ACTE TE
Au château de Barberine. Elle est incapable de soupçonner le mal: ve mais elle a auprès d’elle une petite suivante turque, Kalékairi, un | « icoglan femelle » qui a plus d'expérience qu’elle, et qui a de bonnes. raisons de se méfier de Rosemberg : il lui a offert de l’or, il a interrogé le portier L’Uscoque. Cette petite personne spirituelle, tranquille, et qui sait le prix des mots, déjoue par son escrime précise les feintes dé ce : novice intrigant. Peu riche en stratagèmes, Rosemberg a beau s’exhorter : à l'astuce et au courage, il est déjà au bout de sa perversité. Pendant qu’il délibère, se croyant seul, Barberine et Kalékairi, retirées au fond du |
théâtre, l’écoutent.] :
: SCENE V Les MèmEs, ROSEMBERG = ROSEMBERG, se croyant seul De
Je crois maintenant que mon plan est fait. Il y a dans le petit livre d’'Uladislas l’histoire d’un certain Jachimo qui L. fait une gageure toute pareille à la mienne avec Leonatus : = Posthumus, gendre du roi de la Grande-Bretagne. Ce- ; Jachimo s’introduit secrètement dans l’appartement de la belle Imogène, en son absence, et prend sur ses tablettes une description exacte de la chambre. Ici telle porte, là telle fenêtre, l'escalier est de telle façon... Il note les moindres détails ni plus ni moins qu'un général d'armée qui se dispose à entrer en campagne. Je veux imiter ce Jachimo!. - :
BARBERINE, @ part
KALÉKAIRI, de même ÿ A : L N'’en doutez pas: c’est peut-être un espion turc. ? >
4. M. Lafoscade signale ici tu emprunt de Musset à Shakespeare : dans Cymbeline (dont le poète anglais lui-même emprunte le sujet à Bandello), on voit le séducteur Jachimo présenter à Imogène une lettre de recom-
. mandation de son mari; comme
il voit qu'il perdra sa peine au-
près d'elle, il a recours à la ruse: caché dans un coffre, il se fait introduire dans la chambre d’Imogène, et pendant qu’elle dort, il note la place des tableaux, le sujet des tapisseries, etc. tout ce qui peut faire croire qu'il a vaincu la vertu de la princesse. TU | s
EU BA RBERINR.. = 0 51-975
; ROSEMBERG
Le portier L’Uscoque a pris mon argent. Je me glisserai
furtivement dans la chambre de Barberine, et là,... oui,...
que ferai-je là, si je viens à la rencontrer? Hum!....c'est.
dangereux et embarrassant. . Le KALÉKAIRI, bas & Barberine
Voyez-vous comme il réfléchit? *
ROSEMBERG Eh bien! je plaiderai ma cause, car Dieu me garde de l’offenser! ce serait me déshonorer moi-même!. — Mais
dans tous les romans, et même dans les ballades, les plus parfaits amants font-ils autre chose que s’introduire ainsi, quand ils peuvent, chez la dame de leur pensée ?? C’est toujours plus commode, on est moins dérangé. — Ah! voilà la belle comtesse! — Si j’essayais d’abord, par manière d’acquit, quelques propos de galanterie? Sachons ce qu’elle dit sur ce chapitre, cela ne peut pas nuire, car, au bout du compte, si je venais à ne pas lui déplaire, cela me dispen-. serai de ruser, — et c’est cette ruse qui m'embarrasseë! | Haut.
Excusez-moi, comtesse, d’être demeuré si longtemps loin de vous; mes équipages sont considérables, et il faut mettre quelque ordre à cela.
BARBERINE Rien n’est plus juste, et je vous prie de vouloir bien vous considérer comme parfaitement libre dans cette maison. Vous comprenez qu’un ami de mon mari ne saurait être un étranger pour nous.
A Kalékairi. ae Va, Kalékairi, va, ma chère, et n’aie pas peur.
Kalékairi sort.
ROSEMBERG
Vous me pénétrez de reconnaissance. À vous dire vrai, en venant chez vous, je ne craignais que d’être importun,
4. C’est Musset qui donne à Rosemberg ces scrupules : Le baron de Bandello est un brutal, nullement intéressant.
- 2, Voilà un séducteur qui n’est pas bien dangereux ; il tient surtout à conformer sa conduite à un code littéraire. Il n’a rien d’un don Juan. Une fois calmée son effervescence romanesque,
te sera un bon jeune homme,
très facile à ramener dans les
chemins de la vertu. Notez qu’il se garde de risquer un pas sans consulter son Guide du Séducteur : c’est plus correct, et plus sûr.
3. Parce qu’il manque d'esprit, mais aussi parce qu’il a un fond de droiture,
Pen
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ALFRED DE MUSSEf
et je courrais grand risque de le- devenir si je laissais parler mon cœur. *.
BARBERINE, «a part Parler son cœur! déjà! que langage!
Haut
Soyez assuré, seigneur Rosemberg, que vous ne me gênez - pas du tout; car cette liberté que je vous offre m'est fort nécessaire à moi-même, et je vous la donne pour en user aussi. ü ‘
ROSEMBERG à
Cela s’entend, je connais les convenances, et je sais quels” devoirs impose votre rang. Une châtelaine est reine chez elle, et vous l’êtes deux fois, Madame, par la noblesse et par la beauté!.
BARBERINE
Ce n’est pas cela. C’est que dans ce moment-ci nous sommes en train de faire la vendange.
ROSEMBERG
Oui, vraiment, j'ai vu en passant sur ces collines quantité de paysans. Cela ressemble à une fête, et vous recevez sans doute, à cette occasion, les hommages de vos vassaux: Ils doivent être heureux, puisqu'ils vous appartiennent?.
BARBERINE
Oui, mais ils sont bien tourmentants ;... il me faut. aller aux champs toute la journée pour faire rentrer le maïs et les foins tardifs 8. à
ROSEMBERG, à part Si elle me répond sur ce ton, cela va être bien peu
poétique.
BARBERINE, de même
S'il persiste dans ses compliments, cela pourra être divertissant. - ROSEMBERG
J'avoue, comtesse, qu’une chose m'étonne. Ce n’est pas de