelle, = Une épée à la main, un manteau sur les yeux, Qu’une enfant de quinze ans rêve ses amoureux. Avant de se montrer, il faut leur apparaître t.

Le père ouvre la porte au matériel époux,

Mais toujours l’idéal entre par la fenêtre.

Voilà, mon cher Silvio, ce que j’attéends.de vous.

Connaissez-vous l’escrime ?

SILVIO | Oui, je tire l’épée.

1, Et, au contraire, la fiction . est pour lui réalité. C’est le propre des grands imaginatifs, chez qui le séns positif ne compense pas l’halucination intérieure (Edg. Poë se définissait ainsi), — et, à un moindre degré, c’est celui des romanesques. La réalité ne les intéresse qu’à la con-

dition d’avoir l'air fictive. Sil- -

vio,quia‘rêvé l’amouret quis'en est fait une inaccessible idole, n’osera aimer que si un complaisant metteur en scène fait à son amour un décor de rêve et d’aventure.

2. Son maitre, c’est l’imagination. Le réel désenchante le cœur, le laisse inerte. — Cette

image a été souventreprise, no- -

tamment par Louis qui d’ailleurs en tire un autre sens : À une femme ::«« … Tu n'as jamais été dans tés jours les plus rares — Qu'un banal

ouilhet, .

“d’enlèvements,

instrument sous mon archet vainqueur, — Et comme un air qui chante au bois creux des guitares — J'ai fait chanter mon rêve au vide de ton cœur. »

3. En même temps qu'il entre dans l'esprit romanesque de ses filles, Laërte trouve le moyen de galvaniser la volonté de qui. sera aussi à l'aise dans la fiction qu’elle était gênée dans

la réalité. — Ce thèmeé a été re-

pris et développé avec beaucoup d'esprit par Edm. Rostand, au premier acte des Romanesques (il a donné beaucoup plus d'importance que Musset au rôle

du spadassin,entrepreneur juré :

avec ou sans :

clairs de lune.)

4. L'opposition de sens entre : … se montrer et apparaître n'est !

pas aussi nette que l’aurait voulue Musset. La diction doit sup-

pléericià l'insuffisance des mots,

son $Seini?, 7: j

ilvio,

se

SU nn UT

«A la gravité d’'Amadis,la Fran-

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à LAERTE

+ Et pour le pistolet, vous tuez la poupée!,

N'est-ce pas ? C'est très bien; vous tuerez mes valets.

Mes filles tout à l'heure ont reçu deux billets ; Ne cherchez pas, c’est moi qui les ai fait remettre.

Ah! si vous compreniez ce que c’est qu’une lettre : Une lettre d'amour lorsque l’on a quinze ans?! Quelle charmante place elle occupe longtemps !

D'abord auprès du cœur, ensuite à là ceinture.

La poèhe vient après, le tiroir vient enfin.

Mais comme on la promène, en traîneaux, en voiture ! Comme on la mène au bal ! que de fois en chemin, Dans le fond de la poche on la presse, on la serre !- Et comme on rit tout bas du bonhomme de père

Qui ne voit jamais rien, de temps immémorial! -

Quel travail il se fait dans ces petites têtes! Voulez-vous, mon ami, savoir ce que vous êtes ? Vous, à heure qu'il est? — Vous êtes l'idéal, Le prince Galaor, le berger d’Arcadie#;

Vous êtes un Lara; — j'ai signé votre nom.

Le vieux duc vous prenait pour son gendre, — mais non,

Non! Vous tombez du ciel comme une tragédie ;

sert de but dans les tirs. » (Lir- TRE.)

- 4x Petite figure en plâtre qui | de lidéalisme intransigeant.

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