DON PAEZ
Glissant aux trèfles gris de l’ogive espagnole!, £
Sur les pâles velours et le marbre changeant?
Mêlait aux flammes d’où ses longs rayons d’argent3.
Si bien que, dans le coin le plus noir de la chambre, Sur un lit incrusté de bois de rose et d’ambre,
En y regardant bien, frère, vous auriez pu,
Dans l’ombre transparente, entrevoir un pied nu.
.— Certes, l'Espagne est grande, et les femmes d’Espagne Sont belles ; mais il n’est château, ville, ou campagne, Qui, contre ce pied-là, n’eût en vain essayé
(Comme dans Cendrillon?) de mesurer un pied.
IL était si petit, qu’un enfant l’eût pu prendre | Dans sa main. — N’allez pas, frère, vous en surprendre; La dame dont ici j’ai dessein de parler Te
. Etait de ces beautés qu’on ne peut égaler:
Sourcils noirs, blanches mains, et pour la petitesse
De sés pieds, elle était Andalouse, et comtessef,
[Scène d'amour. L'heure de la garde sonne pour don Paez. Il s’en va dans a nuit profonde et douce, en révant et faisant sonner ses épe-
rons d’or.]
1. Le charme nocturne des architectures espagnoles éclairées par la lune avait déjà été évoqué par Chateaubriand, Les aventures du dernier Abencérage :
« Ses blancs rayons dessinaient sur le gazon des parterres, sur les murs des salles, la dentelle d’une architecture aérienne, les -cintres des cloîtres ,; l’ombre mobile des éaux jaillissantes et celle des arbustes balancés par le zéphyr.» Musset mêle sa sensualité aux images de rêverie voluptueuse que lui a laissées la lecture de Chateaubriand.