‹ Morceaux choisisChapitre 341 sur 439 · DIR DAMON · texte numérisé non relu

DIR DAMON

Sont si lentes à s’effacer !

Oublie, enfant, et de ton âme Chasse le nom de cette femme, Que je ne veux pas prononcer.

BE POÈTE

Honte à toi qui la première !

M'as appris la trahison,

Et d'horreur et de colère M'as fait perdre la raïson!

: Honte à toi, femme à l’œil sombre, Dont les funestes amours Ont enseveli dans l’ombre Mon printemps et mes beaux jours!

C’est ta voix, c’est ton sourire, C’est ton regard corrupteur, Qui m'ont appris à maudire Jusqu'au semblant du bonheur ;

ke C’est ta jeunesse et tes charmes Qui m'ont fait désespérer, Et si je doute des larmes, C’est que je t'ai vu pleurer.

Honte à toi, j'étais encore Aussi simple qu’un enfant; Comme une fleur à l’aurore, Mon cœur s’ouvrait en t’aimant?.

Certes, ce cœur sans défense Put sans peine être abusé ; Mais lui laisser l'innocence

1. Sur ce changement de mètre, v. Maurice Grammont: Le Vers français, ses moyens d’expression, son harmonie, p. 145

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toute cette Nuit au point de vue rythmique) : Pour exprimer limprécation, Musset a pris le vers de sept syllabes « et ce choix est: bien caractéristique de la part d’un poète qui n’a jamais employé ce mètre qu’une autre lois (Le Rideau de ma Voisine)... Ce vers est merveilleu-

sement propre à exprimer des

imprécations,... parce qu'il est par excellence dans notre versitication le vers boiteux et sau-

, tillant et qu’il saccade les idées Ha lui fait exprimer...» — Ici

Iusset mêle le souvenir de. G,

Sand à celui de sa première douleur. -

2. Cf. Nuit d'Août, p. 364, n. 2, et Confession, I, 4 : Octave a l’esprit rongé de scepticisme ; mais «sur cette ruine il y avait quelque chose de bien jeune encore:

. c'était l’éspérance de mon cœur,

qui n’était qu'un enfant. Cette espérance, que rien n'avait flétrie ni corrompue, et que l’amour avait exaltée jusqu’à lexcès, venait tout à coup de recevoir une blessure mortelle, La

erfidie de ma maîtresse l'avait rappée au plus haut de son vol, et, lorsque j’y pensais, je me sentais dans l’âme quelque chose qui défaillait convulsivement, comme un oiseau blessé qui agonise »,

' de 4 4 7 , :

Etait encor plus aisé.

Honte à toi ! tu fus la mère De mes premières douleurs, Et tu fis de ma paupière Jaillir la source des pleurs !

Elle coule, sois-en sûre,

Et rien ne la tarira ; 4 Ælle sort d’une blessure / Qui jamais ne guérira ;

Mais dans cette source amère

Du moins je me laverai, Et j'y laïsserai, j'espère, Ton souvenir abhorré!

LA MUSE

Poète, c'est assez. Auprès d’une infidèle,

Quand ton illusion-n’aurait duré qu’un jour, N'outrage pas ce jour lorsque tu parles d'elle;

Si tu veux être aimé, respecte ton amour.

Si l'effort est trop grand pour la faiblesse humaine De pardonner les maux qui nous viennent d'autrui, Épargne-toi du moins le tourment de la haine ;

A défaut du pardon, laisse venir l'oubli.

Les morts dorment en paix dans le sein de la terre : Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints. »« Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière ;

Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains!. Pourquoi, dans ce récit d’une vive souffrance,

Ne veux-tu voir qu’un rêve et qu’un amour trompé ? Est-ce donc sans motif qu’agit la Providence ?

Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t’a frappé??. Le coup dont tu te plains t’a préservé peut-être, Enfant ; car c’est par là que ton cœur s’est ouvert. L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert 3.

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