‹ Morceaux choisisChapitre 75 sur 439 · H s’agit ici de la célèbre romance du Saule, à la fin de · texte numérisé non relu

H s’agit ici de la célèbre romance du Saule, à la fin de

V'Acte IV d’Othello de Shakes-

peare, mis en musique par Rossini. ee RE £

Voici la traduction d’Alfred de Vigny:

La pauvre enfant était assise

Sous un sycomore penché.

Son front sur ses genoux caché,

Sa mdin sur son cœur qui se brise.

Chantez le saule, chantez tous,

Le saule pleure comme nous.

. Le ruisseau frais au pied de l'arbrez.

- Coulait près d'elle en murmurant,

Elle parlait en soupirant,

Ses pleurs-auraient.usé le marbre!

Que nul d'entre vous ne le hlâme !

Mieux que vous je connais son âme !

‘ J'aime-et j'approuve ses dédains !..

Musset a toujours parlé avec exaltation de cette romance, V.

RevuE DEs DEUX-MONDES, 4 no: :” vembre 1839, Débuts de Me Pau-

line Garcia : « La romance du Saule est la poësie même; c'est

l'inspiration Ja plus élevée d’un.

des plus grands maîtres quiaient

existé... Rien n’est assurément.

plus dramatique et (en prenant le mot en bonne-part) plus. déclamatoire que la majeure partie de cet opéra. Mais quand lé souffle inusical arrivè, voÿez

comme tout s’efface devant lui! -

Y a-t-il vestige de la déclama-

tion dans la romance ? Si la mélodie enveloppe alors la pa: … role, ce n’est pas comme un

lierre qui s'attache à elle, mais comme un nuage léger qui l’enlève et qui lemporte dans les cieux. » LE

« Vous retrouverez force et

-vaiHance,-dira le marquis Ste-

fani à Bettine (v. la comédie de Bettine en: 1851), vous réprendrez la harpe de Desdémone. »

4. « L’Othello de Shakespeare, dit encore Musset (art. cite), est le portrait vivant de la Kkilousie,uneeffrayante dissection sur le cœur de l’homme ; celui de Rossini n’est que la triste his-

toire d’une enfant calomniéequi

meurt innocente.» Puis il montre combien la Malibran et Pau- Hine Garcia entendirent diffé-

F1G. 20. — Heure de musique (B.N.E.)

Ce petit tableau est la « Jeunesse d'Hoffmann » par Gigoux. Il n’est pas fait pour illustrer spécialement le Saule, mais il donnera un peu l’idée de ce qu'était pour les contemporains de Musset la rêverie musicale.

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Leu

Ne er HIRSAULE

Posant sur son chevet son front chargé d’ennuis, .Comme un dernier sanglot, soupire. au sein des nuits.

D'abord ses accents purs, empreints d’une tristesse Qu'on ne peut définir, ne semblèrent. montrer

: Qu'une faible langueur, et celte douce ivresse Où la bouche sourit, et les yeux vont pleurer. Ainsi qu'un voyageur couché dans sa nacelle,

Qui se laisse au hasard emporter au courant,

Qui ne sait si la rive est perfide ou fidèle, - Si le fleuve à la fin devient lac ou torrent ;

Ainsi la jeune fille, écoutant sa pensée,

Sans crainte, sans effort, et par sa voix bercée, Sur les flots enchantés du fleuve harmonieux S'éloignait du rivage en regardant les cieux !.….

Quel charme elle exerçait! Comme tous les visages S’animaient tout à coup d’un regard de ses yeux! Car, hélas ! que ce soit, la nuit dans les orages,

Un jeune rossignol pleurant au fond des bois,

Que ce soit l’archet d’or ?, la harpe éolienne,

Un céleste soupir, une souffrance humaine, <

Quel est l’homme, aux accents d’une mourante, voix, Qui, lorsque pour entendre il a baissé la tête, Ne trouve dans son cœur, même au sein d’une fête,

remmeni le rôle de Desdémone:

«La Malibran jouait Desdémone:

en Vénitienne et en héroïine...; sa mélancolie même était énergique, et la romance du Saule éclatait Sur ses lèvres comme un long sanglot... Pauline Garcia.., a imprimé au rôle entier un grand caractère de douceuret de résignation.… Son inquié- - tude et le pressentiment..…. qui - ne la quittent pas ne se révèlent que par. de tendres plaintes, par de doux efforts pour ressaisir la vie. » - : 4. 1 était impossible de mieux

rendre l’émotion tendre et dou-

loureuse qui enveloppeune âme tourmentée, quand une mélodie lui renvoie l'image de son chagrin. Georgina est identifiée ici avec Desdémone.« La jeune fille écoutant sa pensée» doit s’entendre à la fois de l’une et de Pautre. Desdémone, prête à consentir à son destin, dont elle sent

vaguement la menace, s’enchan-.

te de sa douleur même, et ce

u’il y a de sérénité limpide dans la mélodie qui monte de son âme à ses levres symbolise son abandon tranquille aux forces qui vont la submerger. — « En reg'ardant les cieux » ; elle ne cherche pas à comprendre lès passions violentes dont elle est la victime ; sa rêverie contemple l'infini céleste, et la pitié qu’elle ressent pour elle-même l’initie, au delà de l’inconcevable cruauté des hommes, à la douceur suprême dans laquelle toute destinée s’accomplit.

2. Archet d'or, comme on dit voix d’or, pour désigner une voix très pure et harmonieuse. Peutêtre Musset pense-t-il au Séraphin doré de Dante. (Cf. p. 383, 2. :

3. Table sonore sur laquelle sont tendues des cordes que le vent fait vibrer, en produisant des résonances ou dès murmu- :

res mélancoliques.

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