TE ER PAT
…. Quiconque aima jamais porte une cicatrice !; , L Chacun l’a dans le sein, toujours prête à s'ouvrir; Chacun la garde en soi, cher et secret supplice, . Et mieux il est frappé, moins il en veut guérir. Te le dirai-je, à toi, chantre de la souffrance, Que ton glorieux mal, je lai souffert aussi ? ' Qu'un instant, comme toi, devant ce ciel immense, J’ai serré dans mes bras la vie et l’espérance, $ Et qu’ainsi que le tien, mon rêve s’est enfui? Te dirai-je qu’un soir, dans la brise embaumée, -Endormi, eomme toi, dans la païx du bonheur,
Aux célestes accents d’une voix bien-aimée,
J'ai cru sentir le temps s'arrêter dans mon cœur ?? Te dirai-je qu’un soir, resté seul sur la terre, Dévoré, comme toi, d’un affreux souvenir,
Je me suis étonné de ma propre misère,
Et de ce qu'un enfant peut souffrir sans mourir 3? Ah! ce que j'ai senti dans cet instant terrible, Oserai-je m'en plaindre et te le raconter?
Comment exprimerai-je une peine indicible?
Après toi, devant toi, puis-je encor le tenter?
Oui, de ce jour fatal, plein d'horreur et de charmes, Je veux fidèlement te faire le récit; |
Ce ne sont pas des chants, ce ne sont que des larmes, . Et je ne te dirai que ce que Dieu m'a dit,
[Musset fait ensuite le récit de ses souffrances après son amour
-trompé et conclut :
Tes os dans le cercueil vont tomber en poussière,
Ta mémoire, ton nom, ta gloire vont périr, Mais nôn pas ton amour, si ton amour t'est chère : Ton âme est immortelle, et va s’en souvenir.| !
4. Cf. p. 264 « Laisse-la s’élargir cette sainte blessure... » 2. Le Lac :
Un soir, t'en souvient-il? nous vo-
[guions en silence ; ,
On n’entendait au loin, sur l'onde et [sous les cieux, Que le bruit des rameurs’qui frap- [paient en cadence
Tes flots harmonieux.
ss esse.
O temps, suspends ton vol !
L'expression de Musset est trouvée; ce qui n’est chez Lamartine qu’une vaine (et un peu
oratoire) objurgation au temps, devient chez lui une illusion du cœur.
3. Cf. Confession. 1° partie, passim et ch. 7 : « Je me préci- .pitai vers ma fenêtre ouverte.
— Est-ce donc vrai que tu es vide ? criai-je en regardant un grand ciel pâle qui se déployait sur ma tête. Réponds, réponds!
Avantque je meure, ne metirastu autre chose qu’un rêve entre ces deux bras que voici?» C£. passim dans sa Correspondanée : «Mon Dieu, qu’ai-je donc fait pour tant souffrir ! »
Comédie
L'œuvre expliquée
[D'abord Proverbe, dans la REVUE DES DEUX MONDES du 1er juillet 1836 (avec ce second titre : Ou le noué converti ?), cette comédie fut représentée au Théâtre-Français le 22 juin 1848 :
« Je crois, écrivait le poète à son ami Alfred Tattet, le 15 juin, que dans le courant de la semaine prochaine, je vais être exécuté en effigie sur l’échafaud de la rue de Richelieu... Je ne vis que de théâtre, jy passe mes journées... Mes acteurs sont parfaits. C’est un peu vexant, car si je tombe, je n’aurai pas mème la consolation de pester contre les autres. »
L'insurrection fit tort à la pièce : A Tattet, 1er juillet 1848 :
« Au milieu de ces aimables églogues, vous comprenez que le pauvre oncle Van Buck est resté dans l’eau. Il avait pourtant réussi... C'était justement la ‘veille de: l'insurrection; j'avais encore trouvé une salle toute pleine et bien garnie de jolies femmes, de gens d’esprit.… J'ai eu ma soirée. Je l’ai prise, pour ainsi dire, au vol... Le lendemain, bonjour ! acteurs, dirécteur, auteur 3, souffleur, nous avions le fusil au poing, avec le canon pour orchestre, l'incendie pour éclairage et un parterre de vandales Enragés,: 5.9
La pièce fut reprise en 1851.
