CF. Le Saule, p
Mais déjà vers les monts je te vois t'a-
[baisser ; Tu fuis en souriant, mélancolique amie, Et ton {remblant regard est près de
‘fs'effacer. |
Noter que cette même expression (tremblant regard, ton regard tremble encore) enchâs-
sée dans deux ensembles différents, prend aussi deux valeurs :
très différentes ; le Saule peignait le déclin de la pdle étoile du soir, le Souvenir peint le le-
ver de la lune qui s’'épanouit au .
ciel. Mélancolique amie éveille l’idée d’une lueur qui s’efface; — belle reine des nuits évoque une ascension triomphale.
SOUVENIR
* Ainsi de cette terre, humide encor de pluie, * Sorlent, sous tes rayons, tous les parfums du jour: Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie
Sort mon ancien amour 1.
Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?
Toul ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant ; Et rien qu’en regardant celte vallée amie,
Je redeviens enfant,
O puissance du temps ! à légères années ! ; Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets ;
Mais lé pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées
Vous ne marchez jamais.
Tout mon cœur te bénit, bonté consolatrice !: Je n'aurais jamais cru que l’on püt tant souffrir D'une telle blessure, et que sa cicatrice
Füt si douce à sentir.
Loin de moi les vains mots, les frivoles pensées, Des vulgaires douleurs linceul accoutumé, Que viennent étaler sur leurs amours passées
Ceux qui n’ont point aimé !
Dante, pourquoi dis-tu qu'il n’est pire misère
Qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur ??
Quel chagrin La diclé cette parole amère, Cette offense au malheur ?
En est-il donc moins vrai que la lumière existe,
Et faut-il l'oublier du moment qu’il fait nuit ?
Est-ce bien toi, grande âme immortellement triste,
Est-ce toi qui l'as dit ?