‹ Morceaux choisisChapitre 74 sur 439 · LPS DST SR RS LP LL LL LS TR DSL LL LS LR LÉ · texte numérisé non relu

LPS DST SR RS LP LL LL LS TR DSL LL LS LR LÉ

Puis Musset place Pinvocation

à l’Harmonie qu’on trouvera

dans le Saule, p.105 : « File de

Nous étions seuls, pensifs ; je regardais Lucie,

Nous étions seuls, pensifs et nous avions quinze-ans,

Je regardais Lucie, — Elle était pâle et blonde.

Jamais deux yeux plus doux. n'ont: du ciel le plus pur Sondé la profondeur et réfléchi l’'azur.

Sa beauté m'enivrait ; je n’aimais qu'elle au monde.

Mais je croyais l'aimer comme on aimé une sœur,

Tant ce qui venait d'elle-etait plein de pudeur.

Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne, Je regardais rêver son front {riste et charmant,

Et je sentais dans l'âme, à chaque mouvement,

Combien peuvent sur nous, pour guérir toule peine,

Ces deux Signes jumeaux de paix et de bonheur :

Jeunesse de visage et jeunesse de cœur. è

La lune, se levant dans un ciel sans-nuage,

D'un long réseau d'argent tout à coup l’inonda,

; Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;

; Son.sourire semblait d’un ange

: elle chanta.

la douleur... de la nuit et des bois !» — Vient ensuite un fragment nouveau :

L'écho de sa romance en nous semblait frémir. Elle appuya sur moi sa tête appesantie.

Pauvre enfant? Tu pleurais ; sur ta bouche adorée Tu laissas tristement mes lèvres se poser,

Et ce fut ta douleur qui reçut mon baiser.

Telle je t'embrassai, froide et décolorée,

Telle deux mois après, tu fus mise au tombeau ; Telle, ma chaste fleur ! tu t'es évanouie,

Ta mort fut un sourire aussi doux que ta vie,

$ | £entais-tu dans ton cœur Desdémona gémir, s

‘Et tu fus rapportée à Dieu dans ton. berceau.

‘Ici les vers sur la Marguérite dé Faust, p. 110. — Au début et -à la fin, Musset avait placé cette strophe, qui est inscrite sur sa tombe :

=? Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimétière, J'aime son feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère, Et son ombre sera légère $ A la terre où je dormirai,

1. L'enchantement de Ja beauté virginale, et l’oubli de toute

amertume,que donne aux êtres blessés -par la vie la contemplation du visage féminin, est

un thème cher à Musset.

Cf. Porli«. [nouie.., Luigi, qui l'admirait si fraiche épa- (V. pp. 81-82.) Fa 2. Comment un regard céleste

peut-il être funeste ? Selon la pensée de Musset, celui qui

-aurareçu dans la lumière d’un

regard aimé, la révélation de l'idéal, en sera désormais pour-

mo.

ALFRED DE

MUSSET 0 en

L'atteinte, allant aù cœur, est sans doute funeste, Et,devra coûter cher à qui la recevra - LL LARMES

Miss Smolen commença; — l’on ne voyait plus qu'ellel.

- On connaît ce regard qu'on veut en vain cacher,

Si prompt, si dédaigneux?, quand une femme est belle !..… Mais elle ne parut le fuir ni le chercher.

Elle chania cet air qu'une fièvre brûlante.

Arrache, comme un triste et profond souvenir, D'un cœur plein de jeunesse et qui se sent mourir;

Cet air qu'en s’endormant Desdémona tremblantef,

suivi, cherchera toujours la perfection de l'amour que nul ne peut posséder. ‘Il en sera le martyr. (Cf. la manière dont 1] conçoit don Juan, Namouna, p. 168.) 3e

4. Four la seconde fois, Musset donne lPidée d’une sorte d’incantation produite par Jes premiers accents d’un beau chant et par le regard d’une femme inspirée.

2. Dédaigneux. Ce mot surprend. H ne s’agit plus du rerard' de Georgina, mais de ceui des auditeurs, sur lesquels son charme triste et grave exer-

ce une magie. Leur regard ira-

hit leur adoration ; il est dédaigneux pour tout ce qui n’est

pas elle. Tous ces gens disiraits,

ou dont l’attention complaisante se laissait amuser tout à

- l'heure par tout ce qui peut

se passer dans un salon, brusquement deviennent sérieux :

rien n'existe plus, hors Geor-

gina.

Page 1