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NOTES DE VOYAGE
ordinairement la famille royale et quelques généraux. On y meurt de faim. On ne sert qu’un plat à la fois, qui fait le tour, et il est souvent fort bas avant que le tour ne soit ünii.
Le Roi ne soupe point et s’enferme dans son cabinet avec quelques-uns de ses officiers, à fumer et boire de la bière^.
En quelque lieu qiiHl voyage dans ses États, il va dîner chez l’officier qui commande, fut-ce un lieutenant.
Quelquefois il voyage incognito dans un chariot d’Allemagne ^
Il aime ses soldats, les rosse très bien^, et ensuite il les baise. Leur métier est meilleur que celui des officiers, qu’il ne châtie pas moins et souvent. Il écoute plus les raisons du soldat que de son officier. Souvent les officiers, obligés d’avoir de grands hommes, en enrôlent cinq ou six petits pour en avoir un grand.
Les affaires ne finissent point dans ses tribunaux. Mais on n’a qu’à s’adresser à quelque soldat qui soit familier avec le Roi, lui donner de l’argent : il présente requête au Roi, qui voit l’affaire lui-même et la juge comme on veut^
C’est une misère que d’être sujet de ce prince : on est tourmenté dans ses biens et dans sa personne. Un homme a beau être riche, homme de robe, marchand, il n’est pas moins sujet à être enrôlé®. Gela fait que bien des gens sortent du pays, que les pères envoient leurs enfants ailleurs^
Le roi de Prusse exerce sur ses sujets une tyrannie effroyable®. Il ne veut pas que les pères fassent étudier leurs enfants, ce qui va mettre dans ses États une barbarie
1. Le roi avait un appétit formidable et dévalisait le premier les plats.
2. C’est ce qu’il appelait son « Collège de Tabacs ». Le roi pouvait fumer 30 pipes sans s’arrêter, et il fallait l’imiter ; on dogmatisait, la Bible en main, dans cette tabagie !
3. Toujours vêtu d’un uniforme ; on dit qu’il raccourcissait ses perruques jusqu’au-dessus des oreilles pour ne pas en acheter d’autres, et ses vieux pourpoints jusqu’au-dessus des genoux.