SMART
RE rate Der du 517
; LA REINE Ti vient nous chercher toutes deux. Entendez-vous aussi
ces cloches ?
- CARMOSINE
Oui, et j'aperçois derrière la grille une foule immense qui se rend à l’église. Aujourd’hui,... je me rappelle, .. n'est-ce pas un jour de fête ? Comme ils accourent de tous côtés ! Ah! mon rêve! je vois mon rêve!! >:
LA REINE
C’est l'heure de la bénédiction.
CARMOSINE
Oui, en ce moment le prêtre est à l’autel, et tous s’incli- à
nent devant lui. Il se retôurne vers la foule, il tient entre
Elle s'agenouille
4. Musset a bien voulu donner à Carmosine une âme hantée ; elle vit dans ses chimères ; mais comme elle est bonne et ne demande, au fond, qu’à vivre.-elle harmonisera ses rêves avec le réel, en découvrant en eux, a-
rés coup, le pressentiment et res du réel: — Voici son rêve, tel qu’elle le racontait à son père, f, 6 :
« J'ai rêvé que j'étais sur le pas de notre porte, On célébrait une grande fête. Je voyais les personnes de la ville passer devant moi vètues de leurs plus beaux habits, les grandes dames, les cavaliers.… Non, je me trompe, C’étaient des gens comme nous, tous nos voisins d’abord, et nos amis, puis une foule, une foule innombrable qui descendait par la Grand'Rue, et qui se renouyelait sans cesse ; plus le flot s’écoulait, plus il grossissait,;-et tout ce monde se dirigeait vers l’église, qui resplendissait de lumière, J'entendais de loin le bruit des orgues, les chants ‘sacrés, et une musique céleste formée de l’accord des
‘ harpes et de voix si douces, que ja-
mais pareil son n’a frappé mon oreille,
La foule paraissait impatiente d’ar- :
river le plus tôt possible à l’église, comme si quelque grand mystere, uni-.
que, impossible à revoir une seconde»
fois, s’accomplissait. Pendant que je
regardais tout cela, une inquiétude étrange me saisissait aussi, mais je
ses mains l’image du Sauveur, il l'élève. Pardonnez-moi?!
n'avais point envie de suivre les passants, Au fond de l'horizon, dans une vaste plaine entourée de montagues, j'apercevais un voyageur marchant péniblement dans la poussière. Il se bâ-.
tait de toutes ses forces ; mais il n’avançait qu'à grand'peine, et je voyais très elairement qu'il désirait venir à moi. De mon côté, je l’attendais ; il me semblait que c'était lui qui devait me conduire à cette fête. Je sentais son désir et je le partageais : j’ignorais quels obstacles l’arrêtaient ; mais, dans
‘ma pensée, j'unissais mes efforts aux
siens ; mon cœur battait avec violence,
et pourtant je restais immobile, sans
pouvoir faire. un pas vérs lui, Combien de temps dura cette vision, je n’en sais rien, peut-être une minute ; mais, dans mon rêve, c’étaient des années. Enfin, it approcha et me prit la main ; aussi-
tôt la force irrésistible qui m'attachait
à la même place cessa tout à coup, et je pus marcher, Une joie inexprimable s'empara de moi ; j'avais brisé mes
liens, j'étais libre. Pendant que nous - partions tous deux avec la rapidité d’une flèche, je me retournai vers mon
fantôme, et je reconnus Perillo, »
2, flest à noter que Musset ait cru qu’il fallait faire entrer en
jeu le sentiment religieux pour
expliquer la victoire de Carmo-
sine sur elle-même, et la trans-
formation de son cœur. La grâce achève l'effort de la nature.