D'après P. de Musset, « Alfred, enrôlé tour à tour dans les deux bandes joyeuses que dirigeaient son ami Tattet et le prince Béloiojoso », voulut un jour se convaincre que « c'était trop de dissipation... Il mit sa robe de chambre, s’assit dans son fauteuil, et se Chapitra lui-même mieux que ne lPaurait fait un père ou un oncle. De ce dialogue muet sortit la scène entre Valentin et le bonhomme Van Buck » et ensuite, toute la pièce, qui est encore un rêve fait par le poëte, sur la destinée qu’il aurait pu avoir s’il avait rencontré la jeune fille capable de charmer son inconstance, son angoisse, de le coxvertir. À quoi rêvent les jeunes filles, c'était le bon jeune homme,
de Le petit maître corrigé, de LCR p.20; Marivaux. ne 2. M. Larroumet (Marivaux) 3. Musset était dans la garde :
croit retrouver ici un souvenir nationale.
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dont l'amour tremblant a besoin d’être un peu enhardi pour … devenir conquérant ; —.{} ne faut jurer de rien, c’est le roué dont. la fatuité capitule, c’est un athée en amour qui devient croyant. |
Analyse et Extraits :
[Noûüs ne donnons que la dernière scène de cette exquise comédie « œuvre de demi-caractère, à la limite de la fantaisie et de la réalité, lde la poésie et de la prosel. »
Valentin est un. étourdi plein de cœur, qui fait des dettes ; son oncle Van Buck, brave négociant, l'adore, mais il ne se soucie pas d’être ruiné par lui, et il veut absolument le marier, Valentin consent à une entrevue avec Mie Cécile de Mantes, mais à une condition : c'est qu'il arrivera incognito, une heure après l'oncle, lequel aura bien soin de le reconnaître. [1 arrive en effet, mais d’une étrange manière : il a payé le postillon qui le conduit au château de la baronne de Mäntes, pour qu'il le fasse verser dans un fossé. Tumulte : La baronne : «Qu'est-ce que c’est? regardez donc, l’abbë, — Madame... on apporte ici un jeune homme qui semble privé de sen- :timent. — Ah! mon Dieu! un mort qui m'arrive !... » Et voila Valentin « réçu, hébergé, couché dans une belle chambre verte, de la fleur d'orange sur sa table... » C’est alors qu’il révèle à Van Buck son épouvantable dessein, digne d'un Lovelace : séduire Cécile. Il l’épousera s’il échoue; et S'il réussit, la preuve est faite : un homme prudent ne se marie pas. On imagine la suite : Valentin va se sentir pris, son amour-propre se piquera ; 1l ne veut pas admettre que Cécile soit tout simplement une charmante fille; il faut qu'elle soit üne ruse, qui cache son jeu. Et d'ailleurs, il va bien Île prouver; en dépit de l'oncle, qui invoque le ciel, il écrit un billet à Cécile : « .… Si dans la soirée vous pouvez vous échapper, je vous attends; sinon; je me brûle la cervelle. » Le billet est surpris, Cécile est enfermée; mais élle feint de se trouver mal, — labbé ne peut « laisser expirer ainsi une’si charmante personne, » Il ouvre la porte, Elle court au rendez-vous.]
|: SCENE IV Une clairière dans le bois
Entrent CÉCILE er VALENTIN
à AA \ VALENTIN
Qui est 1à? Cécile, est-ce vous ?
% x CÉCILE C’est moi. Que veulent dire ces torches et ces clartés dans la forêt ? ï | ; . # Le. ë 1. ANTOINE BENOIST, Lssais de critique dramatique, p. 106.
Les rs 5 } à * # D PE à
VALENTIN Je ne sais ; qu'importe ? Ce n’est pas pour nous. CÉCILE Venez là, où la lune éclaire !; là, où yous voyez ce rocher. VALENTIN Non, venez là, où il fait sombre; là, sous l’ombre de ces bouleaux. Il est possible qu’on vous cherche, et il faut
échapper aux yeux.
CÉCILE Je ne verrais pas votre visage ; venez, Valentin, obéissez. VALENTIN des
Où tu? voudras, charmante fille; où tu iras, je te suivrai. Ne m'ôte pas cette main tremblante, laisse mes lèvres la
rassurer.
CÉCILE Je n'ai pas pu venir plus vite. Y a-t-il longtemps que
vous m'attendez 7?
VALENTIN
æ Depuis que la lune est dans le ciel; regarde cette lettre trempée de larmes ; c’est le billet que tu m'as écrit,
CÉCILE Menteur! C'est le vent et la pluie qui ont pleuré sur ce
papier.
VALENTIN
Non, ma Cécile, c’est la joie et l'amour, c’est le bonheur et le désir. Qui t'inquiète? Pourquoi ces regards? que
cherches-tu autour de toi ?
CÉCILE C'est singulier! je ne me reconnais pas. Où est votre
oncle ? Je croyais’le voir ici.