A George Sand, 45 juin
« Sais-tu ce que c’est que d’être là, dans cette chambre, seul, sans. un chien, sans un sou, sans une espérance, inondé de larmes depuis trois mois, pour bien des années, d’avoir tout perdu jusqu’à mes rêves, de me repaitre d’un ennui sans fin, d'être plus vide que la nuit?:.. »
4, * Etudier Pefret que le poëte obtient par le changement du rythme : au sixain octosylla-
bique succède un neuvain, qui
se décompose en un quatrainet un quintil sur deux rimes, où les décasyllabes alternent avec les octosyilabes, (On consultera avec fruit, sur le neuvain, Ph.
.Martinon : Les Strophes, p. 352. Ce n’est pas, comme on l'a cru, J.-B. Rousseau qui a inventé cette strophe : on la trouve dans Desportes, dans Saint-Amant, puis, sous la forme hétéromé- -trique (combinaison de deux
mesures), chez Millevoye,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience, Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j'aime la Providence.
Ta douleur même est sœur de ma souffrance ; Elle ressemble à l'amitié.
Qui donc es-tu ? — Tu n’es pas mon bon ange; Jamais tu ne viens m’avertir.
Tu vois mes maux (c’est une chose étrange!) Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches das ma voie, Et je ne saurais t’appeler.
Qui donc es-tu, si c’est Dieu qui t'envoie?
Tu me souris sans partager ma joie, Tu me plains sans me consoler! ;
Ce soir encor je t’ai vu m’apparaître.
C'était par une triste nuit.
L’aile des vents battait à ma fenêtre ; J'étais seul, courbé sur mon lit.
J'y regardais une place chérie, Tiède encor d’un baiser brülant; Et je songeais comme la femme oublie, Et je sentais un lambeau de ma vie Qui se déchirait lentement.
Je rassemblaiïs des lettres de la veille, Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l’oreille Ses éternels serments d’un jour. < Je contemplais ces reliques sacrées, Qui me faisaient trembler la main; Larmes du cœur par le cœur dévorées, Et que les yeux qui les avaient pleurées Ne reconnaîtront plus demain !! :
J’enveloppais dans un morceau de bure
4, Ces vers se rattacheraient, d’après P. de Musset, à un épisode d’amour où G. Sand n’est pour rien, Il s’agit de celle à qui Musset dédia ses stances «4 Ninon. (V. Emmeline, p. 390.) Musset l'avait, elle aussi, tourmentée par sa jalousie : mais ele se fâcha. Il demanda son ardon : on lui répondit « par a demande de restitution d’une
correspondance composée de dix ou douze lettres tout au plus. Il les enveloppa dans un Jambeau d’étoffe avec une mèche de cheveux,quelques objets destinés à devenir des souvenirs, et une fleur qui n'avait eu qu’à peine le temps de se faner.
Ce fragile et cher trésor pouvait
tenir dans une seule main. Il le :
renvoya en pleurant,. »
LA NUIT DE DÉCEMBRE oi
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu’ici-bas ce qui dure, C’est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde, Je me perdais dans tant d’oubli.
De tous côtés j'y retournais da sonde, Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde, Mon pauvre amour enseveli. -
J’allais poser le sceau de cire noire Sur ce fragile et cher trésor.
J’allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire, En pleurant j’en doutais encor.
Ah! faible femme, orgueilleuse insensée!, Malgré toi, tu l’en souviendras!
Pourquoi, grand Dieu! mentir à sa pensée?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée, Ces sanglots, si tu n’aimais pas?
Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures:
Mais ta chimère est entre nous?.
Eh bien, adieu! Vous compterez les heures Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce cœur de glace Emportez l’orgueil satisfait,
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place Sur le mal que vous m'avez fait.
Partez, partez! La Nature immortelle N'a pas tout voulu vous donner.
Ah! pauvre enfant, qui voulez être belle, Et ne savez pas pardonner!
Allez, allez, suivez la destinée; Qui vous perd n’a pas tout perdu.
rien quand elle me dit qu’on ne loffense pas impunément.»