Idée de la Comédie humaine
reste, les femmes faciles l’ennuient, mais qu'il a fait une folie, une vraie folie, et, que voulez-vous! il a été entrainé,
et il a acheté, en passant à Saint-Cloud, une maison de
campagne et une forêt !.
Le peintre Vincent est un autre homme?, un chagrin mortel le dévore: il est profondément méconnu; les jouraux le maltraitent, le public n’est qu'une brute, ses confrères sont envieux, sa servante elle-même est son ennemie. Il a pourtant exposé un paysage représentant trois femmes du temps de Louis XHI, passant en gondole dans le parc de Versailles; son cadre avait quatre pouces en hauteur êt plus de trois pieds de large, et le gouvernement nè l'a pas ‘acheté. On lui a commandé, : il est vrai, un tableau pour, une église de province, et ce tableau, fait en conscience, a recu quelques éloges; mais qu’a-t-on loué? Précisément ce qui n’a aucun mérite, des pieds, des mains, de vils contours! La pensée profonde de l'artiste n’a même pas été entrevue; car cé n’est rien que de regarder une toile, et de dire : « Voilà qui est bien dessiné. » Un écolier en serait
juge. Le beau, le sublime, ce n’est pas le tableau,.c’est ce
que le peintre pensait en le faisant, c'est l’idée philosophique qui l’a guidé, c’est l'incalculable suite de méditations thépsophistiques qui l’ont amené, décidé et contraint à faire un nez rétroussé plutôt qu'un nez aquilin, et un rideau amarante plutôt qu’ un cramoisi. Voilà la grande question dans les arts; mais nous vivons dans la barbarie. Un seul journaliste a ‘saisi la chose, entre mille ; un seul a touché la corde $ensible ; et il a dit, dans son ‘feuilleton, que la
descente de croix du peintre Vincent était le Requiem de’
Mozart, combiné avec les Lettres d'Euler et la Vie de saint Polycarpe.
La femme romantique *.
Le Quel est ce visage au coin de ce triste feu? À qui ce front pâle et ces mains fluettes ? Que cherchent ces yeux * mélancoliques qui semblent éviter les miens ? Est-ce vous que je vois, pauvre Julie ? Qu’y a-til donc? qui vous agite
ainsi ? Vous êtes jeune, belle et riche, et votre amant.
4. Acquisition des Jardies, à ! et qui voulais mettre beaucoup Sèvres, par Balzac. de philosophie dans sa peinture.
2. Je ne pense pas que Musset | Cf. certain peintre, dans l’£dudésigne ici personne. Quelques cation sentimentale de Flaubert. traits conviendraientau peintre. 3. V. MaicroN : Le romantisme Shenañard;e - quiétaitsonami,- | ef les mœurs.
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vous est fidèle; votre esprit, votre cœur, votre rang dans le monde, l'estime qu'on y professe pour vous, tout vous
rend la vie aisée et riante ; que viennent faire les larmes
- dans cette chambre, où nul jaloux ne vous surveïlle, où le bonheur s’enferme sans témoins ? Avez-vous perdu un parent ? Est-ce quelque affaire qui vous inquiète ? Vos amours sont-ils menacés? N’aimez-vous plus ? n’êtes-vous plus aimée ? Mais non, le mal vient de vous seule, et il ne
faut accuser personne. Comment se fait-il qu'avec tant’
d'esprit vous soyez prise d’une manie si funeste ? Est-ce bien vous qui, d’un sentiment vrai, faites une exagération ridicule ét le malheur de ceux qui vous entourent ? Estce vous qui changez l’amour en frénésie, les querelles passagères en scènes à la Kotzebue!, les billets doux en lettres à la Werther?, et qui parlez de vous empoisonner
quand votre amant est un jour sans venir ? Quelle abomi-
nable mode est-ce là, et de quoi $’avise-t-on aujourd’hui ? Croyez-vous donc qu'ils peignent rien d’humain, ces livres absurdes dont on nous inonde, et qui, je le sais, irritent vos nerfs malades ? Les romanciers du jour vous répétent que les‘vraies passions sont en guerre avec la société, et que, Sans -ce86e faussées et contrariées, elles ne mènent qu’au désespoir. Voilà le thème qu'on brode sur tous les tons. Pauvre femme! le monde est si peu en guerre avec ce qu’on appelle les vraies passions, que sans lui elles n’existeraient pas. C’est lui qui les excite et les crée; ce sont les
obstacles qui les. échauffent, c’est le danger qui les rend
vivaces, c’est l'impossibilité de les satisfaire qui les immortalise quelquefois. La nature n’a fait que des désirs, c'est. la société qui fait des passions ; et, sous prétexte d’en appeler à la nature, ces passions déjà si ardentes, on veut encore
les outrer et les prendre pour levier, afin de renverser lés
bases:de la société ! Quelle fureur et. quelle folie ! ne sauraitil y avoir rien de bon, qu’on n’en fasse une caricature ?
Vous riez du phébus amoureux de la cour de Louis XIV, et ! vous vous indignez des frivoles intrigues de la Régence ! Que
Dieu me pardonne, j'aime mieux entendre appeler l'amour un goûl, comme sous Louis XV, et voir ma maitresse fraîche
et joyeuse avec-une rose sur l'oreille, que de parler de vraie
passion, comme aujourd'hui, et de vivre de ed d’angoisses, et qe menaces de mort. AE Ait *
. 4. On avait beaucoup joué, à | pentir, et les Deux Frères: Paris, deux drames de Kotzebue 2. Sur Goethe dans l’œuvre de (1761-1809) : Misanthropie et re- Musset, cf. p.191, n.3, et passim.