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O Christ! je ne suis pas de ceux que la prière Dans tes temples muets amène à pas tremblants ;
Je ne suis pas de ceux qui vont à ton Calvaire,
En se frappant le cœur, baiser tes pieds sanglants; Et je reste debout sous tes sacrés portiques,
Quand ton peuple fidèle, autour des noirs arceaux, Se courbe en murmurant sous le vent des cantiques,
Comme au souflle du nord un peuple de roseaux.
Je ne crois pas, Ô Christ ! à ta parole sainte :
Je suis venu trop-tard dans un monde trop vieux. D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte ; Les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux 2 Maintenant le hasard promène au sein des ombres
De leurs illusions les mondes réveillés ;
L'esprit des temps passés, errant sur leurs décombres, Jette au gouffre éternel tes anges mutilés. N Les clous duù Golgotha te soutiennent à peine ;
Sous ton divin tombeau le sol s’ést'dérobé :
Ta gloire est morte, à Christ ! et sur nos croix d’ébène Ton cadavre céleste en poussière est tombé: !
Eh bien ! qu’il soit permis d’en baiser la poussière {
1. V.surtout la Confession d’un enfant du siècle, dernière partie, ch.VI:«Que ceux qui ne croient pas au Christ lisent cette page; je n’y croyais pas non plus. Ni au collège, ni enfant, ni homme, je n'avais hanté les églises; Empoisonné, dès l’ado-
lescence, de tous les écrits du’
dernier siecle, j'y avais sucé de bonne heure le lait stérile de l'impiété… Pauvre fils de Dieu qu'on oublie, on ne m'a pas appris à t'aimer, Je ne t'ai jamais cherché dans les temples; mais, grâce au ciel, là où je te trouve, je n’ai pas ‘encore appris à ne pas trembler... » (1836). — Musset avait résumé se métaphysique, le 12 novembre 1832, dans une lettre à Ü. Guttinguer, qui avait un instant espéré en sa conversion : «Au centre des nuits éternelles,estassis mon Dieu sans révélations,quiverse à l’immortelle matière l'immortelle pensée.»
.. 2. Personne ne peut se flatter de posséder le sens de ce vers, qui a été l’objet de gloses infinies. La plus heureuse me pa- -raît celle de M. Biré. (Ædilion
complète de Musset, chez Garnier): autrefois, les comètespassaient pour apporter aux mondes usés une matière nouvelle ; «aujourd’hui, leurs révolutions étant connues, elles n’ont fait que reculer leslimites’de l’inconnu, au-delà desquelles lPhumanité place ses dieux, et ainsi dépeupler le ciel de ses divinités.» — La plus simpleestcellede :
M. Chambry, qui suppose qu'il
y aurait là une «coquille » d im-
primerie, et que Musset avait:
écrit : « les conquêtes du nôtre», faisant allusion aux conquêtes
‘de la science moderne (Revue
Universitaire, 15 janvier 4947).