C’est Boileau qui a dit cela
3. Ce fut trop souvent la philosophie pratique de Musset, qui d’ailleurs n’a guère fait de sonnets-
FANTASIJ : 205
FANTASIO
Oh! s’il y avait un diable dans le ciel! s’il ÿ avait un
enfer, comme je me brülerais la cervelle pour aller voir tout ça! Quelle misérable chose que l’homme! ne pas pou-
voir seulement sauter par sa fenêtre sans se casser les”
jambes ! être obligé de jouer du violon dix ans pour devenir un musicièén passable! Apprendre pour être peintre, pour être palefrenier ! Apprendre pour faire une omelette ! Tiens, Spark; il me prend des énvies de m’asseoir sur un parapet, de regarder couler la rivière et de me mettre à compter un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, et ainsi de suite jusqu’au jour de ma mort.
SPARK Ce que tu me dis là ferait rire bien des gens ; moi, cela me'fait frémir : c’est l’histoire du siècle entier. L’éternité ést une grande aire, d’où tous les siècles, comme de jeunes aiglons, se sont envolés tour à tour pour traverser le ciel et disparaître; le nôtre est arrivé à son tour au bord du nid ; mais on lui a coupé les ailes, et ilLattend la mort en regardant l’espace dans lequel il ne peut s’élancer !,
FANTASIO chantant.
Tu m’appelles ta vie, appelle-moi ton âme, Car l’âme est immortelle, et la vie est un jour.
Connais-tu une plus divine romance que celle-là, Spark? C'est une romance portugaise ?. Elle ne m'est jamais venue à l’esprit sans me donner envie d'aimer quelqu un,
SPARK Qui, par exemple ?
FANTASIO à "Qu? je n’en sais rien; quelque belle fille toute ronde
4. Cf. Rolla et notre commen- | rent) où Musset affirme qu'uné.
taire, p.187-9. L'image de l'aigle. | âme noble est au-dessus de touse trouve d’ailleurs dans Rolla, tes les souillures ;:
en un passage (assez incohé-
Lorsque le jeune aiglon, voyant partir sa mère,
En la suivant des yeux s’avance au bord: du nid, F Qui donel ui dit alors qu'il peut quitter la terre,
Et sauter dans le“Ciel déployé devant lui ?
Qui donc lui parle bas, l’encourage et l'appelle ?
T1 n’a jamais ouvert. sa serre ni son aile ;
Il sait qu il est aiglon ; — le vent passe, il le suit.
D? apres ces vers, même en un Est-ce. vrai? ou Fantasio
siècle déchu, une nature royale at il ce qui lui passe par la
réaliserait toujours son destin. | tête ?
ed
ALFRED DE MUSSET Re je
comme les femmes de Miéris!; quelque chose de doux comme le vent d'ouest, de pâle comme les rayons de la lune; quelque chose de pensif comme ces petites servantes d’auberge des tableaux flamands qui donnent le coup de l’étrier
-‘à un voyageur à larges bottes, droit comme un piquet sur
un grand cheval blanc. Quelle belle chose que le coup de l’étrier !une jeune femme sur le pas de sa porte, le feu allumé qu’on aperçoit au fond de la chambre, le souper préparé, les enfants endormis ; toute la tranquillité de la : vie paisible et contemplative dans un coin du tableau?! et Jà l’homme encore haletant, mais ferme sur sa selle, ayant fait vingt lieues, en ayant trente à faire; une gorgée d'éaude-vie, et adieu. La nuit ést profonde là-bas, le tèémps .-menacçant, la forêt dangereuse ; la bonne femme le suit des yeux une minute, puis elle laisse tomber, en reltournänt à
son feu, cette sublime aumône du pauvr
protége!
e : Que Dieu le
. SPARK Situ étais amoureux, Henri, tu serais le plus heureux
des hommes.
[ Passe un cortège funèbre : on enterre Saint-Jean, le bouffon du Roi. Situation vacante; Fantasio va la prendre. 1e
Cependant, le prince de Mantoue se fait rendre compte par son confident Marinoni, dans une simple auberge proche de Munich, du caractère de. la princesse: « Mélancolique, fantasque, d’une joie folle, soumise à son père, aimant beaucoup les pois verts.» C'est une des plus cocasses créations de Musset. Il est au moins aussi sot qu'Irusé. I est plein de sa grandeur : « Un homme tel que moi...? » Il parle
comme le Chevalier vert du Zadig de Voltaire; il est aussi content de, -
lui que l’Itimadoulet de Médie (bidem}, -et il n'est pas moins féru