Elle est hardie. mais elle est prudente
2, Noter ce tutoiement, qui n’effarouche pas Cécile.
3. Il y a un peu d’embarras sous cette politesse délibérée ; mais aussi elle ne veut pas que Valentin soupçonne qu'elle ait hésité à lui tenir parole, Ce « je n'ai pas pu » est très sincère, et ne manque pas de fierté.
&. & IL y à du cœur dans ces trois lignes, a dit Valentin du billet de Cécile; je ne sais quoi de tendre et de hardi, de virginal et de brave en même temps;
le rendez-vous qu'elle m'’assigne est, du reste, comme son billet. Regardez ce bosquet, ce ciel, ce coin de verdure dans un lieu si sauvage, »
5. Elle a raison, — et du premier coup elle prend l'avantage ; elle ne le perdra plus: Valentin a obéi. KL
6. Il ne fallait pas que Cécile eût l’air trop à son aise dans l'extraordinaire, bien qu’elle s’y AR avec beaucoup d'’es-.
prit.
: 7.,Ce n’est pas sûr; mais il sied qu’elle Pait cru. : |
VALENTIN
Mon oncle est gris de chambertin; ta mère est loin, et tout est tranquille. Ce lieu est celui que tu as choisi, et que
ta lettre m’indiquait,
CÉCILE
Votre oncle est gris? — Pourquoi, ce matin, se cachait-il
dans la charmille 1?
VALENTIN
Ce matin ? où donc? que veux-tu dire ? Je me promenais- |
seul dans le jardin.
CÉCILE
Ce matin, quand je, vous ai parlé, votre oncle était derrière un arbre. Est-ce que vous ne le saviez pas? Je l’ai
vu en détournant l’allée.
VALENTIN
Il faut que tu te sois trompée; je ne me suis aperçu
de rien.
CÉCILE
Oh! je l’ai bien vu’; il écartait les branches; c'était peut-
y être pour nous épier.
VALENTIN
Quelle folie! tu as fait un rêve. N’en parlons plus. Donne-
moi un baiser.
CÉCILE
Oui, mon ami, et de tout mon cœur; asseyez-vous là près de moi. — Pourquoi donc, dans votre lettre d'hier, avez-vous dit du mal de ma mère?
VALENTIN
Pardonne-moi : c’est un moment de délire, et je n'étais
pas maître de moi.
1. Elle n’insiste pas sur ce détail de l’oncle gris! C’est des allures de Valentin qu’elle est curieuse,
2, Elle est bien plus fine qu’il n’estadroit. C’est cela, avec tant de candeur, qui le surprend, le charme et commence à le faire douter de sa science du cœur féminin.
3. Comment tant d’innocence, une telle confiance en sa loyauté ne ferait-ellé pas réfléchir ce
roué, qui à lui-même le cœur bon, s’il a la tête folle.
4, Acte If, scène 2 ; La baronne achève de lire le billet de Valentin : « Je ne crois pas que votre mère... » Ah! que votre mère ? voyons un peu cela, « fasse grande attention à vous.
Elle a une tête de gir...» — Monsieur Van Buck, qu'est-ce que cela signifie ? — Je n’ai pas en-
tendu, Madame. — Lisez vous- *
même...— Il y a girouetle, c'est
positif,
& | se \ ve ra ‘ K | i 4 L 2 La t 390 ALFRED DE MUSSET NU CÉCILE /
Elle m'a demandé cette lettre, eêt je n’osais la lui montrer ; je savais ce qui allait arriver. Mais qui est-ce donc qui l'avait avertie!? Elle n’a pourtant rien pu deviner; la lettre était là, dans ma poche.
VALENTIN
Pauvre enfant ! on t’a maltraitée ; c’ést ta femme de chambre qui t’aura trahie. À qui se fier en pareil cas? CÉCILE Oh non! ma femme de chambre est sûre? ; il n’y avait que faire de lui donner de l'argent. Mais en manquant de respect pour ma mère, vous deviez penser que vous en manquiez pour moi.
VALENTIN
N’en parlons plus, puisque tu me pardonnes. Ne gâtons pas un si précieux moment. O ma Cécile! que tu es belle, et quel bonheur repose en toi! Par quels serments, par quels trésors puis-je payer tes douces caresses ? Ah! la vie n’y suflirait pas. Viens sur mon cœur; que le tien le sente battre, et que ce beau ciel les emporte à Dieu!
CÉCILE
Oui, Valentin, mon cœur est sincère. Sentez mes cheveux comme ils sont doux; j'ai de l'iris de ce côté-là{, mais je n’ai pas pris le temps d'en mettre de l’autre. — Pourquoi donc, pour venir chez nous, avez-vous caché votre nom°?
VALENTIN
Je ne puis le dire : c’est un caprice, une gageure que
j'avais faite.
; à CÉCILE Une gageure! Avec qui donc?
VALENTIN Je n’en sais plus rien6. Qu’importent ces folies?