À qui? Au prêtre ou à l’é
oux céleste ? — Si c’est à époux, il y a là une hardiesse et'une ardeur d'imagination qui seraient un peu paiennes : mais l’amour mystique a souvent
arlé comme l’amour humain.
t Camille est assez orgueil-
leuse pour penser que sa chevelure vierge ferait au Christ, dans sa gloire, un vêtement assez splendide: — Grammaticalement, ce serait plutôt au prêtre, à l’officiant qui, pour approcher de l'autel, se vêt des tissus les plus purs et les plus éclatants,
3. Violences et trivialités d’imagination, dont la lecture de J.-P. Richter avait développé le goût chez Musset.
4. Cf. Lettre à George Sand, juin 1834 : « Deux êtres qui s'aiment bien sur terre font un ange dans le ciel ; voilà ce que j'ai trouvé Pautre jour dans un ouvrage nouveau. »
G. Sand répond le 45 juin :
« Ce mot si beau des deux êtres qui s’aiment sur la terre et qui font un ange dans le ciel est de Delatouche, » dans La Reine d’Espagne, comédie, qui fut outrasgeusèment sifflée. Après ce mot, l'acteur dut, selon G. Sand, s’arrêter. On voit que Musset l’a arrangé,
NON EN EEE Te nait AE ps LA
Le 4 7 :
mais j'ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui!?
Il sort.
vi CAGTE FI
[Le TI° Acte fait alterner d’abord des scènes grotésques entre le baron, Blazius, Bridaine et dame Pluche, et les propos de Perdican, qui ne sait plus où il en est : il croit bien qu’il aime CÆmille. Mais il arrache à dame Pluche, que Blazius traite d’entremetteuse, certain billet de Camille à l’une de ses. amies: elle s’y flatte de partir en le désespérant. L'orgueil de Perdican est piqué, Il va faire la cour à Rosette devant Camille elle-mème.] | \
Le petit bois... Entrent Perdican et Rosette, qui s’assoient. CAMILLE, cachée, à part.
Que veut dire cela? Il la fait asseoir près de lui? Me demande-t-il un rendez-vous pour y venir causer avec une autre? Je suis curieuse de savoir ce qu’il lui dit,
PERDICAN;, & haute voix, de manière que Camille l’entende.
Je t’aime, Rosette! toi seule au monde tu n’as rien oublié de nos beaux jours passés?; toi seule tu te souviens de la:
4 Ces mots, depuis J'ai souffert, se trouvent déjà dans une lettre de George Sand à Musset, du 12 mai 1834; pour le consoler de tout ce qu’il souffrait, elle lui disait : Songe à ce jour, où, regardant le passé, tu pourras dire : « J’ai souffert, etc.» Cf, les vers de Musset Sur une morte (sur la princesse Bel-
giojoso, qui était restée insensi-
ble à son amour, en se jouant de lui, 1842) : «.… Elle aurait aimé
‘ si orgueil, — Pareil à la lampe
inutile — Qu'on allume près d’un cercueil, — N’eût veille sur son cœur stérile. — Elle est morte
æt n’a point vécu. — Elle faisait semblant de vivre: — Deses mains
est tombélelivre — Dans lequel
“elle n’a rien lu. »
2. Tandis que Camille avait tout oublié : « Quoi! lui a dit Perdican (1,3),... pas un batte-
ment de cœur pour notre enfan--
ce, pour tout ce pauvre temps
Re si bon, si doux, si plein
e niaiseries délicieuses ? » Mais lessouvenirs d'enfance n'étaient
. pas du goût de Camille; elle ne Se trouvait pas « assez vieille
pour aimer le passé. » — Les vieilles gens du village au contraire saluaient avec joie le retour de Perdican, qui s’écriait devant eux (I. 4) : « Voilà donc ma chère vallée! mes noyers, mes sentiers verts, ma petite fontaine! voilà mes jours passés encore tout pleins de vie, voilà le monde mystérieux des rêves de mon enfance ! O patrie !
paies mot incompréhensible!
’homme n'est-il donc né que our un coin de terre, pour y âtir son nid et pour y vivre.
un jour? » (Cf. le Werther de Gœthe revenant au pays natal :
« Je m'arrêtai là, sous ce tilleul qui était dans mon enfance le but et le termé de mes promenades. Quel changement! Je m'approchai du bourg; je saluai les jardins et les petites maisons que je reconnaissais.. Je descendislarivière.. Je me rappelle
‘si bien comme je m'’arrétais
quelquefois à regarder couler
l'eau... les idées merveilleuses
que je me faisais des régions où elle parvenaïit... » Traduction de Leroux, in Lafoscade). Per-