Ce n’est que par orgueil
qu’il serait hdelé son sérment. :
L'œuvre expliquée
[Musset venait d'achever La Nuit d’Août lorsque je ne sais quel roman à la mode lui tomba sur la main, remarquable par l'abus des adjectifs. D’où une première lettre à Buloz sur Pabus des adjectifs. Ce fut Poccasion qui déclencha sa verve satirique: il avait très spontanée et abondante Ker Introduction, p. 47, et patte ne 6). 4
Il emprunta à Stendhal les pseudonymes de Dupuis et Cotonet, sous lesquels l’auteur de Racine el Shakespeare avait, fait paraître divers articles. Cet emprunt valut à Stendhal quelques compliments de lecteurs qui avaient cru reconnaître, parmi les propos des deux RARE de La Ferté-sous- Jouarre, son trait de plume. :
La première lettre, ditée du 3 septembre 1836, traite du romantisme. M. Gustave Michaud (PAGES DE CRITIQUE, L'idée -du romantisme en 182$) remarque, sans affitmer qu’il y ait eu imitation de la part de Musset, une ressemblance générale éntre le tableau tracé par Musset du romantisme, et certain article de Desprès, Du romantique considéré histor iquement, paru dans Le Globe du 1er octobre 1825.]
Analyse et rm
[Deux bons bourgeois de La Ferté-sous-Jouarre essaient de. se retrouver au milieu des discussions soulevées par le romantisme. Ce ne sont pas des niais comme le seront plus tard les Bouvard et Pécuchet de Flau- . bert; ils ont, avec un air de naïveté désemparée, tout l’ esprit de Mussér, Cette page-ci LES qu’ils sont d'excellents observateurs]:
| Les engouements romantiques. |
Nous crümes; jusqu’en 1830, que le romantisme était Pimitation des Allemands, et nous y ajoutâmes les Anglais, sur le conseil qu’on nous en donna. Il est incontestable, en effet, que ces deux peuples ont dans leur poésie un
Cf. Nos Morceaux choisis de Balzac, p. 275.
caractère particulier. et qu'ils ne ressemblent ni aux Grecs, ni aux Romains, ni aux Français. Les Espagnols nous embarrassèrent, car ils ont aussi leur cachet, et il était ” clair que l’école moderne se ressentait d'eux terriblement.
Les romantiques, par exemple, ont constamment prôné le
Cid de Corneille, qui est une traduction presque littérale d'une fort belle pièce espagnole. A ce propos, nous ne savions pas pourquoi ils n’en prônaient pas aussi bien quelque autre, malgré la beauté dé celle-là ; mais, à tout prix, c'élait une issue qui nous tirait du labyrinthe. « Mais, disait encore Cotonet, quelle invention peut-il y avoir à naturaliser une imitation ? Les Allemands ont fait des ballades ; nous en faisons, c’est à merveille; ils aiment les
spectres, les gnomes, les goules, les psylles, les vampires,
les squelettes, les ogres, les cauchemars, ,les rats, les aspioles, les vipères, les sorcières, lé sabbat, Satan, Puck, les mandragores ; enfin cela leur fail plaisir; nous les
imitons ei en disons autant, quoique cela nous régale
médiocrement; mais je l’accorde. D'autre part, dans leurs romans, on se tue, on pleure, on revient, on faii-des phrases longues d’une aune, on sort à tout bont de champ du bon sens et de la nature; nous les copions, il n’y a rien de mieux. Viennent lés Anglais par là-dessus qui passent le temps et usent leur cervelle à broyer du noir dans un
pot ; toutes leurs poésies, présentes et futures, ont été.
résumées par Gœthe dans cette simple et aimable phrase :
« L’expériénce et la douleur s'unissent pour guider Fhomme
à travérs cette vie et le conduire à la mort. » C’est assez faux, et même assez sot, mais je veux bien encore qu'on s’y plaise. Buvons gaiement, avec l’aide de Dieu et de notre
bon tempérament français, du sang de pendu dans la chau-
dière anglaise. Survient l'Espagne, avec ses Castillans,
qui se coupent la gorge comme on boit un verre d’eau, ses
Andalouses qui font plus vite enCore un petit métier moins dépeuplant, ses taureaux, ses toréadors, maladors, etc...
’ , Le) Ré | : ; jy souscris. Quoi enfin? Quand nous aurons tout imité,
copié, plagié, traduit et compilé, qu'y a:t-il de romantique? Il n’y à rien de moins Duran sous le ciel que de compiler
et de plagier. » \
[Après beaucoup de raisonnements, de. tribulations et d'enquêtes, Dupuis et Cotonet se décident à aller consulter certain grand. flandrin, clerc d’avoué, tranchant sur tout, ayant l'air de se connaître à tout, « dégoûté de la vie et blasé sur l'amour », enfin une autorité. Et voici le dialogue qui s'engage : Cotonet a osé dire que le romantisme n’était qu un plagiat : « C’est honteux, Monsieur, c’est avilissant. La France n’est ni anglaise ui allemande... K
F1G. 44. — Pégase romantique. (B.N.E.)
L’analogie est frappante entre ces deux caricatures du romantisme, l’une dessinée par un artiste anonyme, l’autre développée par Musset. La devise de la gravure :
Rien n’est beñu que le laid, le laid seul est aimable
et plusieurs de ses détails grotesques fournissent de curieux rapprochements avec la définition de Cotonet (p. 368).
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F1G, 45. — Déclaration d’un romantique. (B.N.E.)
L’analogie est encore plus précise et amusante entre la lettre d'amour romantique, imaginée par Musset (p. 370) et la déclaration romantique du caricaturiste. Voici en effet la légende que porte la gravure :
Ne ferai-je jamais, pour moi beauté trop cru-
-elle, un jour seulement chanceler ta vertu ;
pourtant rien de boiteux dans l’amour qui m'accable- -ra si tu ne veux devenir plus traitable.
Cessant toute rigueur jette un regard de pi-
-lié, qu'une fois au moins je te dise merci.