SANT
On me dit cependant qu’une joie infinie
Altend quelques élus. — Où sont-ils, ces heureux?
Si vous m'avez trompé, me rendrez-vous la vie 1?
Si vous m'avez dit vrai, m'ouvrirez-vous les cieux ? Hélas! ce beau pays dont parlaient vos prophètes ?, S'il existe là-haut, ce doit être un désert. = ) Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites, Et quand leur joie arrive, ils en ont trop souffert.
Je suis seulement homme, et ne veux pas moins être,
Ni tenter davantage. — A quoi done m'arrêter ?
Puisque je ne pus croire aux promesses du prêtre, Est-ce l’indifférent que je vais consulter ?
Si mon cœur, fatigué du rêve qui l’obsède,
A la réalité revient pour s’assouvir,
Au fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide Je trouve un tel dégoût, que je me sens mourir#, Aux jours même où parfois la pensée est impie,
- Où l’on voudrait nier pour cesser de douter,
Quand je posséderais tout ce qu’en cette vie Dans ses vastes désirs l’homme peut convoiter; Lonnez-moi le pouvoir, la santé, la richesse, L'amour même, l’amour, le seul-bien d’ici-bas ! Que la blonde Astarté5, qu'idolâtrait la Grèce;
* De ses îles d'azur sorte en m'ouvrant les bras;
Quand je pourrais saisir dans le sein de la terre Les secrets éléments de sa fécondité, ‘Transformer à mon gré la vivace matière,
Et créer pour moi seul une unique beauté 6;
{. On eonnaît l'argument du pari de Pascal; il soutenait que ‘homme a beaucoup plus à gagner qu’à perdre, en croyant, en réglant sa vie sur la certi- .tude d’une vie future. Musset, qui aime passionnément la vie, n'entre pas du tout dans l’ar-
gument de Pascal. - 2. La terre promise. Il fallait,
pour y atteindre, dit saint Paul
(Ep. aux Hébr., XI, 8), marcher, comme Abraham, «sans savoir où ». Conseil perpétuellement repris et commenté par Fénelon dans ses lettres de direction. Cf.
Lamartine, qui se résignait à cette obscurité:«Jemarchedans lanuitparunchemin mauvais,— Ignorant d’où je viens, incertain où je vais. — Gloire à toi!»