‹ Morceaux choisisChapitre 383 sur 439 · CF. Le Saule, p · texte numérisé non relu

CF. Le Saule, p

Mais déjà vers les monts je te vois t'a-

[baisser ; Tu fuis en souriant, mélancolique amie, Et ton {remblant regard est près de

‘fs'effacer. |

Noter que cette même expression (tremblant regard, ton regard tremble encore) enchâs-

sée dans deux ensembles différents, prend aussi deux valeurs :

très différentes ; le Saule peignait le déclin de la pdle étoile du soir, le Souvenir peint le le-

ver de la lune qui s’'épanouit au .

ciel. Mélancolique amie éveille l’idée d’une lueur qui s’efface; — belle reine des nuits évoque une ascension triomphale.

SOUVENIR

* Ainsi de cette terre, humide encor de pluie, * Sorlent, sous tes rayons, tous les parfums du jour: Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie

Sort mon ancien amour 1.

Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?

Toul ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant ; Et rien qu’en regardant celte vallée amie,

Je redeviens enfant,

O puissance du temps ! à légères années ! ; Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets ;

Mais lé pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées

Vous ne marchez jamais.

Tout mon cœur te bénit, bonté consolatrice !: Je n'aurais jamais cru que l’on püt tant souffrir D'une telle blessure, et que sa cicatrice

Füt si douce à sentir.

Loin de moi les vains mots, les frivoles pensées, Des vulgaires douleurs linceul accoutumé, Que viennent étaler sur leurs amours passées

Ceux qui n’ont point aimé !

Dante, pourquoi dis-tu qu'il n’est pire misère

Qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur ??

Quel chagrin La diclé cette parole amère, Cette offense au malheur ?

En est-il donc moins vrai que la lumière existe,

Et faut-il l'oublier du moment qu’il fait nuit ?

Est-ce bien toi, grande âme immortellement triste,

Est-ce toi qui l'as dit ?

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