‹ Morceaux choisisChapitre 340 sur 439 · Au début de la Nuit d’ Août, la Muse se comparaît à « une · texte numérisé non relu

Au début de la Nuit d’ Août, la Muse se comparaît à « une

Je

veuve en pleurs au tombeau d’un énfant. »

3. Biographie : « Pendant les deux années 1537. et 1838, il travailla sans fiévre, sans surexcitation... Il restait volontiers enfermé au milièu de ses livres. » Musset a dit plus souvent que l’amour seul est Ie vie : il était ingrat pour la studieuse solitude, qui remplit Pâme et ne laisse pas de regrets.

4. Ge mot dit tout : la pensée qui se recueille enveloppe toutes choses dans sa paix,

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Vous saurez tout, et je vais vous conter Le mal que peut faire une femme ; Car c’en est une, à mes pauvres amis, (Hélas ! vous le saviez peut-être !) C’est une femme à qui je fus soumis Comme le serf l’est à son maître.

Joug détesté! c’est par là que mon cœur Perdit sa force et sa jeunesse? ; — Et cependant, auprès de ma maîtresse, J'avais entrevu le bonheur.

Près du ruisseau, quand nous marchions ensemble,

. ] L Le soir, sur le sable argentin,

Quand devant nous le blanc spectre du tremble De loin nous montrait le chemin ; Je vois encore, aux rayons de la lune, Ge beau corps plier dans mes bras...

N’en parlons plus :.. — je ne prévoyais pas Où me conduisait la-Fortune.

Sans doute alors la colère des dieux Avait besoin d’une victime Car elle m'a puni comme d’un crime D’avoir essayé d’être heureux.

LA MUSE

L'image d’un doux souvenir :

4. Cette apostrophe n’est pas négligeable ; en délicat épicurien qu'il était, Musset faisait de l’amitié une vertu charmante, et une manière de multiplier et d’adoucir ses peines par la confidence.

2. Cruelle invective, qui demande à être atténuée par ce passage de la Confession (V..5), écrite dans de tout autres dispositions (v. /ntroduction, p.32):

« Voir, savoir, douter, fureter, m'inquiéter et me rendre misérable, passer les jours l’oreille au guet, et la nuit me noyer de larmes, me répéter que j'en mourrais de douleur, et croire que j'en avais sujet, sentir l’isoklement et la faiblesse déraciner l'espoir dans mon cœur, m'imaginer que j'épiais, tandis que je n’écoutais dans l’ombre

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évreux.,., voilà quelle était ma jouissance, la chère occu-

e battement de mon pouls

pation pour laquelle je renon çais à l’amour, à l'air du ciel, à la liberté! » à

3. Comme il faut peu de mots à Musset pour-évoquer un paysage, sensible aux yeux et au cœur. Celui-ci est un de ceux qui hantent sa vie intérieure (voir vers cités Zntroduction).

Cf. George Sand, Préface de La.

dernière Aldini (1853) ; à son

tourelle se rappelle les promenades nocturnes dans la forêt de Fontainebleau, dont le souvenir inspire Musset : « J’ai rêvé, en me promenant à travers la forêt de Fontainebleau, tête à têle avec mon fils, à toute autre chose qu’à ce livre... Et il m'est impossible de dire pourquoi mon esprit s’en allait le soir à Venise. »

4, Notions qui reviennent à Musset de son vieux fonds classique.

; Vient de s'offrir à ta pensée. .

Sur la trace qu'il a laissée Pourquoi crains-tu de revenir ?

Est-ce faire un récit fidèle Que de renier ses beaux jours ? + Si ta fortune fut cruelle, à Jeune homme, fais du moins comme elle, Souris à tes premiers amours.

LE POÈTE

Non, — c'est à mes malheurs que je prétends sourire. Muse, je te l’ai dit: je veux, sans passion,

Te conter mes ennuis, mes rêves, mon délire,

Et t’en dire le temps, l’heure et l’occasion. C'était, il m’en souvient, par une nuit d'automne Triste et froide, à peu près semblable à celle-ci ; Le murmure du vent, de son bruit monotone, Dans mon cerveau lassé berçait mon noir souci! J'étais à la fenêtre, attendant ma maitresse; | Et, tout:en écoutant dans cétte obscurité,

Je me sentais dans l’âme une telle détresse,

Qu'il me vint le soupçon d’une infidélité.

