Comme nous voici loin de
l'émotion initiale de Musset, de
Pamour virginal qui rafraichit une âme flétrie. La femme, mer-
veille de la création (cf. Le Pa-
radis perdu, de Milton, que Musset connaissait), veut être adorée; elle perd son propre bonheur, elle détruit celui de l’hom- . me, pour être aimée, et pour con- ‘ soler par son amour l’homme désesperé. Ce n’est donc point par Reel que la femme a perdu
homme : c’est par orgueil, sans.
doute, pour affirmer sa toute-
* puissance, mais c’est aussi par
une ivresse d’immolation, par un désir profond de compenser par son infinie tendresse la déchéance qu’elle à fait subir à l’homme. Ainsi, la conception
de Musset ne serait pas si loin
wil paraît de celle d’Eloa et de la Chüte d'un Ange; elle est plus compliquée, plus inquiétante : l’amertume s’y mêle à l'adoration reconnaissante de
lâme féminine. Mais par Musset
aussi, l'instinct de sacrifice qui anime la femme, même avide de faire sentir son empire, est reconnu et glorifié.
-2. Allusion, sans doute, à Ja religion du Christ, dont Musset donne une interprétation toute humaine, La pitié pour l’honme-Dien que la certitude de sa divinité n’a pu défendre contre la mort, aurait attiré les femmes vers le christianisme.
d'une rare beauté, de forme et de sens. Ne voit-on pas poindre ici l’idée d’A, de Vigny, de la supériorité de la douleur humaine sur l’impassibilité divine. V. le Journal d'un Poëte :
Cassandre, fille des rois, est aimée d’un dieu, Apollon; elle dédaigne son amour : « Apollon s'humilie, se désespère, juré qu'il voudrait pouvoir souffrir et mourir... » — La pensée d'A. de Musset n’a pas la même netteté; regrette-t-il la fleur fanée de VEden, plus qu'il n'aime la soutffrance de l'homme consolé par l'amour ?
Cest le cas de rappeler ce
ue, Musset dit, dans Le Poëte
échu, du travailpoétique : « Le poète n’écrit presque jamais la réflexion... [Mais, pendant le travail obligé de lexpression,]| une multitude dé commentaires, de faces diverses, de corollaires,-se présentent nécessairéement.. Ces corollaires sont plus ou moins bons, brillants, Justes,- séduisants; ils délournent, ramènent, expliquent, enchantent; pour le-prosateur, ce
sont des veines, des minerais...;
pour ie poète les reflets d’un prisme... La poésie est si essentiellement musicale qu'il n'y a pas de.belle pensée devant laquelle un poêle ne recule si la mélodiè ne y trouve pas, et, à force de s’exercer ainsi, il en vient à n'avoir non seulement que des paroles,