Cette bonne ménagère au
rait-elle pas pu servir de mor dèle à Xénophon dans ses £co-”
termes grandiloquents les réalités toutes simples ct terre à terre que le bon sens de Bar-
berine appelle 2 leur nom. n
nomiques ? et Musset lui-même ne reçoit-il pas ici, sans le savoir peut-être, un reflet de Xénophon ?
- BARGERINE 277.
voir une noble dame veiller au soin de ses domaines ; mais j'aurais cru que c'était de plus loin.
- 3 BARBERINE
Je conçois cela. Vous êtes de la cour, et les beautés d’Albe-Royale ! ne promènent pas dans l'herbe leurs souliers dorés. é
ROSEMBERG |
C’est vrai, Madame, et ne trouvez-vous pas que cette vie toute de plaisir, de fêtes, d'enchantements et de magnificences, est une chose vraiment admirable ? Sans vouloir médire des vertus champêtres, la vraie place d’une jolie femme n'est-elle pas là, dans cette sphère ‘brillante ? Regardez votre miroir, comtesse. Une jolie femme n’estelle pas le chef-d’œuyre de la création, et toutes les richesses du monde ne sont-elles pas faites pour l’entourer, pour l’embellir, s’il était possible ?
BARBERINE
Oui, cela peut plaire sans doute. Vos belles dames ne voient ce pauvre monde que du, haut de leur palefroi, où, si leur pied se pose à terre, c’est sur un carreau de velours.
ROSEMBERG
Oh ! pas toujours. Ma tante Béatrice va aussi comme vous dans les champs.
Ée __ BARBERINE.
Ah ! votre tante est bonne ménagère ?
à ROSEMBERG
Oui, et bien avare, excepté pour moi, car elle me donnerait ses coifles, BARBERINE En vérité? * ROSEMBERG
Oh ! certainement ; c’est d’elle que me viennent presque tous les bijoux que je porte.
BARBERINE, à part
Ce garçon-là n’est pas bien méchant, . Haut.
J'aime fort les bonnes ménagères, vu que j'ai la préten-
4. Ou Alba-Reale, ou Stuhl- | Székès-Fejervar : c’est là que weissembourg, ou,en hongrois, BÉSIETE fut couronnée reine. :
= N SR pe 278 __ ALFRED DE MUSSET FÉTENA
tion d’en être une moi-même, Tenez, vous en voyez la -preuve. | ROSEMBERG - Qu'est-ce que cela ? LAS me pardonne, une quenouille et un fuseau ! $ BARBERINE Ce sont mes armes |.
: ROSEMBERG S < Est-ce possible ? quoi ! vous cultivez ce vieux métier de nos grand'mères ? vous plongez vos belles mains dans cette filasse ? EN È BARBERINE Je tâche qu’elles se reposent le moins possible. Est-ce que votre tante ne file pas ?
ROSEMBERG
Mais ma tante est vieille, Madame ; il n’y a à que les vieilles-
femmes qui filent.
BARBERINE
Vraiment ! en êtes-vous bien sûr ?? Je ne crois pas qu'il en doive être ainsi. Ne connaissez-vous pas cette ancienne maxime, que le travail est une prière ? 11 y a longtemps qu'on a dit cela. Eh bien! si ces deux choses se ressemblent, et elles peuvént se ressembler devant Dieu, n'est-il pas juste que la tâche la plus dure soit le partage des plus jeunes ? N'est-ce pas quand nos mains sont vives, alertes et pleines d’activité qu’elles doivent tourner le fuseau ? Et lors- que l’âge et la fatigue les forcent un jour de s’arrêter, n’estce pas alors qu'il est temps de les joindre, en laissant faire le reste à la suprême bonté? Croyez-moi, seigneur Rosemberg, ne dites pas de mal de nos quenouilles, non pas même de nos aiguilles ; je vous le répète, ce sont nos armes 3%. Il est vrai que vous autres hommes, - vous en portez « de plus glorieuses, mais celles-Ià ont aussi leur pes $ voici ma lance et mon épée.
Elle montre la quenouille et le fuseau.
ROSEMRERG, à part
Le sermon n’est pas mal tourné, mais me voilà loin de mon pari. Tâächons encore d’y revenir.
Haut.
Il n’est pas PHARE Madame, d’ê tre contredit quand on
4. Il ne sait pas comme elle | la tête, que ni Rosemberg, ni dit vrai. nous, ne soupçonnons encore. :