‹ Morceaux choisisChapitre 422 sur 439 · N'oublions pas que la digni · texte numérisé non relu

N'oublions pas que la digni

té royale confère à ceux qu'elle revêt un caractère presque surhumain : il en est ainsi dans la

tragédie de Corneille; où les 4-, ‘mes royales occupent le degré

suprème delahiérarchie morale.

-k, Elle est tout à fait dans l'é-

tat de ferveur et de crainte sera

PÉIEUPRSS

Pour la première fois elle.

en | parle comme d’une chose qui a été: elle s’'examine, s’analyse, se juge avec sa raison, se détache KETEeS -même.

FR 0 = ” CARMOSINE D Peas -

ma faiblesse, et pour chasser de ma mémoire ce qui m'est plus cher que ma vie. Hélas ! Madame, vous le savez sans doute, que personne ici-bas ne répond de son cœur, et qu'on ne choisit pas ce qu'on aime. Mais croyez-moi, je vous en supplie ; puisque vous connaissez mon secret, connaissez-le du moins tout entier. Croyez, Madame, et soyez convaincue, je vous le demande les mains jointes, croyez qu'il n’est entré dans mon âme ni espoir, ni orgueil, ni la moindre illusion. C’est malgré mes efforts, malgré ma raison, malgré mon orgueil même, que j'ai été impitoyablement, misérablement accablée par une puissance invincible, qui a fait de moi son jouet et sa victime! Personne n’a compté mes nuits, personne n’a vu toutes mes: larmes, pas même mon père. Ah! je ne croyais pas que j'en viendrais jamais à en parler moi-même ?. J’ai souhaité, il est vrai, quand j'ai senti la mort, de ne point partir sans un adieu; je n’ai pas eu la force d’emporter dans la tombe ce secret qui me dévorait. Ce secret! c'était ma vie elle-même, et je la lui ai envoyée. Voilà mon histoire, Madame, je voulais qu’il la sût, et mourir $.

: LA REINE Eh bien ! mon enfant, il la sait, car c’est lui qui me l’a racontée ; Minuccio ne vôus a point trahie.

CARMOSINE Quoi! Madame, c’est le roi lui-même... | EPS Ë LA REINE

Qui m'a tout dit. Votre reconnaissance allait beaucoup trop loin pour moi. C’est le roi qui veut# que vous repre-

tre de grands mots lourds à la SEC es mots si simples de Tusset, on dirait que par une

1. Dans le conte de Boccace, | la jeune fille dit elle-même au | TOi : €... comme vous sçavez mieux que moy,personne ne de- sorte de suggestion, la volonté vient amoureux selon la deüe du roi va passer dans Carmoélection : Ains selon l'appétit | sine. Mais Musset n’a pas voulu et le plaisir, auxquelles loix mes traiter Carmosine comme une forces s’opposèrent plusieurs | nerveuse débile, qui subit imfois: et n’en pouvant plus, je | médiatement l’ascendant d’une re vous aimay, et aime, et toujours volonté puissante; Carmosine - . VOUS aimeray. » sent ce qu’il en coûte de renon: … 3, Voici le mot qui prouve | cer à un rêve: et c’est par sa +24 qu’elle est en train dé guérir. propre énergie, appuyée sur la 3. V. la ballade de Minuccio; volonté royale, mais aussi concelui-ci déjà l’a élevée au-dessus centrée en elle-même et courad'elle-même, en exprimant sa geuse contre elle-même, c’est souffrance bien plus clairement | par un effort réfléchi de son qu’elle-mêmenel'eñtjamais fait, | âme qu’elle va s'affranchir du 4. Si l’on ne craignait de met- charme mortel,

,niez courage, que vous guérissiez, que vous soyez heu- - Teuse. Je ne vous demandais, moi, qu’un peu d’amitié. CARMOSINE, d’une voix faible.

C’est lui qui veut que je reprenne courage?

: LA REINE Fe IE TERRES Oui ; je vous répète ses propres paroles.

CARMOSINE | Gore Ses propres paroles ? Et que je guérisse ?

LA REINE

Il le désire, CARMOSINE | 2 SA Il le désire ? Et que je sois heureuse, n'est-ce pas ? LA REINE Fe Oui, si nous y pouvons quelque chose.

CARMOSINE

Et que j'épouse Perillo ? Vous me-le Pope tout 200 l'heure ;.., car je comprends tout à présent,.., votre jeune. | amie, © était moi.

LA REINE

Oui, c'était vous, c’est à ce titre que je vous ai envoyé celte bague. Minuccio ne vous l’a-t-il pas dit ? |

CARMOSINE ( ES

C'était vous ?... Je vous remercie,... et je suis prête à 4 obéir. 2 À Elle tombe sur le banc. Ni

LA REINE

Qu’avez-vous, mon enfant? Grand Dieu! quelle pâleur!” C4

Vous ne me répondez pas ? je vais appeler.

