A M. BULOZ
L'œuvre expliquée
[ Le directeur de la Revue des Deux Mondes, M. Buloz, ne cessait de demander des vers à Musset ; voici ceux qu'il lui envoya en décembre 1841, tout en exprimant le souhait qu'il
cesse «de [lui] venir toujours jeter [sa] lyre au nez ».]
« Oui, j'écris rarement et me plais de le faire : Non pas que la paresse en moi soit ordinaire ; Mais, sitôt que je prends la plume à ce dessein, Je crois prendre en galère une raie à la main?. »
Qui croyez-vous, mon cher, qui parle de la sorte ? C’est Alfred, direz-vous, ou le diable m’emporte 3! Non, ami. Plût à Dieu que j'eusse dit si bien
Et si net et si court pourquoi je ne dis rien! L'esprit mâle et hautain dont la sobre pensée
Fut dans ces rudes vers librement cadencée
(Otez votre chapeau), c’est Mathurin Régnier,
De l’immortel Molière immortel devancier # ;
Qui ploya notre langue, et dans sa cire molle
1. En ce qui concerne Régnier, le commentaire de cette pièce a été établi d’après l'excellent ou- -vrage de M. Joseph Vianey, Mathurin Régnier. :
2, Ces vers sont tirés de la Satire XV de Régnier. — « En la main » est le vrai texte.