SCÈNE IX
Chez la Camargo
La Camargo est à son clavecin, en silence ; on entend . frapper a petits coups.
CAMARGO
Entrez.
L'abbé entre. Il lui présente son poignard. La Camargo le considère quelque temps, puis se lève.
A-t-il souffert beaucoup !?-. +
L'ABBÉ ñ
D'un moment.
Qu’a-t-il dit ?
Bon ! c’est l'affaire
CAMARGO
L’ABBÉ Il a dit que la terre
Tournait.
CAMARGO
Quoi! rien de plus?
abonde en invocations de cette sorte; c’est Lucianus dans //amlet : « Sombres pensées, mains prêtes à l’action, sucs efficaces, .… toi, noir mélange recueilli à minuit des herbes sauvages, trois fois infecté, trois fois pénétré des poisons d'Hécate... »
* Puck dans le Songe d’une Nuit
d'Eté : « Voici heure où le loup hurle à la lune, ... où les torches pétillent en s’éteignant, tandis que la chouette, par sa huée éclatante, rappelle au misérable... le souvenir du linceul...; où les tombes, toutes
larges béantes, etc... » V, aussi
le Faust de Gœthe.
1. Oreste : « Madame, c'en est fait, et vous êtes servie : Pyrrhus rend à l’autel son infidéele vie. — Hermione. Ilest mort ! — Oreste. Il expire, etc. »
L'arrivée d’Oreste interrompt
-mot : «
Ld
les transports d'Hermione, qui délire à la pensée qu'Orestesera peut-être trop lâche pour frapper Pyrrhus. — Musset nous laisse imaginer ce que pense la Camargo à son clavecin, quel orage intérieur, ou quelle violence endormie 11 y a chez cette artiste qui s’absorbe dans une distraction machinale.
2. Un dialogue coupé, au lieu des trente vers du récit d'Oreste; Hermione l'interrompt par ce Qu'ont-ils fait ? (les Grecs) », et il repart sur dix vers
u’interrompt le brusque éclat d'Heroione :«Tais-toi, perfide...»
Mais quelle erreur ce serait de croire, comme le pensaient les romantiques, — par principe, — qu'un dialogue coupé est toujours plus vrai que les amples discours raciniens. Le silence d'’Hermione donne une valeur à tous les mots d’Oreste,