Violent, il distribue les coups de canne et les jurons
5. Il avait pour les magistrats et les avocats un mépris qu’il
traduisait souvent de façon pittoresque.
6. Gomme les hommes coûtaient cher (cf. plus bas), il donna aux recruteurs le droit de lever par force les jeunes gens de son royaume. Les fils de nobles et de bourgeois aisés devaient être exempts, mais les excès de zèle de recruteurs ne devaient pas être punis : au contraire.
7. Cependant de 1713 à 1740, la population passe de 1.700.000 habitants à 2.740.000 ; l’armée passe de 38.000 à 83,000 hommes, et le trésor de guerre s’élève à 8,500,000 thalers.
8. Sa devise était : nicht raisonniren = « Pas de raisonnement. »
MONTESQUIEU
effroyable. Dans ses tribunaux, il met des faquins, à qui il donne 200 florins de gage^ ; ce qui fait qu’ils vendent la justice pour vivre. Lorsqu’un enfant a dix ans, il le fait enrôler : il n’est plus sous la puissance du père dans la maison duquel il est ; ce qui fait qu’il exerce toutes sortes d’insolences.
Plusieurs pères ont estropié leurs enfants pour les conserver. Il y a tel gentilhomme, qui a un lils unique ; il (sic) lui envoie d’abord un drapeau : c’est la ruine d’une famille, parce qu’il envoie ses capitaines de toutes parts pour faire (sic) ces grands hommes qui leur coûtent beaucoup, quelquefois 1,000 écus pièce ; le tout, à leurs frais^.
Les marchands n’osent plus entrer dans ses Etats, parce qu’ils sont pillés, insultés, enrôlés par les officiers. Presque tous les gens d’industrie s’en vont même avec perte. Il n’y a j)lus de florins dans ses États : il les a tous ; et, comme ses fermiers sont obligés de payer en florins, ils enlèvent tous ceux de Hanovre et donnent 10 pour 100 de plus en petite monnaie ; mais ils n’auront bientôt plus de petite monnaie.
Aussi, lorsqu’il fît marcher des régiments pour faire son armée à Magdebourg, il y a fsicj un tel régiment qu’il lit entourer de paysans, afin qu’il ne désertât personne Sa puissance va tous les jours tomber d’elle-même. La pauvreté est sur ses États, et le ridicule, sur sa personne^.
Il commence à boire de l’eau-de-vie. Lors de sa querelle, la reine ^ se jeta à ses pieds pour le prier de penser auparavant bien à ce qu’il faisait. Il dit : « Je ne vais seulement
1. « Si c’est un imbécile, disaitil du fils d’un haut fonctionnaire, il faut en faire un conseiller du gouvernement de Glèves (fonction judiciaire) ; il sera toujours assez bon pour cela !»
2. Un colosse Irlandais coûta, rendu à Postdam, 31,000 francs.
En revanche, le roi-sergent versa des larmes de joie lorsqu’il vit arriver, franco de port, 18 géants turcs que les Russes avaient faits prisonniers dans une bataille et que la tzarine Anne lui envoyait.
3. Une bonne partie de ces troupes était composée de déserteurs de profession et les bureaux de recrutement étaient remplis d’uniformes des différents Etats allemands, que les
déserteurs avaient quittés pour le costume prussien.
4. C’est pourtant ce grotesque qui a donné à la Prusse les instruments de sa puissance.
5. Sophie -Dorothée, fille de Georges I®^ roi d’Angleterre et électeur de Hanovre. Notons d’ailleurs que le roi-sergent a une véritable répugnance pour la guerre et qu’il craint d’exposer ses magnifiques régiments.
La querelle en question est racontée dans Arvède Barine :
Princesses et grandes Darnes^ « La margrave de Bayreuth », p. 314 sqq. Il s’agissait de géants enlevés par les enrôleurs prussiens en Hanovre, et que le roi ne voulait pas rendre.
:notes de voyage
que brûler Hanovre. » Elle eut des gardes pendant tout le temps de la querelle. Le prince royal ^ troquerait bien sa qualité de prince contre dix bonnes 1,000 livres de rente.
Le prince d’Anhalt^ est un grenadier comme le Roi* Quand il donne, il dit quelquefois : « Il faut bien que je veuille bien vous récompenser ; car vous savez que je n’aime pas à donner ».
Un arpent de terre, qui se vendait près Magdebourg cinquante écus, se vend à présent quinze.
Il y a des placets au roi de Prusse singuliers. Il y en a eu un par lequel on lui disait que, s’il voulait bien interposer son autorité pour qu’une succession en Portugal fût rendue, on lui donnerait quatre grands hommes.
Tout petit prince d’Allemagne veut avoir des grands hommes pour sa garde. Gela changera la taille des hommes en Allemagne.
J’ai vu le soulier d’un jeune grenadier du roi de Prusse î il a une semelle et demie de long ; deux bouts de semelle de large, par le bout.
Versailles a ruiné tous les princes d’Allemagne, qui ne peuvent plus résister à la moindre somme d’argent ; qui aurait dit que le feu roi eût établi la puissance de la Françe en bâtissant Versailles et Marly ^ ?