CARMOSINE Non, je vous en prie! ce n’est rien ; pardonnez-moi. | LA REINE d Je vous ai afligée? Vous me feriez croire que j'aieutont. de venir ici, et de vous parler commie je lai faits —. CARMOSINE, se levant. =

.. be Z \ x . a “ Tort de venir ! ai-je dit cela, lorsque j’en suis encore à comprendre que la bonté humaine puisse inspirer une : générosité pareille à la vôtre! Tort de venir, vous, ma

CARMOSINE DAS

souveraine, quand je devrais vous parler à genoux ? lorsqu'en vous voyant devant moi, je me demande si ce-n’est point un rêve !! Ah! Madame, je serais plus qu'ingrate

en manquant de reconnaissance. Que puis-je faire pour

vous remercier dignement ? je n’ai que la ressource d’obéir.

Il vent que je l’oublie, n'est-ce pas 2... Dites-lui que je

loublierai. : ; :

LA REINE

Vous m'avez done bien mal comprise, ou je me suisbien mal exprimée. Je suis votre reine, il est vrai, mais si je ne voulais ‘qu'être obéie?, enfant que vous êtes, je ne serais pas venue. Voulez-vous m'écouter une dernière fois ?

CARMOSINE

Oui, Madame ; je vois maintenant que ce secret qui était. ma souffrance, et qui était aussi mon seul bien, tout le monde le connaît. Le roi me méprise, et je pensais bien

qu'ilen devait être ainsi, mais je n’en étais pas certaine.

Ma triste histoire, il l’a racontée ; ma romance, on la chante à table, devant ses chevaliers et ses barons. Cette bague, elle ne vient pas de lui ; Minuccio me Pavait laissé croire. A présent, il ne me reste rien ; ma douleur même ne m’appartient plus. Flarlez, Madame, tout ce que je puis dire, c'est que vous me voyez résignée à obéir, ou à mourir.

LA REINE

Et c'est précisément ce que nous'ne voulons pas, et je vais vous dire Ce que nous voulons. Ecoutez donc : oui, c'est le roi qui veut d’abord que vous guérissiez, et que vous reveniez à la vie; c’est lui qui trouve que ce serait grand dommage qu’une si belle créature vint à mourir d’un si vaillant amour!; — ce sont là ses propres paroles. — Appelez-vous cela du-mépris ? — Et c'est moi qui veux vous emmener, que vous restiez près de moi, que vous

il fallait que l'extraordinaire se | moment où elle va rentrer dans fit familier, que dés êtres pres- + la société des sentiments orditigieux se penchent vers elle et | naires, il est tout naturel qu’ella traitent d’égai à égal, pour le se croie comme dépossédée l’aider.à revenir à l’ordre des | d'elle-même ; il SeHbIe qu’on sentiments normaux. EN lui dermrmde comme la démis- 2, Obéir ainsi, ce serait enco- | Sion de son être propre, et que % e ï » son secret est profané.

re s’immoler par amour. Il faut LiBnecite La rod ét que Carmosine veuille aimer Pe- Fe Ce k a

rio, en reconnaissant qu’elle RE Ne ee est faite pour l’aimer.

à Ë : fusit encores privé d’une si belle 3, Carmosine a pris l'habitude | chose. »

1. Ce mot aussi est à relever: | de se replier sur elle-même ; au

; ‘: de . V1

HBIBET . “"ALFRED DR MUSSET 0e

ayez une place parmi mes filles d'honneur, qui, elles aussi,

sont mes bonnes amies ; c’est moi qui veux que, loin

d'oublier don Pèdre, vous puissiez le voir tous les jours ; -qu'au lieu de combattre un penchant dont vous n'avez pas -à vous défendre, vous cédiez à cette franche impulsion -de votre âme vers ce qui est beau, noble et généreux, car

on devient meilleur avec un tel amour! , c’est moi, Carmosine, qui veux vous apprendre que l’on peut aimer sans souffrir, lorsque l’on aime sans rougir, qu'il n’y a que la honte ou le remords qui doivent donner de la tristesse, car elle est faite pour le coupable, et, à coup sûr, votre pensée ne l’est pas.

CARMOSINE

Bonté du ciel !

LA REINE

C’est encore moi qui veux qu’un époux digne de vous,

qu'un hômme loyal, honnête et brave, vous donne la main pour entrer chez moi; qu’il sache comme moi, comme tout le monde?, le secret de votre souffrance passée ; qu'il vous

croie fidèle’sur ma parole, que je vous croie heureuse sur. la sienne, et que votre cœur puisse guérir ainsi, par l'amitié de votre reine, et par l’estime de votre époux... Prêtez

l'oreille, n'est-ce pas le bruit du clairon ? CARMOSINE Le C'est le roi qui sort du palais.

- LA REINE ÿ Vous savez en jeune fille ?

CARMOSINE

Oui, Madame ; nous demeurons si près! nous sommes habitués à entendre ce bruit.

LA REINE -- ARE C’est le roi qui vient, en effet, et il vient ici. EE te CARMOSINE se | Me Est-ce possible 4 ? ARR TE 1: Vop. ta Le .| la candeur des âmes pures, et

2. La reine ne biaise pas avec | où la bonne foi universelle fait Carmosine: : elle n’essaye pas de | accueil aux cœurs francs.

ja convaincre que son secret res- 3. Elle dit cela en souriant, et tera entre trois ou quatre cœurs Carmosine ne croit assurément

d'élite. Nous sommes dans un Re ue sa réponse la trompe. mondé excellent, où la sotte malice-des médisants ne souille pas présence.

lle désire en tremblant sa

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