‹ Morceaux choisisChapitre 199 sur 439 · NS ROSETTE · texte numérisé non relu

NS ROSETTE

Hélas! monsieur le docteur!, je vous aimerai comme je pourrai. , \

PERDICAN

Oui, comme tu pourras; et tu m'aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es, que ces pâles statues, fabriquées par les nonnes, qui ont la tête à la place du cœur?, et qui sortent des cloîtres pour venir répandre dans la vie l'atmosphère humide de leurs cellules 5: tu ne sais rien; tu ne lirais pas dans un livre la prière que ta mère t’apprend, comme elle l’a apprise de.sa mére; tu ne comprends même pas le sens des paroles que tu répètes, quand tu t’agenouilles au pied de ton lit; mais tu comprends bien que tu pries, et c’est tout ce qu’il faut à Dieu.

ROSETTE ‘Comme vous me parlez, monseigneur {!

| PERDICAN

Tu ne sais pas lire; mais tu sais ce que disent ces bois et ces, prairies, ces tièdes rivières, ces beaux champs couverts de moissons, toute cette nature splendide de jeunesse, Tu reconnais tous ces milliers de frères, et moi pour l’un

4. On sait quelle impression | set n’a pas cru à la sincérité des ce beau titre a fait sur limagi- âmes réfugiées au cloître. N’a-t-il nation naïve des paysans; I, 4: pas dit dans Rolla : & Cloitres « On nous a dit que vous êtes silencieux, voûtes dés monasun savant, monseigneur. — Oui, tères, — c’est vous,;sombres caon me l’a dit aussi, Les sciences | veaux, vous qui savez aimer !...

sont une belle chose, mes en- Oh !venez doncrouvrir vos profants ; ces arbres et ces prai: | fondes entrailles — à ces deux ries enseignent à haute voix la | enfants-là qui cherchent le plaiplus belle de toutes, l’oubli de sir... — Dites-leur donc un peu ce qu'on sait. » cequ’avec leurs genoux—il leur

2.. En effet, Camille a imaginé | faudrait user de pierres sépulla vVieavant de vivre ; mal quifut trales — avant de soupçonner dénoncé par Balzac comme cé- | qu’on aime comme vous!» Mais lui de beaucoup d’imaginations | le cloître n’est bon qu’à ceux féminines (V. Le Curé de Vil- | que la vie a désespérés, et qui lage, Modeste Mignon, etc., dans ont vraiment éprouvé le néant nos morceaux choisis); cette | de la vie. Musset a cru par insprécoce expérience, qui estune | tant que les âmes douloureuses expérience illusoire (car on ne | y trouveraient un abri; — il se comprend que ce qu’on a soi- | souvenait de Chateaubriand, — même éprouvé) a exalté et dé- |’et de Ch. Nodier, qui terminait formé le cœur de Camille. Ce |: ainsi un article : « Cette générenoncement à l'amour, qu’elle | ration se lève et vous demande croitunactedesuprêmesagesse, | des cloîtres ! »

‘rest qu’une satisfaction qu’elle 4. Elle sent-bien dans l'accent ‘offre à son orgueil ; et en cro- | de Perdican une exaltation qui yantagirselon sa proprenature, | n’est pas de l'amour, mais un elle subit une suggestion. | dépit, une colère énigmatiques

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