Pâle == pâlis par la lune
de même changeant n’est pas
une épithète de nature ; les lueurs mêlées de la lune et des flambeaux répandentsurlemarbre des nuances mobiles.— Musset met de la vie partout : plus tard, Baudelaire aimera représenter des décors, et même-des paysages figés dans une splendeur immobile ; au contraire les romantiques animent les matières qui semblent les plus réfractaires à la vie. La lumière est pour Musset une magie. Voyez - comme l'atmosphère de cette
chambre est vivante de couleur et de mélodie:
3. ViGny : Dolorida : « Quand la lune apparaît, quand ses gerbes d'argent — Font pâlir les lueurs du feu rose et changeant ; — Les deux clartés à l'œil offrent partout leurs -pièges; —,Cares-
. sent mollement le velours bleu des sièges... Et sur un lit d'azur .
une beauté couchée. »
4. N'oublions pas que le poète se donne pour un conteur d’occasion,narrant à ses camarades une histoire tragique, pour les mettre en garde contre la pertidie féminine.
5. Tout le monde connaît l’histoire de la pantoufle de yair, ou de verre, de Cendrillon. La Cenerentola de Rossini avait encore donné un renouveau à ce vieux conte, que Perrault avait si joliment traité.
6. Cf. L’Andalouse : Cest à moi son beau col qui penche — Quand elle dort dans son boudoir, — Et sa basquina sur sa hanche, — Son bras dans sa mitaine blanche, — Son pied dans son brodequin noir!»
64 Le ALFRED DE MUSSET
Don Paez, l’arme au bras, est sur les arsenaux ; Seul, en silence, il passe au revers des créneaux ; -On le voit comme un point ; il fume son cigare En route, et d’heure.en heure, au bruit de la fanfare, - Il mêle sa réponse au qui-vive effrayant Que dés lansquenets gris s’en vont partout criant. Près de lui, çà et là, ses compagnons de guerre, | Les uns dans leurs manteaux s’endormant sur la terre, D’autres jouant aux dés. — Propos, récits d’amours, Et le vin (comme on pense), et les mauvais discours N'y manquent pas. — Pendant que l’un fait, après boire, Sur quelque brave fille une méchante histoire, L'autre chante à demi, sur la table accoudé.
Celui-ci, de travers examinant son dé,
A chaque coup douteux grince dans sa moustache. :
Celui-là, relevant le coin de son panache, 2
Fait le beau parleur, jure ; un autre, retroussant
Sa barbe à moitié rouge, aiguisée en croissant,
Se verse d’un poignet chancelant, et se grise
A la santé du roi, comme un chantre d'église. Pourtant un maigre suif, allumé dans un coin, Chancelle sur la nappe à chaque coup de poing, Voici donc qu'au milieu des rixes, des injures, Des bravos, des éclats qu’allument,les gageures, L'un d’eux : « Messieurs, dit-il, vous êtes gens du roi, Braves gens, cavaliers volontaires. — Bon. — Moi,
Je vous déclare ici trois fois gredin et traître,
Celui qui ne va pas proclamer, reconnaître, : Que les plus belles mains qu’en ce chien -de pays
On puisse voir encor de Burgos à Cadix,
Sont celles de doña Cazalès, de Séville, = Laquelle est ma maîtresse, au dire de la ville!»
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1. On pourra comparer cette scène avec celles de Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX, au début et passim. Musset, qui admirait l’art de P. Mérimée (v. comment il le caractérise, Dédicace de La “Coupe et les Lèvres,. p. 127), a voulu écrire à sa manière une scène haute en-couleur et d’une sobriété mordante. NE pas perdre de vue, toutefois, qu’au
moment où parut la Chronique
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(1829), Musset avait peut-être mis la dernière main à Don Paez.
(V. p.62, n.1.) D’après Sainte- Beuve (1833, v. Portraits contemporains, F), « Un Mathurin Regnier, qui lui tomba sous la main, lui ouvrit une copieuse veine de style franc et nourrissant, qu'il versa sans tarder sur la scène du corps de garde
et du cabaret borgne dans Don Paez.» (Sur Regnier et Musset cf. p. 475 et sqq.) | Î