MARDOCHE
Monsieur de Metternich ! ; — quand il avail fini
De souper, se couchait, précisément à l’heure Où(quand par le brouillard la chatte rôde et pleure) Monsieur Hugo va voir mourir Phébus le blond ?.
Vous dire ses parents, cela serait trop long.
Bornez-vous à savoir qu'il avait la pucelle 3 D'Orléans pour aïeule en ligne maternelle ; D'ailleurs son compagnon, compère et confident, Etait un chien anglais, bon poux l’œil et la dent. Cet homme, ainsi reclus, vivait en joie. — A peine Le spleen le prenait-il quatre fois par semaine. Pour ses moments perdus, il les donnait parfois
A l’art mystérieux de charmer par la voix $:
Les Muses visitaient sa demeure cachée,
celui d'Ophélia, etc.). Il eut un grand succès dans le More de Venise (pour lequel il se faisait un visage d’Abyssinien, dira en 4857 Vigny, qui voulait à Othello la figure d’Abd-el-Kader).
4, Monsieur de. Metternich (1773-1859), le premier ministre de l’empereur d'Autriche, l'âme de la Sainte-Alliance, l'ennemi : juré des idées révolutionnaires et des gloirés napoléoniennes, exaspérait, par sa prétention à régenter et mortifier la France,
le parti libéral sous la Restau- -
ration.
2, C'était la mode, autour de Hugo (cf. ORIENTALES, l'éverie, septembre 1828; FEUILLES D’AU- TOMNE, Soleils couchants, de juin à septembre 18928, et avril 1829 :
« J'aime les soirs sereins et beaux... ») d’aller voir coucher le soleil du haut des tours de Notre-Dame, ou dans la plaine de Vaugirard (le poète habitait rue Notre-Dame-des Champs. V, Sainte-Beuve, Portraits contemporains, article Hugo). M. Léon Séché publie dans son trèsintéressant volume sur V. Hugo et les Poëtes, p. 76, un amusant billet par lequel Musset s’excuse auprès de Hugo de ne pouvoir faire ‘avec lui une ascension projetée aux tours de Notre-Dame. Sur Musset et les
romantiques, v. /ntroduclion, p. 148, et passim: L'heure où le soleil se Couche n’est pas encore celle où « là chatte rôde et pleure », et V. Hugo était curieux de couleurs opulentes, de fantasmagories dans les nuées, non du sabbat nocturne des chats : Musset rapproche deux aspects différents du romantisme. (Cf. ses essais de lugubre, Introduction, p. 17.)
3. Mardoche, c’est Musset; la parenté dont il se flatte irrévérencieusement est illusoire, même si on la ramène aux convenances, c’est-à-dire à la ligne collatérale. Un ancêtre de Musset, Simon Musset, licencié ès lois et conseiller du duc d’Orléans, avait épousé en premiéres noces Marie de Villebresme,
sœur ou cousine de François, époux de Catherine du Lys, fille
de Pierre d'Arc, frère de l’héroine. Mais c’est d’un second mariage, avec Marguerite Cueillette, que naquit Claude Musset, lPancêtre du poète, Il n’y a donc pas ombre de Poe entre là Pucelle et Mardoche, quoiqu’en
aient dit Alfred et Paul de Mus-
set. (V. MAURICE DOUMOULIN, Les ancêtres d'Alf. de Musset.)