Cette déclaration est un sance méthodique à découvrir
peu longue, mais le caractère de Me Pierson, l’état de son âme rendent vraisemblable son long silence.
De plus cette patience à écouter, de même que cette complai-
ses sentiments, est encore dans la meilleure tradition romanesque. (Voyez La Princesse de Clèves, de M**° de Lafayette : les dialogues coupés y sont très rares.)
qui ne me parussent pas trop sévères, et qu'elle Your me répondre avec douceur.
« Un mot, lui dis-je en me levant, un mot! et rien de plus. Je sais qui vous êtes, et, s’il y a pour moi quelque compassion dans votre Cœur,.je vous en remercie ; dites-un mot ! ce moment décide de ma vie. »
Elle secouait la tête ; ; je la vis hésiter. « Vous croyez que fen guérirai ? m écriai-je : ; que Dieu vous laisse cette pensée, si vous me chassez d'ici. 2e, #
En disant ces mots, je regardais l’horizon, et je sentais jusqu’au fond de l’âme une si horrible solitude à l’idée que j'allais partir, que mon sang se glaçait. Elle me vit debout, les yeux sur elle, attendant qu elle parlât ; toutes les forces de ma vie étaient suspendues à ses lèvres.
« Eh bien, dit-elle, écoutez-moi. Ce voyage que vous avez fait est une imprudence ; il ne faub pas que ce soit pour moi que vous soyez venu ici; chargez-vous d’une commis- ‘sion que je vous donnerai pour un: ami de ma famille. Si vous trouvez que c’est un peu loin, que ce soit pour vous l’occasion d’une absence qui durera ce que vous voudrez, mais qui ne sera pas trop courte. Quoi que vous en disiez, ajouta-t-elle en souriant, un petit voyage vous calmera. Vous vous arrêtérez dans les Vosges, et vous irez jusqu’à Strasbourg. Que dans un mois, dans deux mois, pour mieux dire, vous reveniez me rendre compte de ce dont on vous chargera ; je vous reverrai et vous répondrai mieux. »
[Trois semaines après, la commission est faite et Octave revient. Ils s’aiment. Mais presque aussitôt la maladie du soupcon torture Octave, Un badinage innocent de Brigitte éveillé sa jalousie : ce n’est pas impunément qu'il a été libertin et roué. (CF. Lorenxaccio.) L'esprit du doute le ressaisit : « O Dieu! me dis-je avec une tristesse affreuse,
est-ce que le passé est un spectre ? .est-ce qu'il sort de son tom-,
beau ? Ah ! misérable, est-ce que je vais ne pas pouvoiraimer? » Un nouvel être, une sorte d'ineonnu se lève en lui. Il dissèque ce w ’il aime, Il interroge Brigitte sur son passé avec une insistance qui la blesse; l'orgueil offensé fait paraître en,elle aussi une femme qui lui était
inconnue, Enfin elle lui apporte une liasse de lettres, qui contiennent
toute l’histoire de sa vie. « Eee celal»]
1. Tel était Octave-Musset en 1834-36, tel il devait être en 1849; voir les admirables lettres de Ms: Allan-Despréaux, sa Bri-
pleurant d’un rien venu du cæur…., [l’autre] faible, violent, orgueilleux , despotique, fou ; dur, petit, méfiant juqu’à Pin-
gillte d'alors, publiées par M.
Léon Séché, À. de Musset, t. IT.
Elle voyait deux êtres en lui:
«l'an bon, doux, tendre, enthousiaste, plein d'esprit, de bon sens, naif..., sensible, …,
sulte, aveuglément entêté, personnel et égoïste, . blasphé-
smant tout; ©Lorsqu’ une fois il
a enfourché ce cheval du diar ble, il faut qu’il aille jusqu’à ce qu’il se rompe le cou. »
A te NE 1 RER OT er, EU : À en
Elle s’assit et me montra un fauteuil. Je vis l'effort qu’elle
faisait pour parler. Elle était pâle comme la mort; sa voix.
altérée sortait avec peine, et sa gorge se contractait.
« Brigitte ! Brigitte! m' écriai-je, au nom du ciel, ne parlez pas! Dicu m'est témoin que je ne suis pas né tel que vous me croyez ; je n'ai jamais été de ma vie ni soupçonneux ni défiant. On m'’a perdu, on m'a faussé le cœur. Une expérience déplorable m'a conduit dans un précipice, et je n’ai vu, depuis un an, que ce qu’il y a de mal ici-bas. Dieu m'est témoin que jusqu’à ce jour je ne me croyais pas moimême capable de ce rôle ignoble, le dernier de tous, celui d’un jaloux. Dieu m'est témoin que je vous aime, et qu'il n’y à que vous, en ce monde qui puissiez me guérir du passé. Je n’ai eu affaire jusqu'ici qu’à des femmes qui m'ont
trompé ou qui étaient indignes d'amour. J'ai mené la vié
d'un libertin; j'ai dans le cœur des souvenirs qui ne s’en effaceront jamais. Est-ce ma faute si une calomnie !, si l’accusation la plus vague, la plus insoutenable, rencontre aujourd’hui dans ce cœur des fibres encore souffrantes, prêtes à accueillir tout ce qui ressemble à de la douleur? On m'a parlé ce soir d’un homme que je ne connais pas, dont j'ignorais l'existence ; on m’a fait entendre qu'il y avait eu, sur vous et sur lui, des propos tenus qui ne prouvent rien; je ne veux rien vous en demander; j'en ai souffert, je vous l'ai avoué, et c’est un tort irréparable. Mais, plutôt que d'accepter ce que vous me proposez, je vais tout jeter dans le feu. Ah ! mon amie, ne me dégradez pas ; n’en venez pas à vous justifier, ne me punissez pas de souffrir. Comment pourrais-je, au fond du cœur, vous soupçonner de me tromper ? Non, vous êtes belle et vous. êtes sincère; un seul de vos regards, Brigitte, m'en dit plus long que je n’en demande pour vous aimer. Si vous.saviez quelles horreurs, quelles perfidies monstrueuses à vues l'enfant qui est devant vous! Si vous saviez comme on l’a traité, comme on s’est raillé de tout ce qu'il a de bon, comme on a: pris soin de lui apprendre tout ce qui peut mener au doute, à la jalousie, au désespoir! Hélas ! hélas! ma chère maîtresse, si vous saviez qui vous aimez ! Ne me faites point de reproches; ayez le courage de me plaindre; j'ai besoin d'oublier qw’il oxiste d’autres êtres que vous. Qui sait par quelles épreuves, par quels affreux moments de douleur il ne va pas falloir que je passe! Je ne me doutais pas qu'il en püût être