La rue où je logeais était sombre et déserte? ; \ Quelques ombres passaient, un falot à la main ; Quand la bise soufflait dans la porte entr'’ouverte, On entendait de loin comme un soupir humain.

Je ne sais, à vrai dire, à quel fâcheux présage Mon esprit inquiet alors s’abandonna.

Je rappelais en vain un reste de courage,

Et me sentis frémir lorsque l'heure sonna.

Elle ne venait pas. Seul, la tête baissée,

. Je regardai longtemps les murs et le chemin, —

Ei je ne t’ai pas dit quelle ardeur insensée

-4, Observer comment le poète, qui s’est cru maître de ses souvenirs, et d'évoquer avec sérénité les images de sa souffrance, peu à peu est vaincu par elles, et succombe à l’hallucination. | 2. Cf. Lettre à Lamartine; la nuit, en février, « dans une rue obscure et tortueuse », tandis que passent de vagues ombres, sous la lueur des « blafardes lanternes », Musset se représente « à travers cette honte et cette obscurité »;, regardant

« comme une étoile au ciel, la tremblante clarté » que met sur une fenêtre close la « lampe chérie » de l’infidèle : « Lamartine, C’est là, dans cette rue obscure, — Assis sur une borne, au fond d’un carrefour, — Les deux mains sur mon cœur, et serrant ma blessure, — Et sentant y saigner un invincible amour, — … C’est là, le croiras-

- tü ? chaste et noble poëte, —

Que de tes chants divins je me suis souvenu., » — Même scène dans la Confession, I, 9.

M2 ( ALFRED DE MUSSET ÿ

Cette inconstante femme allumait en mon sein !;

Je n’aimais qu'elle au monde, et vivre un jour sans elle Me semblait un destin plus affreux que la mort.

Je me souviens pourtant qu’en cette nuit cruelle

Pour briser mon lien je fis un long effort. ÿ rs Je la nommai cent fois perfide et déloyale,

Je comptais tous les maux qu’elle m'avait causés. Hélas ! au souvenir de sa beauté fatale, F3 Quels maux et quels chagrins n'étaient pas apaisés2! Le jour parut enfin. — Las d’une vaine attente, Sur le bord du balcon je m'étais assoupi ;

Je rouvris la paupière à l’aurore naissante,

Et je laissai-flotter mon regard ébloui.

Tout à coup, au détour de l’étroite ruelle,

J'entends sur le gravier marcher à petit bruit.

Grand Dieu! préservez-moi ! je l’aperçois, c'est elles Elle entre. — D'où viens-tu ? qu’as-tu fait cette nuit ? Réponds, que me veux-tu ? qui t’amène à cette heure ?

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Perfide ! audacieuse ! est-il encor possible Que tu viennes offrir ta bouche à mes baisers ?

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Va-t’en, retire-toi, spectre de ma maîtresses!

Rentire dans ton tombeau, si tu t’en es levé;

Laisse-moi pour toujours oublier ma jeunesse,

Et, quand je pense à toi, croire que j'ai rêvé! LA MUSE

Apaise-toi, je t’en conjure ; Tes paroles m'ont fait frémir.

O mon bien-aimé ! ta blessure Est encor prête à se rouvrir. , A GA Hélas ! elle est donc bien profonde ?

Et les misères de ce monde

. 4. Confession, I, #: « Jen’avais vécu que par cette femme ; douter d’elle, c'était douter de tout; la maudire, tout renier ; la perdre, tout détruire... »

2, Il y'a dans ces quatre vers une pureté sculpturale ; c’est l’accent de la Phedre de Racine.

Is pourraient passer, intacts, dans une tragédie classique.

LAS DA PE ae «Enfin, que fait-elle ? me disais-je. Elle en aime un autre ? Aimons-en donc une autre aussi. Qui aimer ? »

Et, tout en cherchant, j’enten dais comme une voix lointaine qui me criait : « Toi, une autre que moi !.. Est-ce que c’est possible ? Est-ce que tu es fou ? »

3. Cf. Confession, L, 2: « Vers le milieu de la nuit, comme je dormais d’un sommeil agité, il me sembla dans un rêve entendre un profond soupir. J’ouvris les yeux et vis ma maîtresse debout près de mon lit, les bras croisés, pareille à un spectre.

Etc...»

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